Du TV-livetwit de la Nouvelle Star au Rocky Horror Picture Show (ou l’inverse ?)

Je m’adonne depuis le début de l’année aux joies du TV-livetwit. C’est venu naturellement devant des programmes fédérateurs et rassembleurs comme la finale de Secret Story de TF1, les voeux du Président ou la Nouvelle Star d’M6. Le TV-livetwit pour ceux qui ne connaissent pas, ça consiste à commenter sur Twitter ce qu’on voit à la télé. Jusque-là c’est stupide car pourquoi commenter auprès d’un petit nombre, un programme vu par des millions de gens et risquer en plus la paraphrase ? C’est que le TV-livetwit a une fonction bien plus sophistiquée qu’il n’y paraît et on aurait tort de le réduire à la main courante des émissions de divertissement des chaines commerciales.

Je me rappelle qu’il y a 30 ans, le jeudi, mes petits camarades et moi nous retrouvions dans la cour de récréation en forum pour discuter du western ou du film de capes et d’épées du mardi soir. Nous formions des petits groupes et il y avait intérêt à avoir vu le film si on ne voulait pas être exclu des conversations. Le TV-livetweet c’est un peu ça : la discussion du jeudi pendant la récréation, sauf qu’elle a lieu non pas en différé mais en même. On ne commente plus La prisonnière du désert dans la Dernière Séance présentée par Monsieur Eddy Mitchell mais la Nouvelle Star.

J’ai twitté la semaine dernière pendant la diffusion en direct de l’émission que la télé ne changerait pas internet mais qu’internet allait changer la télé. La mutation est à l’œuvre. Non seulement les chaines vont s’évertuer à créer des conversations autour de leurs programmes mais en face, une partie des internautes s’évertuera à fuir les lieux officiels de ces conversations pour en improviser d’autres. C’est désormais ce qui se passe sur Twitter chaque semaine. Ce qui se joue devant l’écran et sur internet simultanément est d’une complexité rabbinique…

Je suis en apparence téléspectateur d’un programme de divertissement mais en vérité, je suis un agent double, triple et vous ne m’aurez pas comme ça. Tandis que mes yeux scrutent l’écran, les chanteurs et le public, c’est à une autre scène que je pense. Elle s’organise sur Twitter et c’est le dièse NS qui donne le la, autrement dit c’est par #NS ce signe de ralliement qu’une autre Nouvelle Star est possible sur Internet. Ce dédoublement de l’émission nous le devons à une communauté de joueurs-twitteurs-téléspectateurs qui ne se contentent pas du programme diffusé par M6. Ils ne s’en contentent pas et veulent se l’approprier, le modeler, le déguster à une sauce dont ils imaginent, moi compris d’ailleurs, qu’elle échappera aux as de l’audience qui prétendent faire du téléspectateur un numéro, une simple cible.

C’est une autre partition qui se joue sur Twitter (et sur les forums spontanés de téléspectateurs) et qui raconte d’autres histoires que celle de ces candidats qui voulaient chanter. Le TV-livetweet c’est d’abord un réflexe communautaire. C’est la recherche d’un autre groupe avec lequel on pourra partager autre chose. Le TV-livetwit c’est aussi une façon d’agrémenter le peu d’interactivité du programme TV. Que fait-on si on n’a pas envie de voter mais qu’on veut participer ? Aller à Baltard ? Bof. Twitter permet cette autre participation, laquelle échappe aux prévisions d’M6 même si au final, la chaine peut s’en réjouir. Ensuite, le TV-livetwit de la Nouvelle Star remplit pour ses utilisateurs des fonctions complexes que je résumerais aux principales :

-       je ne suis pas un téléspectateur comme les autres, je suis moi aussi une star à ma façon

-       je suis plus malin que ce que la chaine croit

-       je suis un expert de ce programme et je trouve sur twitter un espace pour exercer cette expertise

-       j’ai envie de m’amuser, de me défouler

-       j’ai envie comme dans les salons du 18e siècle d’éprouver mon sens de la formule et du mot assassin, j’adore casser les candidats

-       je hais la télé et je le crie haut et fort en regardant la télé quand même

-       je suis fan d’un ou d’une candidate et je veux le dire autrement que passivement

-       je ne veux pas me mélanger à la foule du public des votants, de Baltard et des simples téléspectateurs, je suis un personnage plus complexe

-       je suis un agent subversif de la société de consommation…

-       je m’emmerde devant ce programme mais si j’ajoute un soupçon de twitter, là je m’amuse

-       j’ai envie de vérifier si mes impressions sont comparables à celles  des autres

-       je suis un pronostiqueur et je veux mettre mes qualités divinatoires à l’épreuve

-       je ne te suis pas du tout David, j’ai intégré Twitter dans ma façon de regarder la télévision, je ne suis pas celui que tu crois, je suis quelqu’un d’autre, tu ne m’enfermeras pas dans une case, un profil ou un socio type, je suis unique en fait.

