J’ai rencontré Xavier Charpentier dans une table ronde dédiée aux incertitudes de l’information la semaine dernière. Il a causé de la médiatisation des banlieues, expliqué « qu’avant »on ne savait rien des banlieues, que désormais on en sait beaucoup plus, même si certaines images en donnent une version déformée. Je l’ai invité à faire un petit post ici. Xavier Charpentier est né en Seine-Saint-Denis, il est directeur général associé de Free Thinking et il a publié ce livre l’an dernier.
Quand j’étais petit, je vivais dans le 9-3. Enfin on ne disait pas le 9-3 à l’époque, on disait la Seine Saint Denis, ou quelquefois le 93, pour les initiés… Il y avait déjà des immigrés, portugais, espagnols (mes voisins), des antillais, et puis des arabes aussi, (notamment dans ma cour de récréation, à l’école Paul Eluard au Blanc-Mesnil). D’ailleurs, il arrivait qu’on se batte mais c’était généralement pour une histoire de billes volées ou de tricherie au foot. On ne parlait pas des « quartiers » de Seine Saint Denis à l’époque, ni des « jeunes » de Seine Saint Denis, ni des « bandes » de Seine saint Denis, ni des « supermarchés de la drogue » de Seine Saint Denis… On ne voyait pas les « émeutes » de la cité des 4 Tours sur Dailymotion. Parce que Dailymotion n’existait pas. Et puis les 4 Tours c’était juste un endroit où j’allais jouer le mercredi après-midi chez mon copain Alain.
Et pourtant ce n’était déjà pas vraiment Disneyland, mon 9-3 vintage. La drogue, il y en avait, et déjà beaucoup, et déjà trop. J’ai même un ami de CM1 qui en est mort, quand il est devenu grand. Et de la délinquance, il y en avait aussi. Il y a même un épicier pas loin de chez moi qui en était mort, aussi, un dimanche soir de la fin des années 70. Et puis de la pauvreté. Des violences policières, de temps en temps. Je crois bien avoir entendu mon père en parler un soir, de retour de son cabinet de médecin de quartier.
Alors, qu’est-ce qui a changé ? Beaucoup de choses, en mal, c’est vrai, à tel point que quelquefois j’ai du mal à le reconnaître, mon 93 un peu sépia – surtout dans le portrait extrême qu’en font certains media, pour qui quelques ados en mal de bêtises à faire ou de poubelles à brûler deviennent « des dizaines de casseurs à la cité des 4 Tours». Mais une chose aussi, en bien. C’est que maintenant, si voulez savoir ce qui se passe vraiment dans le 9-3, vous n’avez qu’à aller sur Google, et vous aurez 633 millions de chances d’y trouver quelque chose d’intéressant. Si vous voulez savoir ce qui se passe vraiment au Blanc-Mesnil, vous aurez 3 millions de chances d’apprendre quelque chose – et même que le mal du pays existe aussi pour les exilés du 9-3, vous n’avez qu’à suivre ce lien. Si vous voulez savoir ce qui se passe là où personne n’allait jamais, dans ces endroits qui étaient « sans histoires » parce que personne n’en parlait jamais, plus rien ne vous en empêche. Qui a dit que le web était un monde virtuel ? Grâce à lui mon bon vieux 9-3 est peut-être en train de devenir réel. Enfin.






























Il manque l’âge du capitaine dans l’histoire. Situer dans l’espace, c’est bien. Situer aussi dans le temps c’est mieux pour en tirer une quelconque conclusion.
Le 93 existe depuis 1968 et on peut lire dans WIKI :
« L’objectif de cette réforme administrative était éminemment politique : il s’agissait de démanteler le département de la Seine, dont le Préfet avait presque autant de pouvoir que le Premier ministre. Cette concurrence à la tête de la région capitale était jugée néfaste par De Gaulle et Michel Debré, premier ministre de l’époque pour entreprendre l’aménagement de la région parisienne (« remettre de l’ordre »). »
L’histoire de l’ordre, je ne sais pas trop. Mais pour décentraliser, ça on a décentralisé…
Quant à la réalité du 93 à travers les images du net: c’est pas très rigoureux comme description de la réalité.
La banlieue ça n’existe pas, sauf à exclure de la couronne les quartiers pavillonnaires bourgeois et à inclure la banlieue intramuros parisienne, c’est à dire à définir de quoi on parle: de la société des défavorisés et non pas de la banlieue géographique.
Ça arrange tout le monde de poser ce dessin au calque sur les problèmes sociaux actuels, mais malheureusement rien ne se superpose pile poil. Par exemple l’éducation nationale aimerait bien que son problème ne soit que dans des zones délimitées, mais trop dommage, les ZEP sont tellement des zones extensives qu’elles ne signifient plus rien par rapport à l’objet de leur création.