La prof de dessin fait une pause

Les préjugés, Marie-Claire et moi

Ce mois-ci, je ne sais pas pourquoi, je mets ma chronique de Marie-Claire en ligne… L’autre jour, j’attendais le départ de mon train confortablement installé en première classe quand mon regard à travers la vitre tomba sur un couple enlacé sur le quai. J’aurais pu regarder ailleurs mais instinctivement quelque chose dans son allure attira mon attention. Quelque chose d’inhabituel qui m’échappait. Etait-ce la grâce de l’étreinte ou la taille menue de ces deux-là, toujours est-il qu’avant même de savoir ce qui m’intriguait, je compris qu’il s’agissait d’un couple mixte. Je m’en voulus immédiatement de l’avoir relevé puisque j’ai toujours eu le racisme en horreur. Penaud, honteux presque, d’avoir tiqué devant ce qui aurait dû rester anodin, je me plongeai dans la lecture d’un article sur la perception.

La perception d’une situation complexe disait l’article peut être entravée par des biais cognitifs comme la pensée, l’ignorance ou les croyances.

Alors que je ressentais des difficultés à me concentrer sur ma lecture savante, je regardai à nouveau ce couple dont le baiser semblait s’éterniser. Je notai cette fois-ci que la main de l’une se posait sur la taille de l’autre quand l’autre avait enfilé sa main dans la poche arrière de son jean. Ce jeu de mains m’excitait et une fois de plus je me reprochais [...] Lire la suite

« Toutes les saucisses ne s’avalent pas » Claude G.

L’émission Des clics et des claques de ce soir a marqué un clivage assez fort entre lui et moi sur la question de l’accommodement de la saucisse de Morteau à la suite de l’émoi légitime suscité par cette campagne de promotion d’une spécialité régionale que toutes les civilisations nous envient. Il ne m’appartient pas de savoir si elle est meilleure ou pas avec de la moutarde, en revanche, rien ne m’interdit de vous livrer ma recette à moi. J’ai passé de longues vacances dans le Doubs, j’y ai des attaches familiales et ai avalé suffisamment de litres de Cancoillotte pour vous livrer ce soir ma façon de déguster la désormais buzzeuse saucisse :

- faire cuire à l’eau frémissante la saucisse sans la percer (on n’est pas chez les sauvages)

- faire cuire à l’eau les pommes de terre

- réserver un pot de 250 grammes de Cancoillotte (par personne si vous êtes sérieux)

Quand tout est cuit, partagez la saucisse, répartissez équitablement les patates et versez dessus la Cancoillotte.

Dégustez.

Une moutarde est possible.

Merci à ceux qui ont livré sur Twitter une libre interprétation, parfois très intime, de leur rapport à la saucisse de Morteau qui, contrairement au saucisson de Lyon, est fumée.

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Qui gardera les enfants ? Et son sang froid…

Pourquoi partir au Congo quand on peut aller dans le XVIe ? Pourquoi chercher dans la campagne électorale des querelles de civilisation quand on a, entre deux couches culottes et un biberon, un procès en complexe néocolonial ? Caroline Ibos est sociologue. Elle a travaillé précisément, profondément, honnêtement sur les rapports que les nounous africaines entretiennent avec les femmes actives (le plus souvent) qui les emploient. L’étude devenue un livre à paraître cette semaine chez Flammarion est une très belle machine à culpabiliser les employeurs. Pour une fois, les hommes n’y sont pour rien, ils ne se mêlent presque pas du rapport intime et complexe qui unit leur compagne à la nounou. C’est la femme active, stressée, exigeante qui est en cause.

Cette patronne pourrait ne rien avoir à envier au colon d’antan. Ce n’est pas qu’elle serait un poil raciste, ce n’est pas qu’elle contribuerait à véhiculer les stéréotypes mais tout de même, l’employeuse de nounous avec son stress, son amour pour son enfant roi et sa culpabilité de femme trop occupée, cette femme-là n’est pas un patron modèle. Elle en demande trop, elle a des idées arrêtées sur l’asiatique, la noire, la maghrébine, bref, à en croire les premiers articles parus dans Le Monde et Libération, employer une nounou africaine c’est un peu [...] Lire la suite

Royal es-tu là ?

