« Je n’aime pas qu’on me mente »

Suite à la mise en ligne d’un post de Robespierre daté de 1791 assaisonné par mes soins, j’ai reçu  ce jour vers 13h, un beau com’ argumenté, généreux, pas haineux, critique, bien balancé, énergique et politique. Un texte quoi. J’adore. Je montre. Je partage. Merci M. Emmanuel Deloget qui blogue ici.

« Ah. C’est vrai que c’est beau. C’est vrai aussi que ce n’est pas ce qu’il a fait, mais c’est un autre débat. C’était Robespierre le Courageux à l’époque, pas Robespierre le Sanguinaire qu’il est devenu peut de temps après. J’en profite pour rebondir sur quelque chose qui me hérisse le poil (nonobstant tout l’admiration que j’ai pour vous) : oui, monsieur, et malgré votre irrépressible désir de croire que vous faites le meilleur métier du monde (si ce n’est le plus vieux ; et ce n’est pas une insulte : de tout temps, l’homme a eu besoin d’avoir des nouvelles de ses semblables), il est nécessaire et urgent de taper sur la tête des journalistes. De la part des politiques, c’est de la gesticulation (nécessaire pour créer le bruit suffisant à se faire voir – je ne dis pas entendre, tant nos politiques actuels parlent peu). De la part du gouvernement, c’est plus problématique – mais je crois qu’on peut montrer à quel point ce gouvernement est en accord avec ses principes profonds, à savoir « on est jamais mieux servi que par les autres ». J’espère de tout coeur que Notre Président ne sera pas obligé de faire face à une grave crise interne ; il a le couvre-feu facile, et la tentation totalitaire leste (comment interpréter autrement une insulte comme « casse-toi pauv’ con » sinon qu’en considérant que celui qui l’a prononcé se sent tellement au dessus de tout le monde que lui résister, c’est lui être inférieur et digne des pires insultes ?), ce qui pourrait poser un léger problème à notre démocratie.

Bref, de la part des puissants, je comprends que cela puisse choquer. Je le suis moi-même.

Mais de la part des hommes ? Considérez mon cas : je n’aime pas qu’on me mente. Et pourtant, dans le monde qui est le notre, je suis incapable d’entrevoir ne serait-ce qu’une vérité. Les journalistes ont décidé que la vérité n’était pas importante – ce qui est important, c’est la réalité des choses. Hors la réalité, ce n’est pas la vérité. La réalité, c’est que cet homme a tué son voisin. La vérité, c’est que s’il ne le faisait pas, son voisin allait le tuer lui et ses deux enfants. La réalité, c’est que des roms se criminalisent. La vérité, c’est qu’ils n’ont guère le choix – que ce soit ici ou ailleurs, ils sont violemment stigmatisés ; le travail ne viens pas, le savoir ne viens pas, et les roms vivant en France le dispute en indigence aux plus pauvres des clochards.

La réalité n’est qu’une facette de la vérité.

Et des facettes, nos journalistes nationaux nous en fournissent par camions entiers. Il y a les facettes de la presse télé ou radio, qui sont des facettes imposées par le format (30 secondes ici, 2 minutes là ; c’est difficile de faire un panorama complet de la situation dans ce temps imparti). Il y a les facettes de la presse partisane (un certain journal que je ne souhaite pas nommer et dont le nom commence par F et finit par IGARO affiche ouvertement son orientation à droite, tandis que l’organe officieux d’un PCF moribond n’hésite pas à nous seriner qu’il n’y a de salut qu’à la gauche de la gauche). Il y a les facettes de la simplification outrancière (sérieusement, est-ce qu’un seul journaliste a lu le délibéré du procès de Jérome « J’ai mal au portefeuille » K. ? C’est pourtant un modèle d’argumentation juridique fondée, qui démontre de manière assez claire que M. K n’a pas eu besoin d’avoir des encouragements tacites de la banque pour agir comme il l’a fait).

Bref, moi, simple citoyen, je me retrouve à devoir mettre ces facettes bout à bout. Je lit un peu de Figaro par ci, un peu de l’Humanité par là, un article du monde ici, j’écoute France Info, etc. Tout ça pour avoir la possibilité de réfléchir sur ce qui se passe actuellement dans le monde (pas seulement dans notre pays, même si j’avoue que c’est là mon principal centre d’intérêt). Tout ça parce que les médias en général et, hélas, les journalistes en particulier, sont incapables de résister au sensationnalisme, à la phrase courte, ou aux sirènes envoûtantes (et rémunératrices) d’un système partisan.

La liberté de la presse doit-être totale ? Non ; vous parlez là de la liberté de parole. La liberté de la presse admet une limite : celle de la qualité de l’information. Car elle a le devoir d’informer – et informer, ce n’est pas présenter une réalité, c’est tenter de brosser un portrait de la vérité. Bien évidemment, on a là une qualité non quantifiable, mais dont on connait une caractéristique redoutable : son prix est élevé, et elle rapporte peu.

La réalité est bien plus vendeuse – et la presse arrive encore à la malmener. Il est donc urgent de lui taper dessus, afin de lui rappeler ses objectifs premiers (information et mise en perspective). Il est nécessaire de lui taper dessus, parce que sans ça, elle divague – et se rappelle au bon souvenir des puissants dont elle prétend se méfier.

J’aime la presse ; j’aime les hommes qui font le métier de journaliste. Et par une curieuse contradiction, j’éprouve une colère profonde envers les journalistes.

Mes amitiés à l’homme,

– Emmanuel Deloget »

1 Réponse à “« Je n’aime pas qu’on me mente »”


  • Chateaubriand: « vous l’avez pris, Alger, malgré la liberté de la presse, de même que j’ai fait faire la guerre d’Espagne en 1823 sous le feu le plus ardent de cette liberté. »
    Balzac: « le journal au lieu d’être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis; de moyen il s’est fait commerce, et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi. …/…Un journal n’est plus fait pour éclairer mais pour flatter les opinions. …/…Les crimes collectifs n’engagent personne. Le journal peut se permettre la conduite la plus atroce, personne ne s’en croit sali personnellement. »
    Il a coulé de l’eau sous les ponts depuis Robespierre.

    Ce n’est certainement pas un vieux métier, il n’y a pas eu « une presse » au sens que lui donne Robespierre de tout temps. Et colporter les nouvelles à l’ancienne se fait encore et n’a rien de l’ambition de la presse. La presse a trop d’ambition selon moi, genre grenouille à grande bouche. http://www.amazon.fr/Grenouille-%C3%A0-grande-bouche/dp/2278050931
    Mais c’est tout son intérêt quand même.

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

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