C’est un gage qui m’entraîne en « bite de nuit » mais lequel ?

Une amie qui s’appelle Antigone et publie ce très beau et très branché magazine, m’a donné un gage et un titre « Bite de nuit ». De quoi m’a-t-elle privé la coquine ?

« Je me rappelle cette nuit sans eau. Un vrai cauchemar à Palavas une nuit de grandes chaleurs. J’allais de bar en bar. Et pas un établissement qui ne veuille me servir. J’avais beau demander, exiger, rappeler le règlement, pas un serveur qui accepte de me servir ne serait-ce qu’un petit verre d’eau. C’était la sécheresse. Du Pastis, du Jack Daniel’s, de la Suze, de la 1664, du Martini et d’autres breuvages sans aucune difficulté mais pas d’eau. C’était la pleine lune sur le rivage avec dans les ténèbres, en réserve blanche un cercle qui dessinait un manque, un néant, une absence que je ne parvenais plus à me représenter, que je ne m’expliquais pas mais qui laissait deviner en creux et sur ma langue une incapacité à dire et écrire. J’étais déshydraté par manque d’eau mais pas seulement. Un cafetier me prit en pitié et me tendit de la glace. « Ca c’est permis me dit-il en plaçant sur mes lèvres un cube gelé ». Passé le premier instant, le manque revint, plus intense, plus insidieux. Ca n’était pas seulement la pépie, la chaleur, le manque d’eau, c’était un vide, une béance dans l’univers syntaxique, dans la grammaire de mes gestes, dans l’assemblage de termes, une lenteur malade dans l’art de lier les lettres, de les lire et de les écrire. De les dire, également. Un ingrédient avait disparu, c’était l’eau, c’était plus que l’eau. C’était une carence, un filtre privatif qui à l’instar d’un rêve, m’empêchait d’aller aussi vite que je l’aurais aimé et faisait claudiquer le langage. Palavas by night m’interdisait d’en dire autant qu’avant, de penser plus et de parler mieux que jusqu’à présent. Palavas la muette, Palavas la vague, Palavas privée de sa fin, Palavas sans eau. Sur les affiches, les enseignes lumineuses et les devantures, un signe disparu et qui m’avait jadis été familier criait « Je ne suis pas là et tu es seul ! ». Ce qui manquait avait disparu dans un puits, un précipice, dans un jeu cruel qui faisait claudiquer la langue. Ivre, j’écumais les zincs, frappé par la vacance. Car il y avait vacance, c’était clair. Imaginez une vie avec un chiffre manquant, un degré défaillant, un sens éteint. Ivre et privé d’eau, il me restait la baise. « Palavas, capitale de l’échangisme » avais-je lu dans un magazine. Echange des êtres, mais peut-être aussi des lettres car la vérité de l’énigme m’apparut en faisant la queue parmi les habitués d’une place très fréquentée.

J’étais devant L’Extase, le fameux club libertin, quand surgit du néant lumineux ce que je pensais perdu : la clé du mystère, une manière d’issue lexicale. La lettre en fuite écrasait les autres, elle brillait même par son absence sur la plaque de la licence de l’établissement. Celle-ci qualifiait le lieu de « bite de nuit ». Je sus ici que ce n’était pas l’eau qui m’avait manqué cette nuit. Mais la lettre qui rime avec et qu’il m’était interdit de dire, d’écrire et même de penser. Je passais ainsi ma nuit dans ce club, dans cette bite échangiste ».

A paraître dans Faux Q…


9 Réponses à “C’est un gage qui m’entraîne en « bite de nuit » mais lequel ?”


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Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.