Archive pour la Catégorie 'Philo'

5 fruits et légumes contre la télé qui tue : que fait l’Etat ?

Il n’avait donc pas tort le candidat primaire Montebourg quand il déclarait à Libération la semaine dernière : « Les cahiers des charges de TF1 seront durcis au niveau culturel, en termes de pluralisme, la télé-réalité sera interdite… »

Interdire la télé-réalité ! La formule a été souvent reçue comme une outrance. Pourtant vendredi, Le Monde n’a pas hésité à titrer en une que la télé tue. Elle tue par l’exercice physique auquel elle se substitue, elle tue par la violence qu’elle peut contribuer à banaliser, elle tue parce qu’on s’engraisse en la regardant. Elle tue l’esprit quand elle ne nous demande pas un effort en proposant des programmes ambitieux. La télé s’occupait de notre temps de cerveau disponible, si on en croit Le Monde, elle réduirait l’espérance de vie disponible aussi.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics et l’Union Européenne nous prescrivent d’arrêter de fumer, de manger 5 fruits et légumes par jour, de faire du sport, de ne pas maltraiter notre prochaine, de respecter la nature, de ramasser les crottes de chiens sur le trottoir.

Nous trouvons ça naturel, souvent nécessaire.

Bizarrement, il n’y a aucune campagne pour nous prescrire d’être moins cons. Quand je dis moins cons, je veux dire que les pouvoirs publics n’ont jamais osé nous inciter à faire travailler nos méninges, [...] Lire la suite

Bardot, philo, boulot

“Sur la plage abandonnée / Coquillages et crustacés / Qui l’eût cru déplorent la perte de l’été / Qui depuis s’en est allé…” Brigitte Bardot l’a bien théorisé dans La Madrague, la fin des vacances est un moment d’une infinie tristesse. Pour être plus précis, il s’agit de cet instant où le vacancier qui sait ses jours comptés scrute l’horizon ou le paysage et prend conscience du temps qui passe et du caractère précaire des beautés de ce monde. Seul face à la mer, les mains dans les poches de son pantacourt, il sent monter dans sa gorge deux boules de nostalgie qui annoncent de grands retours de bâton, des embouteillages de sentiments gris et la conviction que ce qui a été ne sera plus. C’est le paradoxe des vacances. Quand on va les prendre on ne les a pas mais on est heureux et quand on les a prises on les a eues mais on est frustré. Et c’est en cet instant précis que les vacances sont les plus belles. Lorsqu’une fois rendues les clés de la location, nous contemplons le paysage que nous laisserons demain derrière nous. Michel Eltchaninoff (1) à qui je téléphone mon désespoir m’explique que nous sommes les « inventeurs» des paysages qui nous rendent tristes. [...] Lire la suite

Je pense donc je sue

« Mon mari ne fait aucun sport ». C’est en ces termes souvent que ma femme use de sa liberté d’expression pour résumer d’un trait – et d’un regret – ma défiance vis-à-vis du jogging, du tennis ou du football. Je ne fais pas de sport. Du fond de mon hamac, j’en fais l’aveu, clope au bec. Et je ne suis pas le seul. N’empêche, dans une société de précaution pour qui l’impératif catégorique se résume aujourd’hui à rester en forme, l’homme est un animal sportif avant d’être social. Je me sais en dehors des clous comme un abstentionniste et pris d’un sentiment de culpabilité, je me mets donc en mouvement. Mais, au lieu de courir chez Décathlon, je vais consulter mes philosophes pour leur poser la question métaphysique de base : pourquoi faire du sport plutôt que rien ?

Bernard Chambaz(1) à qui je demande à quoi il pense quand sur son vélo il pédale me répond « A tout et à rien ». Voilà de quoi cogiter sur le zéro et l’infini. Pour autant, je peux penser « à tout et à rien » sans me mettre en selle. Mais avec Bernard j’ai compris une chose, le sport est une façon de grandir, de se confronter à soi et aux autres tout en [...] Lire la suite

Summer Kant ou la philo pour ados

Que faire de nos ados en vacances ? Comment les occuper sagement ? Je me pose la question à l’heure de l’Ouzo quand, relisant Platon sous mon figuier, l’idée me vient de fonder le temps d’un été une école de philosophie pour ados. Souvenons-nous que vers – 387 avant Jésus Christ, Platon ouvrit dans les faubourgs d’Athènes une académie qui forma la crème des philosophes pendant des siècles. Je n’ai devant moi que quelques semaines mais déjà un programme qui devrait leur plaire sachant qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre. Pour eux la philo sera ludique, musicale et techno : séries donc, rocks et jeux vidéo.

