Racontées dans Libération ce matin les coulisses de l’enregistrement des débats qui suivront la diffusion ce soir du Jeu de la mort, diffusé sur France2, un documentaire de Christophe Nick. Comme j’y ai participé, je vous raconte ma version du coup de sang de Christophe Hondelatte, elle diffère un peu de ce qui est rapporté dans Libération. Au tout début de l’enregistrement Christophe Hondelatte l’animateur de cette soirée interroge donc l’un des deux candidats sur son parcours, son métier et ce qu’il est dans la vie. L’idée du présentateur, c’est de montrer qu’on peut être quelqu’un de bien et électrocuter son prochain sur instruction d’une présentatrice de jeu de real-TV.
Et pour montrer que ce candidat, un homme, a par le passé eu du courage, il l’engage à évoquer un aspect de sa vie privée – son coming out – pour montrer qu’il a déjà fait preuve de courage. Le candidat se fait prier. Lui et Hondelatte ont pourtant évoqué la veille cet aspect de sa vie privé et il a accepté d’en parler. Devant les hésitations du candidat à revenir sur le sujet, je glisse malicieusement…
- Vous pouvez refuser !
Je réagis à ce moment-là, histoire de montrer que n’importe quel dispositif télévisé peut, s’il n’y prend garde, contraindre ses participants et les influencer. Eclat de rire collectif, Christophe Hondelatte compris qui reprend ensuite l’interview en précisant que le candidat est libre de répondre, évidemment.
Le premier débat s’engage ensuite très courtoisement. Lorsqu’il est invité à prendre la parole Alexandre Lacroix, redchef de PhiloMag fait remarquer que l’émission où nous débattons du documentaire de Christophe Nick n’échappe pas elle-même aux reproches qui sont adressés à la télévision puisque Christophe Hondelatte vient d’y forcer l’intimité du candidat. Il ignore comme nous tous que la veille, le garçon en question a indiqué à la production pouvoir évoquer sa vie privée.
L’animateur de l’émission estimant que sa manière d’interroger le candidat est remise en cause par Alexandre Lacroix lui rétorque en substance que ce qu’il fait s’appelle du journalisme, qu’il ne le laissera pas neutraliser le débat et qu’en fin de compte c’est un peu facile de critiquer la télé quand on est venu y causer. Une discussion s’engage au point que Christophe Hondelatte exige une explication avec Alexandre Lacroix hors plateau.
Et c’est là que nous nous retrouvons non pas dans la situation des participants au « Jeu de la mort » de Christophe Nick mais dans une configuration où nous nous demandons si Christophe Hondelatte, que je découvre soupe au lait comme pas permis, peut légitimement demander à l’un des débatteurs de quitter le plateau pour avoir une explication.
Alexandre Lacroix refuse cette explication à l’écart et signifie qu’il entend rester en plateau alors que l’animateur indique qu’il ne reprendra pas le tournage si les choses ne sont pas mises au point. S’en suit un moment de flottement où Christophe Hondelatte rappelle que la question « intime » posée au candidat lui a été soumise la veille, ce que ce dernier admettra très volontiers, estimant qu’il était d’accord. Les choses se calment et le tournage interrompu reprend.
J’ai parlé d’un coup de sang de Christophe Hondelatte mais j’aurais aussi pu parler d’un rappel ultra ferme aux règles du débat ce soir-là. C’est l’animateur le patron des débats et il interroge ses invités selon un dispositif communément admis.
Je ne suis pas sûr que vous verrez un jour les images de cette scène d’autant plus intéressante que la discussion portait sur la soumission à l’autorité. Elle n’a évidemment pas fait plaisir aux gens qui fabriquent la télévision et veulent livrer des produits bien léchés mais elle a sans doute fait jubiler quelques unes des personnes présentes et moi le premier, nous faisant toucher du doigt la question de ce qu’est ou pas une autorité légitime, sur un plateau télé ou ailleurs.
Libération a suivi l’angle révolté d’Alexandre Lacroix qui peut légitimement reprocher au dispositif ses défauts classiques et à l’animateur la vivacité excessive de sa réaction. Lacroix peut ici invoquer une autre autorité, celle de la parole bourdieusienne en matière de spectacle télévisuel. Dès lors, il faut s’y tenir et ne plus participer à un enregistrement qui ne soit pas en direct et, le cas échéant, ne pas être partenaire d’une telle émission : c’est le cas de Philosophie Magazine. Alexandre Lacroix omet de dire que le candidat avait préalablement donné son accord pour qu’on lui pose la question sur son coming out et que Christophe Hondelatte l’a dit en plateau à plusieurs reprises. Je comprends aussi qu’Hondelatte ait voulu défendre son autorité, son travail et la pérennité du débat mais « l’engagement » et le ton qu’il y a mis n’ont pas servi cet objectif.
