J’ai découvert aujourd’hui l’antimodèle de la communauté d’internet. Une abbaye chartreuse. C’est très curieux le mode de vie du moine chartreux et c’est très bien expliqué ici…
Outre la vie monastique, la voie cartusienne entretient avec la communication une relation d’extrême parcimonie. Jugez-en vous-même avec cet extrait du vœux de solitude exprimé sur le site de l’ordre.
La solitude est vécue sur trois niveaux explique chartreux.org… « la séparation du monde, la garde de la cellule, la solitude intérieure, ou la solitude du cœur… » Concernant la séparation du monde, le chartreux s’inflige ce qui aurait pour tout adepte un peu accroc du net valeur de supplice. Lisez plutôt : « La séparation du monde est réalisée par la clôture. Nous ne sortons du monastère que pour le spaciement (promenade hebdomadaire). Nous ne recevons pas de visites et n’exerçons aucun apostolat à l’extérieur. Nous n’avons ni radio ni télévision dans le monastère. C’est le Prieur qui reçoit les nouvelles et transmet aux moines ce qu’ils ne doivent pas ignorer. Ainsi se trouvent réunies les conditions nécessaires pour que se développe le silence intérieur qui permet à l’âme de rester attentive à la présence de Dieu ».
Ni radio, ni télévision. Cela ne veut pas dire que l’ordinateur est toléré et la connexion au très haut…débit admise. Bien évidemment, rien de tout cela dans une abbaye chartreuse. C’est donc le Prieur qui a le monopole de l’info. C’est à cet homme qu’il revient de sélectionner les informations qui méritent d’être mises à la connaissance de ses frères. Le moine qui a fait la visite de l’abbaye m’a d’ailleurs précisé que les moines se parlent entre eux une fois par semaine seulement et 60 minutes. Cela veut dire qu’outre l’actu de la semaine, je veux dire « le fracas du monde », ils évoquent les affaires courantes relevant de la gestion collective – les chartreux ne causent pas beaucoup mais ils ont le droit de prier, de chanter et de fabriquer des produits y compris des liqueurs, du miel, des bonbecs, du chocolat, etc, ce qui fait pas mal de sujets à traiter en une heure pour une PME…
Donc, je me suis demandé quel type d’informations sélectionnait le Prieur. A-t-il une prédilection pour les sujets italiens, ( l’abbaye visitée est proche de Florence) les sujets religieux, l’actu étrangère, la crise économique, les tsunamis, les grippes A, les 11 septembre ?
Il faut un instant fermer les yeux et d’une certaine manière se recueillir, pour se représenter, pour imaginer, pour concevoir cette assemblée de moines réunis en une conférence d’une heure seulement par semaine. Les imaginer évoquer l’essentiel en un temps limité ! 140 mots maxi par moine ? 140 signes ? Un style télégraphique ? Quel type de prise de parole s’autorise-t-on lorsqu’on a fait comme les chartreux vœux de solitude et quasiment de silence ? Je me le demande. Je me demande aussi quel regard porteraient ces taiseux sur Twitter, Facebook et le fil de l’info en continue ? Penseraient-ils que nous sommes fous ? Que nous appartenons au monde qu’ils ont fui ? S’en amuseraient-ils avec indulgence ? Se diraient-ils que nous causons trop, que nous twittons sans modération ? Je n’en sais rien. Je me suis juste dit que les Chartreux sont un peu l’antimodèle de notre communauté, si tant est que nous formions sur internet une communauté au sens où les moines pourraient l’entendre. Je vous laisse méditer cela, en silence ou presque.






























C’est là qu’on pouvait retrouver le sens des mots, et de ce leur poids… Peut-être devrions nous tous faire un jour l’expérience du silence et du « peu ». peu de mots, peu de contacts, peu d’agitation…
Oui, le silence permet de se retrouver
Le hasard fait bien les choses, et je lis ce billet aujourd’hui, qui va s’insérer magnifiquement dans ma petite réflexion du moment.
Au passage, j’aime beaucoup l’introduction de la page des chartreux :
Pas même le souci d’être différent…
Je les embrasserais.
Mais on oublie trop tout ce que peut porter la communication non verbale!
Beaucoup plus que ce que charrient nos pauvres mots, en tout cas.
Vous devriez regarder le documentaire « le grand silence » de Philippe Goring réalisé sur la Grande Chartreuse ou on apprend que la communication peut aussi être écrite, mais à des fins utilitaires seulement sur une sorte de tableau commun. On y voit aussi comment ils se parlent lors qu’ils sont autorisés à le faire… Il y a une sorte d’explosion de la parole, et une joie de parler ensemble.
La voie cartusienne est en tout cas impressionnante, faite de silence et d’ascèse.