Ce matin dans Libération, une photo de Martin Colombet (je n’avais pas vu le crédit au départ) en dit plus sur Ségolène Royal que tous les éditos de la terre. Belle à tomber parterre, le cliché a tout d’un tableau. Clair obscur, rouge et drapé comme dans une toile de maître. La présidente de Poitou-Charentes adresse au lecteur à son corps défendant  un double message à la fois inquiétant et séduisant. La séduction se loge dans le rouge et le déhanché féminin, le rouge de la robe que rappelle le rouge à lèvres que rappelle la boucle d’oreille. Inquiétant parce que le regard neutralise le charme étrange. Ce regard dit la détermination, une rancœur légère et des souffrances. On pense à son 2e tour zappé par la vidéo du Bourget, on pense à son non-statut d’ex-compagne du présidentiable en campagne et à ses larmes, à la suite des résultats décevants de la primaire socialiste. Restent les mains, solidement cramponnées, l’une au bras du fauteuil et l’autre à la hanche. Des mains fortes, qui ne lâchent pas le morceau. Ce tableau-photo de Madame Royal, il pourrait trôner quelque part dans un château imaginaire qu’elle pourrait venir hanter, un peu comme dans le roman Rebecca de Daphné Maurier, histoire de se rappeler, de temps en temps, au [...] Lire la suite

Instagram, le réseau social sans paroles

Voilà, j’essaie Instagram depuis quelques semaines et c’est doux. Doux et sage comme une image. Sur Instagram, pas de blabla, pas de clash, juste du partage. On regarde si on veut, on montre ce que l’on peut. Une salade, la neige tombée sur le village, une expo, un enfant sur une plage, un feu de cheminée (#Froid), des crêpes, le portrait de ceux qu’on aime, un chat, une voiture, un graffiti.

Instagram c’est doux comme les choses de la vie. Comme si nous étions tous des « Claude Sautet aux petits pieds », des amateurs de quotidien et de choses tendres insignifiantes. Sur Instagram un sociologue se régalerait de l’uniformisation des points de vue. Peu importe. Instagram c’est doux, loin du fracas de l’info qui cavale. Instagram c’est la Première gorgée de bière en séries. C’est aussi 15 millions d’utilisateurs et 17 styles de photographies qui se ressemblent, qui transforment nos visions en clichés, qui confirment une vision mondialisée et individualiste de la vie, de la consommation et de l’art pour tous. Bref, à sa façon, Instagram est une puissante machine à fabriquer du très standard. N’est pas photographe qui veut… D’ailleurs, aujourd’hui nous sommes deux à avoir photographié la même voiture, c’est dire si on est original sur Instagram…

Mais n’empêche. Sur Instagram, celui qui [...] Lire la suite

Hier soir devant #DPDA, j’ai fait une capture de rêve

Hier soir, j’ai regardé le débat Aubry-Fillon. C’était bien, c’était digne mais ça manquait de peps ! Evidemment, quand les politiques renoncent à une certaine forme de démagogie, le spectacle en souffre. Tant mieux, puisque une certaine idée du débat, de la République et de la démocratie en profite. J’ai senti dès les premiers mots de Martine Aubry, qu’elle était heureuse de pouvoir débattre avec un politique de son calibre. Heureuse d’avance comme si elle avait su qu’avec Fillon ça se passerait bien, qu’ils s’écouteraient, qu’ils pourraient parler d’économie, d’emploi avec sérieux.

J’ai également senti que François Fillon toujours plus sobre, toujours plus monocorde, toujours plus taciturne en sa mèche élégante, travaillait sans se presser ni s’énerver, son positionnement de père tranquille, suivez – en creux et par comparaison – mon regard . Un Fillon à l’aise dans ses Charentaise donc, tout cela au risque de laisser penser que Gérard Larcher, présent dans le public, s’était assoupi, alors qu’il prenait des notes. On se remarquera d’ailleurs – mais ça n’a rien à voir – que les personnalités politiques d’un gabarit fort sont toujours soupçonnées de s’endormir plus vite que les autres. Voyez Barre.  Il s’est dit beaucoup de chose hier soir mais je n’en retiens qu’une, un aveu de François Fillon, un aveu étonnant qui lève [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.