Quant au film de Christophe Nick, je l’ai trouvé très effiace et très pertinent tant qu’il se limite à la réactualisation de l’expérience de Milgram dans un cadre de télé-réalité (voir aussi la séquence d’I comme Icare de H. Verneuil dans la vidéo jointe). Ca permet de faire passer le message de notre soumission à l’autorité d’une façon nouvelle. En revanche, dès lors que le documentariste se risque à faire de l’institution télévisuelle un totalitarisme mou, sa démonstration se perd dans un charabia difficile à suivre.
PS : je suis tombé par hasard sur un extrait du jeu de la mort, mais celui de Bruce Lee, c’est autre chose que Chantal Jouanno…


























Je trouve étonnant de voir à quel point les candidats qui « n’obéissaient » pas étaient affublés de jugements moraux comme « courageux ».
Je ne vois dans cette nouvelle version de l’expérience de Milgram que la recherche d’un point de rupture entre la morale ou l’empathie et le sentiment de devoir.
J’ai trouvé cette émission bien intéressante avec en prime la jubilation de vous voir moucher Jean Marc Morandini avec le brio qui vous caractérise.
Encore Bravo.
Cher D.A.,
J’adore vous écouter tous les matins sur France Info avec votre confrère Nicolas Poincare dès 7h20; Vous apportez ensemble de la fraicheur et un supplément de dynamisme à une radio qui, à mon humble avis en manquait terriblement depuis quelques temps. Cette radio était en perte de vitesse, à la recherche d’un 2nd souffle et d’une nouvelle identité et je trouve que la nouvelle orientation et stratégie de la radio est une bonne chose (je suis un inconditionnel de France Info depuis que je suis enfant).
Concernant le débat de mercredi, j’ai trouvé le spectacle désolant. Le montage était très mauvais, décousu; le thème du débat n’a été que trop peu exploité. (trop d’intervenant sur le plateau).
J’ai bien aimé votre référence à « arrêt sur image » en introduction. Votre face 2 face avec Morrandinie manquait de matière. La faute au format de l’émission (pas en direct et sur un format 50min);
Plein d’intervenants aux discours différents (Géraldine Muhlmann: elle est trop classe dans ses déclarations; je l’écoute sur RTL de temps en temps, elle est génial!).
Concernant Lacroix, il n’a pas tord quand il dit que la TV manque d’intérêt (pour faire court).
Le pouvoir que peut avoir la télévision sur la poignée d’inadaptés sociaux qui participent aux émissions de télé-réalité n’est pas un sujet bien passionnant. Si l’on veut parler de pouvoir de la télé, il faut se pencher sur l’influence quelle exerce sur les téléspectateurs. Voilà qui serait passionnant.
Tout comme il me semblerait intéressant d’analyser pourquoi cette influence de la télévision est sous estimée alors que celle d’Internet est à ce point gonflée ?
Je n’ai pas regardé l’émission et je m’en félicite.
J’ai trouvé ce documentaire et le débat qui le suivait méritants.
Le b-a-ba d’un questionnement intellectuel honnête, qui implique donc qu’on y applique toujours un aspect circonspect, a fait que j’ai pu émettre quelques réserves ici ou là.
Mais j’ai surtout déploré qu’on passe sous silence le film Icare de Verneuil, parce qu’il date déjà et que son omission escamote le fait par conséquent que toute volonté pédagogique ( car là il y en a partout )semble dans nos sociétés vouée à l’échec, au DESIR PUISSANT d’amnésie collective. Il y a un échec de la culture,initié essentiellement – et même si ce n’est pas la seule cause – par le monde de l’argent-roi et voué de façon perverse à son entretien débilitant. Il y a là un véritable tabou, d’importance capitale.
A ce sujet – ce n’est qu’un exemple qui me vient à l’esprit – Antonin Artaud a eu beau s’échiner à remettre en cause la pratique du théâtre, ses efforts ont eu beau atteindre beaucoup de notoriété,… le théâtre, en gros, reste ce qu’il était avant Artaud, un spectacle bourgeois. Et, dans tous les domaines de la culture, le tout à l’avenant !
» La crevaison pour le monde qui va. En avant, route » ( A. Rimbaud – Démocratie ).
Merci d’être intervenu de manière pertinente pour dénoncer le raccourci incongru entre l’expérience menée et l’hypothétique totalitarisme télévisuel.
