Ces derniers temps j’ai passé la serpillère dans les commentaires de ce blog. Sur demande. Les deux cas sont intéressants. La première demande est venue d’un entrepreneur qui estimait qu’il était ici diffamé dans un commentaire que j’avais d’ailleurs validé alors qu’il était un poil hors sujet. Un poil. Mais ne voulant pas être embêté, j’ai fait disparaître les commentaires en cause. La seconde est venue d’un jeune diplômé. En quelques mois, il avait laissé deux ou trois commentaires où il ne cachait pas une certaine acrimonie vis-à-vis du Chef de l’Etat. Voici donc ce qu’il m’a écrit il y a quelques jours…
« Bonjour, j’ai eu beau chercher une adresse de webmaster, vous avez l’air d’officié vous-même à ce poste (NDLR et oui, les charges sociales étant ce qu’elles sont…). Bien que lecteur assidu de vos divers papiers sur le net aussi bien que dans GQ en passant par tous les autres supports, je m’adresse à vous pour une demande bien particulière. Je ne pensais pas le faire un jour mais je souhaiterais exercer mon droit de retrait sur les commentaires laissés sur votre blog et où apparaît mon nom. J’aurais du les écrire sous couvert d’anonymat mais point de modification possible. Pourriez-vous les effacer ou modifier le nom qui apparaît ? »
Les effacer ou anonymiser, ben voyons.
Ce à quoi, sous le soleil, j’ai répondu…
« Vous serez sympa de m’envoyer les liens, je suis en vacances et je n’ai pas envie de bosser parce que certains ne tournent pas 7 fois leur langue dans leur clavier avant de laisser des com’. Je compte sur vous… » (NDLR : j’aurais pu être plus sympa, c’est vrai) .
Le garçon m’a ensuite confié que fraichement diplômé, il n’avait pas envie d’être victime d’un délit d’opinion en pleine recherche d’emploi. Par délit d’opinion, j’entends perdre un job parce que le recruteur ne veut pas d’un candidat qui s’est répandu en commentaires sur internet. Donnant une suite favorable à la requête, je me suis retourné vers le webmaster qui m’a dit d’accord. Le webmaster m’a ensuite donné l’instruction d’anonymiser les commentaires potentiellement préjudiciables autant à leur auteur qu’au Chef de l’Etat et je me suis exécuté.
Il n’y a aucune morale à cette histoire sinon qu’elle nous renvoie une fois de plus au débat sur l’anonymat du net coinçant l’internaute entre l’éthique de responsabilité de celui qui s’exprime (« j’écris j’assume », et le garçon assumait puisqu’il avait laissé son nom, son mail et son prénom) et le devoir de protection des opinions qui m’incombe en tant que tenancier du blog (faire en sorte qu’il n’arrive rien à ceux qui se sont exprimés ici sans diffamer). Reste que ce garçon devrait pouvoir commenter sous son nom sans se demander si un recruteur ne va pas relire son « livret ouvrier » sur la toile avant de se décider. Vue la manière dont évolue le cyber-recrutement, j’ai bien peur que nous soyons loin du compte.






























Pas plus tard que ce matin, j’ai recu ce message d’un pote que je n’ai pas revu depuis 4 ans :
Salut Nico,
Ca fait un sacré bout de temps kon ne s’est pas croisé !!! En tt cas, j’espère que tout roule pour toi…
J’en viens au motif de mon message.
Je voulais savoir s’il était possible que tu retire mon nom d’un papier que tu as écrit sur ton blog du petit nicolas. En effet, tu précise dans ce texte que tu t’es ramassé la gueule chez mes parents et que tu as **** sur leur lit!!!!!
Rien de méchant je te l’accorde mais ca deviens gênant lorsque tu tapes mon nom et mon prénom sur google et que tu tombes sur de telles informations.
Plus précisément, la remarque m’a été faite par mon futur employeur qui m’a sorti ça en entretien… C’est moyen.