Car si Platon n’a rien publié depuis 22 siècles, je peux compter en revanche sur trois jeunes quadras bien vivants dont j’ai apporté avec moi des œuvres récentes. Francis Métivier et son Rock’n Philo(1), Thibaut de Saint-Maurice et les deux tomes de sa Philosophie en séries(2) – américaines, les séries – et enfin Mathieu Triclot et sa Philosophie des jeux vidéos (3). Ces trois-là me fournissent le socle pédagogique de ma Philo Académie. Ils incarnent une nouvelle génération de philosophes qui trouvent à réfléchir sur Kant, Hegel ou Spinoza devant un épisode de Docteur House, une chanson des Doors ou une partie de Lara Croft.

Avec [...] Lire la suite

In râteau veritas

Avant d’être la saison des pelles, l’été est d’abord celle des râteaux. Vincent Cesdepes(1), a qui je demandais l’autre jour si intellectuels et philosophes faisaient de bons dragueurs, Cespedes, donc, me répondait qu’il n’y pas d’incompatibilité entre les idées et l’action. Le dragueur est justement celui qui transforme le concept en action. Il se référait à l’étymologie du verbe draguer : lancer des filets en profondeur pour pêcher des poissons (ou des sirènes). Ici l’idée de faim ou le besoin de gagner sa vie précède l’action de pêcher. Le concept est le préalable à l’action. Je lui répondis tout de go que chez certains, l’action de draguer est souvent dénuée de philanthropie et que chez eux, la drague précède l’idée. Et Cespedes de m’expliquer qu’une cour bien menée réconcilie théorie et pratique, verbe et action, bonheur de soi et bonheur d’autrui. Connais-toi toi-même pour bien connaître l’autre et peut-être alors il te reconnaitra.

Et la peur de l’échec ? ai-je gémi, déjà vaincu… En drague il n’y a pas d’échec, m’a rassuré le philosophe. Le dragueur, même le plus mauvais, peuple l’univers onirique de l’autre et c’est déjà me promet-il une petite victoire. Je suis rassuré.

Voilà bien une conversation d’hommes. Et les femmes dans tout ça ? Les femmes draguent-elles ? Non, culturellement, [...] Lire la suite

Mater les corps sages sur la plage

« J’aime regarder les filles qui marchent sur le sable la poitrine gonflée par le désir de vivre ». Patrick Coutin n’était pas philosophe mais il a commis un tube qui parle au vacancier que je suis et qui glande sur la plage depuis quelques jours déjà. Comme Patrick Coutin (et pas Juvet qui se demandait de façon métaphysique « Où sont les femmes ? »), l’homme qui regarde est d’abord contemplatif, il aime mais il ne possède pas, en tout cas pas tout de suite. Le soleil lui tape sur le système tendant son désir comme un arc mais sans le rassasier ni lui laisser décocher sa flèche.

Le défilé des corps sur la plage est un cinéma nommé désir(1) qui invite à voir puis penser selon l’expression d’Olivier Pourriol. Les mensurations de la belle qui sort de l’eau telle Ursulla Andress sous les yeux de James Bond me content une autre histoire que celle de la seule possession. Avant qu’il ne transmette au cerveau l’idée d’avoir, le regard posé sur ces hanches et ces seins invite au voyage en fabricant, par la perception, un paysage imaginaire. En clair, regarder c’est tirer des plans sur la comète, des plans qui nous distinguent de l’animal ou de la brute à poils courts.

On peut [...] Lire la suite

Dans quelle auto j’erre ?

Michel Onfray auteur d’une Théorie du voyage, m’a rappelé que l’errance se distingue du voyage en ce sens qu’elle consiste à aller d’un point A à un point B en acceptant de se perdre entre les deux. On erre à pied, à dos de chameau ou à cheval, mais rarement en train et encore moins en voiture. Errer, c’est se déplacer en laissant la porte ouverte à l’adversité, c’est refuser d’embarquer à bord du promène-couillons. On n’erre pas en Scénic sur l’A 6, même toutes fenêtres ouvertes.

Et c’est bien le problème de l’automobiliste. Enfermé dans sa cylindrée pour partir en vacances, il semble perdu pour la philosophie, car, dans sa voiture, il a coupé le contact avec le monde. La « clim » réinvente le climat, l’autoradio la conversation, la vitesse la gravité et les vitres teintées achèvent de l’isoler. Ce sentiment de puissance et d’autosuffisance (dans tous les sens du terme…) explique que l’homme devenu machine a bien du mal à reconnaître l’humanité de ceux qui roulent sur la file d’à côté.

Gilles Vervisch explique dans Tais-toi et double que le Code de la route est justement conçu pour aider l’énergumène monté sur roues à rester [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.