En revanche, je trouve qu’à un autre moment dans le débat, un lien plus fort entre la télévision et le problème de l’obéissance-adhésion aveugle aurait pu être fait. Lorsqu’il a été question de la différence entre chaînes publiques et privées, il a été dit que ces dernières étaient confrontées à des enjeux commerciaux et d’audience justifiant une attitude mois regardante vis à vis des contenus. Il s’agit donc d’une adaptation à un système et à des règles qui justifie le mépris de la morale… n’était-ce pas précisément le sujet de l’expérience?
Consternant ! du documentaire ou du débat, je ne sais lequel était le plus attristant ?
Malhonnête un dispositif qui livre en pâture aux téléspectateurs des cobayes tétanisés par le fait d’être sur un plateau de télé et qui sont prêts à torturer. Doit t on s’en étonner puisqu’ils avaient accepté sans broncher le principe d’un « jeu » consistant à administrer des volts en guise de punition ! (Comme l’a très justement fait remarquer pendant le débat Claude Almos, beaucoup de choses se jouaient là, dans le bureau du producteur; je serai curieuse de savoir si des personnes ont, en apprenant la nature du châtiment, refusé d’aller plus loin).J’aurais aussi aimé connaître les critères de sélection des cobayes. On nous a assuré qu’il n’y avait aucun sadisme là dedans, l’état agentique auquel ils étaient soumis expliquant les comportements des bourreaux .J’ai le sentiment que la démonstration était au service d’une intention de Christophe Nick,qui, et cela part d’une bonne intention veut alerter sur les dérives de la télé réalité et pour celà en utilise les méthodes. Malgré le terme scientifique employé pour qualifier l »expérience » qui nous fût asséné moult fois , tout cela sentait le coup médiatique. En suite voir comment ont été consolées les personnes qui sortaient du jeu bouleversées m’a écœurée : notamment la jeune femme qui n’arrivait pas à s’arrêter de pleurer bien que le comédien ex -fausse- victime la félicite en lui pétrissant la main de son courage d’être sortie du jeu ; et si ELLE, n’arrivait pas à se remettre du fait qu’elle ait attendu si longtemps (jusqu’à 365 volts je crois )ne serait ce pas une prise de conscience salutaire ? Quant au public sur le plateau, personne n’en a parlé , il assiste tranquillement à tout ça et personne ne bronche ? dans le débat il n’est évoqué que comme un élément de pression supplémentaire pour les cobayes , mais personne ne semble s’attendre à ce que quelqu’un réagisse .Le comportement du public n’est pas analysé, quantité négligeable ? comme s’il n’était pas composé d’êtres humains capables de penser de ressentir une émotion, c’est une masse informe juste bonne à obéir aux injonction du chauffeur de salle ? ..Le premier plateau d’invités met l’accent sur l’obéissance, ah bon personne n’ose désobéir à l’autorité ? c’est drôle moi je croyais en regardant ce qui se passe à l’école ou sur la route qu’elle en avait pris un sacré coup l’autorité et qu’ils étaient nombreux ceux qui transgressaient la règle,Alors sur un plateau télé , pourquoi est ce différent ? Le fait de passer à la télé, ça produit ça ? Quant aux membres du deuxième plateau ,Morandini and consoeur (mis à part vous David) ne semblaient pas prêts à critiquer la profession, tout va bien dans le meilleur des mondes ! mais pouvait on s’ attendre qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis .?..
Après l’article de libé c’est intéressant d’avoir une source différente au sujet du clash pendant le débat.
Je pensais que beaucoup de personnes connaissaient l’expérience de Milgram. Apparemment cela n’est pas le cas.
J’ai découvert « la soumission à l’autorité » avec le film I comme Icare et l’émission de France 2 réactualise cette expérience.
Je n’ai entendu que très peu de commentaires sur le comportement du public.
Le public croyait qu’il s’agissait d’un jeu et aucun SPECTATEUR n’a réagit ?
Est ce que l’expérience du « jeu de la mort » n’a pas été biaisée par le fait que les participants étaient motivés pour participer à un jeu télévisé ?
Personnellement je pense que je serais allé TRÈS LOIN dans l’expérience de Milgram mais que je n’aurais pas été intéressé si j’avais été sollicité pour participer à ce (un)jeu TV (quelconque).
Et Mr Lacroix, en révélant cet incident, a fait ce qu’il reprochait à Mr Hondelatte : révéler l’homosexualité du candidat contre son gré.
Tout ça pour se faire mousser un peu (« j’ai résisté à Hondelatte »)
Vraiment c’est Hondelatte qui a forçé le candidat!
Devant les invités au débat, les techniciens, le public etc. Ce n’est que « après » la reaction de M. Lacroix qu’ils ont coupé pour le grand public de téléspectateurs (sinon ils auraient surement laissé la sequence pour faire de l’audience…).
Heuresement qu’il y en a encore qui reagissent et resistent!