La claque.com

C’est une vieille histoire d’avant Internet. C’était en 1990. Olivier Stirn, qui fut de tous les gouvernements, de Pompidou à Mitterrand, était alors Ministre du tourisme de Rocard. Il avait organisé des Etats Généraux du Progrès où des édiles du PS devaient prendre la parole. Le premier jour, malgré 5000 invitations lancées, Bernard Kouchner causa devant trois pelés-un tondu et quitta la salle dépité. Pour éviter la même chose le deuxième jour, l’entourage du ministre eut l’idée maladroite d’embaucher des chômeurs pour remplir ces états généreux. Cette location de « claque » fut ébruitée, fit scandale et provoqua la démission du Ministre(1).

20 ans plus tard, Olivier Stirn pourrait sourire en observant qu’Internet est devenu une immense machine à fabriquer de l’audience fictive pour des personnalités ou des marques. Car on peut désormais acheter des fans Facebook et des followers Twitter sans faire scandale ni rendre son tablier. La tendance, émergente il y a trois ans, se confirme aujourd’hui au moins pour les marques. Alors qu’autrefois on payait cher des fichiers pour toucher sa cible, le numérique permet désormais d’acheter cette cible sans avoir à la séduire. Nadine Morano, accroc à Twitter, a récemment démenti avoir gonflé son compte en achetant des « suiveurs ». Dont acte. François Hollande et Nicolas Sarkozy n’ont évidemment pas commenté la montée en flèche de leurs abonnés sur la plateforme de microblogging mais il est en 2012 inconcevable qu’un présidentiable sérieux n’aligne pas ses divisions de fans sur la toile.

Si les acheteurs ne le crient pas sur les toits, les fournisseurs de supporters numériques ne se cachent pas. Acheterfollowers.com, Boostic.com, Acheterdesfansfacebook.com marchandisent un public virtuel à des tarifs abordables à l’instar de ces sociétés qui postent de faux avis de consommateurs « ravis » sur les sites des hôtels restaurants… Ici ce ne sont pas des chômeurs qu’on paie mais des agences qui recrutent ou inventent pour vous une opinion favorable.  La plupart des bloggueurs experts en marketing viral sont pourtant formels : mieux vaut quelques friends « bio » et engagés que des centaines de milliers de fans à la traçabilité douteuse.

Cet approvisionnement d’un genre nouveau est symptomatique d’une époque capable de monétiser une « claque » artificielle comme elle a monétisé les subprimes avec les résultats que l’on sait. On n’imagine pas un chanteur ou un auteur acheter des applaudissements en revanche les aéroports, les marques de luxe ou de soda ne résistent pas à l’achat d’admirateurs. Disons-le, le clic et le fan bidonnés sont au commerce social ce que les faux électeurs sont à la fraude électorale. Et pourtant…

Dans l’ouest de la Côte-d’Ivoire, il arrive que les familles aisées ou les proches d’un défunt louent les services de pleureuses professionnelles. Moyennant quelques billets, ces femmes qui n’ont aucun lien avec le disparu assistent en pleurant, voire en s’arrachant les cheveux, aux cérémonies funéraires ou à l’enterrement. La famille endeuillée montre ainsi que le mort est regretté, que sa disparition suscite la tristesse et qu’on l’attend dans l’au-delà.

Sous nos cieux, on préfère la part d’audience et de marché à une place en paradis. Chacun son Dieu.

Chronique paru dans l’Express daté du 22 au 28 février.
(1) Le détail de cette affaire fut notamment relaté dans l’Humanité du 5 juillet 1990 par Gérard Le Puill

7 Réponses à “La claque.com”


  • C’est pour l’effet « mouton ». Selon le principe « mouton », on achète 500 fans et on en gagne 500 qui se disaient « mais pourquoi je ne fais pas parti des 500 fans? »

    Ou encore : s’il y a du monde; il y aura du monde.

    La manœuvre est connue aussi dans la presse et à la télé quand les caméramans et les photographes quand ils cadrent l’endroit qui concentre le plus de personnes.

  • D’ailleurs, j’en profite pour dire que j’ai horreur qu’on me mette en vitrine au restaurant. C’est à dire à côté de la fenêtre pour bien MONTRER aux gens de l’extérieur : vous voyez, vous pouvez venir, il y a déjà quelqu’un !

  • Combien qu’il vous les paye, vous, Isabelle? Les commentaires?

  • On se plaint souvent de ce système qui vante la popularité des pages facebook ou compte twitter. Malheureusement, lorsque l’on ne voit pas beaucoup de like ou pas beaucoup d’abonnements, très peu d’entre nous prenne l’information relatée au sérieux. Comme s’il fallait l’approbation de la communauté ou engager une bonne agence de communication pour avoir du contenu pertinent… Heureusement, avec beaucoup de générosité et à force de travail, les likes naturels arrivent ! Et sont bien plus valorisants que des likes achetés, qui ne liront même pas le contenu qui sera propulsé via ces réseaux…

  • D’où ce problème : ériger le nombre de followers en valeur absolue. Certains journalistes oublient de mettre en doute cette notion toute quantitative. Voir cet article par exemple : http://www.strategies.fr/emploi-formation/management/180138W/twitter-ouvre-toi.html Il serait par ailleurs quasi-impossible de vérifier la nature « bio » ou non des followers de toutes les stars de Twitter (marques, mais aussi personnes-marques politique ou journaliste). Il est dommageable que notre profession, censée être dotée d’esprit critique, se fasse avoir par un tel écran de fumée.

  • @Poisson

    Ha mais rien du tout ! Il me paye rien du tout… Des années que je le suis en silence. Même pas un petit remerciement. Par contre, je peux toujours acheter SON dernier livre où encore une fois, il utilise les commentaires de pauvres femmes comme moi, pour son propre profit !

    Et vous ?

  • Bientôt il me paye pour que j’arrête…

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Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.