C’est qui le pédé, là, à côté d’Yves Mourousi ?

Etre pédé, déjà c’est compliqué mais si vous vous appelez Le Bitoux, alors là, c’est une punition. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un garçon qui s’appelait Jean Le Bitoux est mort du Sida. Je l’ai su par un mail de Yagg, un réseau social qui me fournit parfois en sujets de société, en sujets décalés ou en sujet gay. Le Bitoux, je vous avoue que je ne savais pas qui c’était. Le Bitoux vous avez sa bio dans Wikipédia mais je vous la copie-colle quand même parce qu’elle est courte, parce qu’elle est éloquente aussi :

« C’est à Nice, au sein du mouvement homosexuel local, que Jean Le Bitoux fait ses premières armes de militant. Monté à Paris, il est candidat aux élections législatives de 1978, puis crée en 1979 le journal Gai Pied avec l’aide de quelques amis. Mis en minorité en 1983 pour des raisons économiques, il démissionne du journal avec la quasi-totalité des journalistes. Le journal continue sans lui et disparaîtra en 1992 après 541 numéros.

Jean Le Bitoux s’investit également dans la lutte contre le sida, en participant à Aides dès 1985. Il fait partie d’une association qui se propose de créer à Paris un Centre d’archives gaies, avec le soutien de la Mairie de Paris. Il a été directeur de recherches pour la création de ce centre d’archives, avant d’être « licencié faute de résultats ». Très attaché à l’histoire et à ses oublis, il milite activement pour la reconnaissance de la déportation homosexuelle par les nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Intellectuel et activiste, Jean Le Bitoux fut parfois vu comme un carrefour entre les médias et les intellectuels, philosophes ou écrivains, dont la pensée pouvait enrichir les revendications politiques du mouvement homosexuel ».

Voilà, avec une bio comme ça et le fait que le Sida a réglé son compte a pas mal de gays historiques, je me disais qu’il y en aurait un peu plus dans les médias sur la disparition de ce garçon. Sur France Info, j’ai fait ce que j’ai pu. J’avais aussi une info sur Têtu et donc je me suis dit « je vais faire un paquet cadeau homo-médiatico-progressiste ». Et oui, je raisonne aussi comme ça, parfois.

Ensuite j’ai attendu de voir ce qui se passait ailleurs et pour le coup, il ne s’est pas passé grand-chose ; deux trois bricoles sur internet, la brève de Yagg reprise sur Rue89. Vous verrez qu’au bout de ce lien, ils sont assez modestes les hommages à Jean Le Bitoux. Dans les grands médias, le JDD.fr a fait mais court et grâce à M.G. Buffet, Europe 1 et Ruquier ont tenté, plutôt laborieusement.

La question est finalement celle-ci : Le Bitoux était-il une sorte d’Harvey Milk à la française et là, il faut me rencarder, j’y connais rien moi en Canal Gay Historique… Le Bitoux était-il quelqu’un qui aurait mérité des adieux médiatiques un peu plus fournis, ou bien non, ça ne méritait pas plus qu’une brévouille ici ou là. Je me pose d’autant plus la question que chaque année, la Gay Prid, un ou deux faits divers homophobes, et les sorties de C. Boutin et C. Vanneste ont leurs sujets, leurs indignations toutes faites, leurs échos médiatiques, leurs marronniers en bon et due forme.

Mais pas Le Bitoux. Il me semblait pourtant qu’avec de tels états de service, il y avait de quoi faire, mais non. Sans doute les experts de l’audience, de ce qui intéresse le matin au moment du petit noir ont-ils estimé que la mort de Le Bitoux n’était pas un sujet assez concernant ; trop typé le gars, comme dans la vieille pub de la vache qui rit. Pas assez connu le Jean.

A tout prendre, mieux vaut donc chroniquer la mort des homos célèbres (et y’en a plein) plutôt que la mort des homos historiques. C’est comme ça. Ceci dit, c’est pas la nécro qui vous fait une vraie place dans la mémoire, ce sont les historiens et les milliers de sédiments ici ou là qui racontent combien vous avez a été utile, présent, actif, courageux, etc. Alors, Monsieur Le Bitoux, si la télé c’est pas encore pour cette fois, rendez-vous, peut-être, plus surement, intuitivement, dans les livres d’histoire.

5 Réponses à “C’est qui le pédé, là, à côté d’Yves Mourousi ?”


Laisser un Commentaire

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

post thumbnail

C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

post thumbnail

L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

post thumbnail

C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

post thumbnail

C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

post thumbnail

Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

post thumbnail

C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

post thumbnail

Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.