Voilou, je pense qu’il suffit de supprimer ne serait-ce que mon nom de famille.
Merci Nico, et donne moi des news par la même…
Si l’auteur d’un commentaire devrait réfléchir 6 fois avant de publier, l’auteur d’un article peut-il prévoir que 6 ans après sa publication, elle risque de se retourner contre un proche ?
Ce que c’est que de vieillir … numériquement.
Voilà ce à quoi il convient de réfléchir avant de se répandre…. Ce jeune diplomé n’est pas fut-fut… Pour ma part j’ai opté pour un anonymat presque total, vu que ce que je montre de ma vie sur mon blog on pourrait facilement recouper (genre je suis connue ^^) bref anonymat ou pas, on peut quasiment retrouver tout le monde, non ?
Je pense qu’on verra aussi venir le cas contraire. Des sortes de coming back de pseudonymes qui feront tadaa c’est moi!
ça me fait penser à ça car la recherche à mon pseudo (nombrilisme) http://www.google.fr/search?hl=fr&q=gnieark
Il y a plein de trucs qui ressortent que je ne souhaiterai pas faire connaitre à un recruteur, mais aussi pas mal d’autres plutôt classes dans un « book ».
La requête sur mon vrai nom ne laisse rien passer. C’est plutôt bien pour ma vie privée, mais ça pourrait être aussi interprété comme une non activité numérique (la loose pour un informaticien)
bah je vois bien le problème vu que j’ai laissé des comm’ partout avec en lien mon blog/ des comm’ bien cons, manque de bol. et encore un.
AHhh le petit pincement au coeur du DRH qui tombe sur les photos de vacances topless de la candidate du jour (vécu il y a peu après une petite recherche sur facebook et TRES mauvais pour la concentration après!)
J’ai la trentaine et suis d’une génération (bon, à la limite de cette génération, d’accord) élevée sur google.
Pas une personne que je rencontre sans le google-iser. Et rare sont ceux sur lesquels on ne trouve rien.
Rien que de très normal. Après, la question est de savoir ce qui est fait des informations récoltées.
Pour ma part, les grosses casseroles qui trainent sur le net me rendent les candidats plus sympathiques, un peu plus humain, derrières leurs costumes neufs mal taillés qui les engoncent et leurs réponses formatées…
Ce qui n’empêche que je mets beaucoup d’attention à ne laisser aucune trace sur le net… je ne fais pas trop confiance aux recruteurs !
Problème intéressant s’il en est. Cela étant dit, et pour votre information, steplé, ce n’est pas du bon français. Il faut écrire « steuplé ».
Voilà. Hein.
(et vous le recruteur, qui passez par là, oui en effet, c’est bien moi).
La question que tout cela pose est celle de la frontière entre notre vie publique et notre sphère privée. Comment nier que FB procède d’une tentation exhibitionniste, une sorte d’infantilisme, de nombrilisme exacerbé. La disparition de la vie intime prophétisée par les gourous du web 2.0 pourrait déboucher sur deux situations antagonistes.
Hypothèse 1: tout ce qui est connu de votre vie privée se retourne contre vous car s’oppose à une norme sociale (celle du très théorique citoyen ne se droguant pas, ne buvant pas, ne baisant pas, français depuis x générations, etc.) c’est l’hypothèse de l’avènement d’un monde fasciste ou la transparence sert de prétexte au contrôle des consciences et des corps. Hypothèse 2: comme personne ne répond à la norme, celle-ci se désagrège, s’ouvre, se complexifie, ce qui était vécu comme une tare devient acceptable car fréquent, etc. C’est la thèse permissive qui a néanmoins le défaut de ne plus permettre la transgression.
