Le plein de soulagement

Aaah la peur de manquer… Ce matin, je me suis fait une file d’attente à la pompe BP rien que pour voir, (ou presque, vue ma jauge) ressentir et me souvenir. Il y a quelque chose de jouissif à se faire peur avec rien. Il faut dire que tout le monde y met du sien pour qu’on fasse tous semblant de friser la vraie pénurie. En faisant mes 20 minutes de queue à la pompe, j’ai pensé à plein de choses. D’abord encore et toujours à Mad Max. Mad Max était visionnaire puisque l’action se déroulait dans une époque d’après le pétrole laquelle n’est pas sans rappeler le roman de Cormac McCarthy, La Route. A l’époque, je fantasmais beaucoup sur le moteur turbo de l’Interceptor, le véhicule de Police pas très catholique et super tunné de Mel Gibson. Tout à mon attente, j’ai aussi pensé à Copenhague. Souvenez-vous c’était l’an dernier, la propagande du bien universel nous annonçait le sommet écolo à grand renfort de communication gouvernementale. Un joli ratage mondial. Exit Copenhague et ses espoirs. Le Gouvernement nous rassure aujourd’hui, nous ne manqueront pas de pétrole. Un an après ou presque, c’est curieux. En me saisissant du déversoir, je sens malgré le plein de soulagement, que tout ça, c’est du passé. Ma descendance se débrouillera autrement, elle pédalera, elle ramera, elle rebondira, elle roulera au courant, elle avancera en courant mais pour elle, l’essence ce sera le non sens.  La radio annonce que les routiers sont entrés dans la danse avec des opérations escargot et le blocage des centres de ravitaillement. L’opération escargot, voilà un joli mot valise de l’info. Imagé, sympa, qui dit le ralentissement sans toutefois effrayer. Les mots valise de l’info disent la routine et les coutumes du pays, c’est l’info-tradi. On s’habitue aux mots, aux situations qu’ils décrivent, aux détresses qu’ils enrobent et insonorisent. Parfois, j’aimerais avoir des oreilles neuves, n’avoir jamais rien entendu pour pouvoir m’étonner, être surpris. Mais non, les mots valise sont là pour décrire ce qui arrive aujourd’hui comme ils illustraient ce qui survenait déjà hier, ces conflits sociaux qui se répètent et se ressemblent. Heureusement, les lycéens, eux, les entendent pour la première fois. Pour eux, c’est une découverte. Pour moi, rien de neuf sous le soleil de BP. Je vieillis.

Pour ceux qui avaient oublié l’Interceptor de Mad Max…

6 Réponses à “Le plein de soulagement”


  • Et donc avec la pénurie les moteurs turbot fonctionnent à bas régime ? Gaffe aux queues de poisson dans les files d’attente hein. 
    ^^

  • Oh merci ! J’ai corrigé immediatement.

  • You’re welcome Sir Colin David ^^

  • Qui aura fait le plus grand plein, celui qui soulage et qui tout en réconfortant fini de convaincre les autres du bien fondé de nos actions ?
    Est-ce les automobilistes comme vous qui se rassurent d’avoir évité de vivre les scènes cultes de Mad Max ?
    Est-ce les pompistes qui en catimini ont en profité pour argumenter le prix de leur denrée devenue (virtuellement) rare ?
    Est-ce les opposants au pouvoir en place avec leur grèves devenues aussi fréquentes et insignifiantes que les épisodes des Experts sur le petit écran ?
    Non peut-être que ceux qui ont en fait le plus rassasiant en termes d’auto satisfaction sont ceux du PMU du pouvoir qui hier se complaisaient entre eux dans leurs lieux de culte un peu partout sur le territoire français. Tels des témoins de Jéhovah ils étaient tout heureux de se retrouver et de se dire à quel point ils s’aiment et que le monde sera plus beau demain grâce au mal pour le bien que prodigue leur Grand Gourou à ces mécréants des rues…

    Bref, mon réservoir à moi est quasi vide et pourtant je ne me rue nul part pour le remplir. Celui qui m’inquiète le plus c’est celui de mon moral et de ma confiance en l’avenir de ce pauvre pays qui est le mien. Je me désole de voir que les dirigeants se bornent à imposer à leur peuple une réforme aussi injuste qu’ils la prétendent juste et justifiée. Je désespère à entendre aboyer ces opposants au pouvoir aussi inefficaces que les opposants chinois au fond de leurs cellules…pire encore, en Chine au moins ils ont des idées et savent s’organiser mais ici qu’avons nous à part des criards capables juste de dire qu’il faut faire grève et parfois d’aller danser et chanter dans les rue histoire de bien montrer au gouvernement que l’on est heureux de se faire léser avec un grand B !!!

    Pauvre pays, pauvre avenir, pauvre Lumières que nous avons enterrer depuis le siècle derniers. Nous ne sommes plus que l’ombre de notre intelligence et plus rien ne semble venir éclairer nos lanternes devenues si ternes et vides au point de nous faire courir vers les stations sans aucun salut possible…juste pour consommer car homo-consomus nous devenus :-/

  • Menfin, fantasmer sur le turbot, c’était super exactement bien dit. Pour la peine corrigez immédiatement : « nous ne manqueront pas ».

    J’ai un faux souvenir d’image télé de patins à roulettes sur une autoroute (ou sur le fortiphérique parisien?) suite à une pénurie d’essence. J’attends que ça arrive (ou re-arrive) pour de vrai.
    Cette envie de roller on the highway donne un petit aspect vivifiant, une fraicheur qui arrive à casser ce sentiment de « déjà vu, marre » qui nous révèle notre usure et nous fait nous voir si vieux en ce miroir. Un fantasme de voir rouler des patins sans doute.

  • Euh, je voudrais pas dire mais BP est le plus cher. D’ailleurs c’est pour ça que dans mon BP (presqu’à moi), il y avait presque personne.

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Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.