Bref, le TV-livetwit c’est une nouvelle façon de se faire un petit cinéma devant sa télé. Nouvelle ? Vraiment ? Pas sûr. Il y a 35 ans sortait en salle un drôle de film. Il est toujours à l’affiche et il est devenu plus connu pour ce que les spectateurs en ont fait dans la salle à force d’interéagir avec l’image sur l’écran que pour ce qui se trouve sur la pellicule. Il s’agit bien sûr du Rocky Horor Picture Show, le film qui se joue autant devant que sur l’écran. Décidément, internet n’a rien inventé.

9 Réponses à “Du TV-livetwit de la Nouvelle Star au Rocky Horror Picture Show (ou l’inverse ?)”


  • Plus fin encore que le simple live-tweeting, il y a les hashtags surciblés (comme #Luce, pour Luce de la Nouvelle Star : #Luce #NS) voire le blog événementiel, consacré à tel ou tel candidat de la NS, par exemple :{)

  • Oui enfin, c’est pas comme si twitter avait inventé ça non plus…

    Je me souviens de commentaires sur IRC lors du premier loft par exemple… des channels spécialisés télé-réalité, ça rigolait bien aussi ;)

  • david j’avais constaté cette avalanche de twits #NS un jeudi soir etant un non initié il m’a fallu quelques minutes pour comprendre. je rejoins les autres commentateurs sur le fait que le changement n’est pas si profond, meme si le medium en a changé la porté et le timing. Par contre je suis plus que d’accord sur la liste des qualificatif du télélivetwitter. En effet, le coté subversif, consommateur, pointu, hors de la foule apporte une dimension qui devrait changer les contenus eux memes. Pour ne pas perdre cette frange, les producteurs vont devoir ajouter des éléments qui favorise cela : un genre de dallas des coulisses pour ceux qui regardent autrement et qui forment une audience de plus en plus importante. c’est un peu la même chose qu’avec palace et c’est 3 niveaux de lectures.

    En tt cas le phénomène mérite examination.

    j’en profite pour te proposer d’ajouter disqus.com sur ton blog car il permet de connecter mes commentaires sur ton blog à mon twitter et ca aussi c’est du livetwit mais de blog ce coup ci. Et oui il faut aussi changer ses habitudes de producteur pas simplement de consommateur.

    Sur ce bonne télé et bon twitter.

  • Alors nous expliquer tout ça pour ensuite nous abandonner lâchement un soir de Nouvelle Star, c’est juste trô injuste… (et oui, l’accent circonflexe est esseprès, et les 2 s ici aussi).

  • Le Rocky Horror, que de souvenirs (pareil avec Phantom of the paradise), tu as raison de souligner le fait que les chaines s’évertuent à créer de nouveaux espaces de discussion sur des espaces dédiés, mais jouent même le jeu en invitant (c’est le cas de la #NS) des blogueurs à venir « livetwitter » dans le carré VIP de l’émission.
    Progrès par rapport à l’an passé où ces mêmes blogueurs étaient conviés à l’émission, mais en tant que simples spectateurs, sans leur indispensable outil de communication on line, progrès ou tentative de récupération, selon le point de vue.

  • le problème avec le #NS c’est qu’il risque de faire chier l’agenda de l’Elysée

  • Très intéressante analyse, pour pratiquer le live twitt activement je peux dire que je ne regarderai même pas le programme si je ne pouvais pas le live twitter, s’exprimer/donner devient plus important que de recevoir.

    Mais en fait, en terme de temps réel, fut un temps ou l’on se retrouvait entre amis sur un canapé, un paquet de chips à la main, à critiquer tout ce qu’on voyait. C’est plus en terme d’espace que de temps, que le curseur s’est déplacé ici. En en nombre de personnes aussi.

  • « Je suis plus malin que ce que la chaîne croit ». Ainsi vous zappez les pubs ? Non, parce que vous avez beau vous moquer, vous restez quand même devant votre téloche pendant deux heures… Je suis d’accord sur l’analogie du live tweet / forum / cour de récré /machine à café. Mais cela reste de belles foutaises, pour essentiellement vous justifier de regarder une émission pourrie dont les ressorts sont rebattus et usés jusqu’à la moëlle depuis un bon moment.

  • UN très bon dossier à lire dans the economist sur la télévision qui traite de l’impact de facebook et twitter sur les émission à forte audience.

Laisser un Commentaire

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

post thumbnail

C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

post thumbnail

L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

post thumbnail

C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

post thumbnail

C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

post thumbnail

Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

post thumbnail

C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

post thumbnail

Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.