Le problème de la « googleisation » est double : cherche-t-on à partager, à ce que des amis vous retrouvent, et internet n’est-il pas le meilleur vecteur pour se faire connaître ? Mais alors que doit-on faire connaître ? Et un commentaire ou une photo sur FB ou autre peut-il nous nuire ? Moi je crois effectivement que dans certains métiers et à un certain âge, il est des choses qu’on ne peut plus dire … ! Ceci dit les opinions politiques ne devraient pas rentrer en ligne de compte pour une embauche. Donc j’ai le droit de dire que Sarko est un voyou (Marianne le dit aussi) sans que mon employeur me tombe dessus. Bien sûr il ne dira pas que c’est à cause de ça qu’il ne veut pas de moi ; mais …
Je ne sais pas ce qui est le plus triste, du type qui s’autocensure pour un truc après tout pas énorme (n’a pas fait l’apologie de la lapidation non plus) – ou du recruteur qui prendrait ombrage de ça plutôt que de se concentrer sur les qualités professionnelles du candidat … Merci pour ce témoignage riche d’enseignements en tous les cas. Une fois de plus que les années 90 me manquent …
me revoilà car l’anecdote mérite réflexion…
hier ce ne fut pas une jeune et jolie candidate dont les photos dénudées non verrouillées sur fesse-book me mirent en émoi.
Hier ce fut…appelons le Jean. Jean postule chez moi. Jean a fait de belles études et Jean veut manager, parcequ’il aime le contact humain et que c’est l’école de la vie.
Petit tour sur google obligatoire… Jean n’a pas verrouillé ses profils dans divers réseaux sociaux. Je devine donc qui est Jean au travers de ses « amis ».
Jean est donc:
- très pieu,
- très militant,
- très… royaliste (genre « le roi est mort, vive le roi », rien à voir avec Ségolène !!)
- et très très copain avec un autre Jean (Marie LePen) dont il adoooooooooore les idées novatrices et oh combien salutaires pour la France (ce qui ne va d’ailleurs pas très bien avec le royalisme mais passons).
Il y a sa photo à chaque fois donc pas de doute, c’est bien lui.
question éthique… dois-je en tenir compte ? Je ne suis pas censé connaitre ces informations, mais elles me donnent quand même une indication précise sur qui est vraiment Jean.
Je suis DRH d’un site avec une grande majorité de personnes issues de l’immigration. Quand j’organise un repas, c’est viande hallal pour tout le monde. ça parle arabe, chinois, turque, vietnamien dans la salle de pause. Je suis copain comme cochon avec les policiers du commissariat d’a côté à force de les voir débarquer.
Il y a peu, je devais expliquer à un technicien au demeurant sympathique que tondre sa femme (qui travaille aussi chez moi) pour la punir est peut-être une pratique courante dans sa culture d’origine, mais que en France c’est moyen…
Je les prends comme ils sont mes « gars », un peu brutos au démarrage mais pas méchants.
Je ne juge pas du tout Jean. il est intelligent et sympa. Mais même si l’entretien s’est bien passé, connaissant sa face cachée: Pourra-t-il s’intégrer ? se faire accepter ? sera-t-il capable de faire bonne figure sur le long terme sur un site comme le mien ??
Il faut aussi faire attention aux filles rencontrées sur le net. Elles sont pires que des recruteurs, et savent, avant la première rencontre, vos opinions, votre CV, vos vices mal cachés qu’elle font minent d’ignorer devant vous. Maintenant, je ne laisse jamais une adresse électronique avec mes noms et prénoms.
La colère, les états d’âme nous poussent parfois à écrire des insanités et de les regretter… Le web laisse des traces, je comprends les personnes qui souhaitent revenir sur certains de leurs propos.
Soit il a un nom de famille très rare, soit une nappe de brouillard paranoïde lui est passé sur l’hémisphère, car même sans anonymat on est toujours protégé par « l’homonymat » pour les mots écrits. Tant qu’il n’y a pas une photo ou la date de naissance (ce qui dépend souvent de la volonté personnelle et non d’un tiers sur le net), on peut toujours dire qu’il s’agit d’un autre que soi si le contexte est malveillant.
Un lien très important :
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/democratiser-la-monnaie-80183#forum2664111