Archive pour la Catégorie 'Débats'

Génération Jack Bauer : du mal au-delà de 24H

Comme une classe de garnements qui auraient des problèmes de concentration, nombreux sont mes amis twittos a trouver le temps long. On s’endort. Le Raid est lent. On devrait déjà avoir débusqué Mohamed Merah. Je me souviens d’une émission télévisée où Nicolas Sarkozy pour évoquer l’histoire des nations s’appuyait pour étayer son propos non pas sur la théorie des relations internationales mais sur la série télé des Borgia. Eh bien ceux qui regardent en ce moment les chaînes d’information en continue s’inscrivent dans les pas du Président de la République Des Séries. Ils ont beau lui en vouloir, le soupçonner d’écrire avec ces événements le story telling de sa réélection, ils sont finalement son meilleur public. Mais depuis que la durée du siège a dépassé un épisode de 24H, les références au cinéma et aux séries TV se suivent et se ressemblent sur Twitter. Elles racontent une partie de l’univers culturel d’une génération qui regarde beaucoup la télé. C’est un peu la mienne, c’est un peu la vôtre. Elle a du mal avec le réel, elle a peut-être des problèmes de concentration. Elle est si bien rodée à l’analyse et aux détournement des messages et des codes du petit écran et de ses manipulations, qu’elle se désinforme elle-même à force de dérision et de fiction. [...] Lire la suite

Encullé à vie ou comment limiter votre numéRisque

Hier, sur un forum, je me suis fait traiter d’encullé. Même avec une faute de frappe, la dernière fois qu’on m’a insulté ainsi, ce devait être en voiture et cela remonte à loin. J’avais sans doute grillé une priorité ; je fus mortifié sur l’instant mais vite rassuré car les insultes au volant sont comme les gaz d’échappement, elles se dissipent.

Mais sur ce forum internet, l’encullé va rester. Il va rester pour longtemps et si par malheur les internautes trouvaient amusant d’aller y jeter un œil à plusieurs, alors l’insulte se maintiendra dans les premiers résultats de Google et sera gravée sur le net plus durablement que sur une stèle de marbre. Je suis donc probablement un encullé pour la vie.

Mon désespoir en serait là si je n’avais trouvé au hasard de mes navigations une offre adaptée à ma détresse. Le service s’intitule SwissLife E-Réputation : la compagnie helvète assure mon risque numérique, appelons ça le numérisque*.

A l’instar des compagnies qui investissent dans la prévention routière, Axa publiait il y a quelques semaines un Guide du bon sens numérique à l’usage des imprudents de la toile. Les assureurs visent ainsi le grand marché de l’égo blessé, de l’e-réputation entachée. Ils assuraient déjà les risques des entreprises contre la perte de [...] Lire la suite

La claque.com

C’est une vieille histoire d’avant Internet. C’était en 1990. Olivier Stirn, qui fut de tous les gouvernements, de Pompidou à Mitterrand, était alors Ministre du tourisme de Rocard. Il avait organisé des Etats Généraux du Progrès où des édiles du PS devaient prendre la parole. Le premier jour, malgré 5000 invitations lancées, Bernard Kouchner causa devant trois pelés-un tondu et quitta la salle dépité. Pour éviter la même chose le deuxième jour, l’entourage du ministre eut l’idée maladroite d’embaucher des chômeurs pour remplir ces états généreux. Cette location de « claque » fut ébruitée, fit scandale et provoqua la démission du Ministre(1).

20 ans plus tard, Olivier Stirn pourrait sourire en observant qu’Internet est devenu une immense machine à fabriquer de l’audience fictive pour des personnalités ou des marques. Car on peut désormais acheter des fans Facebook et des followers Twitter sans faire scandale ni rendre son tablier. La tendance, émergente il y a trois ans, se confirme aujourd’hui au moins pour les marques. Alors qu’autrefois on payait cher des fichiers pour toucher sa cible, le numérique permet désormais d’acheter cette cible sans avoir à la séduire. Nadine Morano, accroc à Twitter, a récemment démenti avoir gonflé son compte en achetant des « suiveurs ». Dont acte. François Hollande et Nicolas Sarkozy n’ont évidemment pas [...] Lire la suite

« Toutes les saucisses ne s’avalent pas » Claude G.

L’émission Des clics et des claques de ce soir a marqué un clivage assez fort entre lui et moi sur la question de l’accommodement de la saucisse de Morteau à la suite de l’émoi légitime suscité par cette campagne de promotion d’une spécialité régionale que toutes les civilisations nous envient. Il ne m’appartient pas de savoir si elle est meilleure ou pas avec de la moutarde, en revanche, rien ne m’interdit de vous livrer ma recette à moi. J’ai passé de longues vacances dans le Doubs, j’y ai des attaches familiales et ai avalé suffisamment de litres de Cancoillotte pour vous livrer ce soir ma façon de déguster la désormais buzzeuse saucisse :

- faire cuire à l’eau frémissante la saucisse sans la percer (on n’est pas chez les sauvages)

- faire cuire à l’eau les pommes de terre

- réserver un pot de 250 grammes de Cancoillotte (par personne si vous êtes sérieux)

Quand tout est cuit, partagez la saucisse, répartissez équitablement les patates et versez dessus la Cancoillotte.

Dégustez.

Une moutarde est possible.

Merci à ceux qui ont livré sur Twitter une libre interprétation, parfois très intime, de leur rapport à la saucisse de Morteau qui, contrairement au saucisson de Lyon, est fumée.

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Qui gardera les enfants ? Et son sang froid…

Pourquoi partir au Congo quand on peut aller dans le XVIe ? Pourquoi chercher dans la campagne électorale des querelles de civilisation quand on a, entre deux couches culottes et un biberon, un procès en complexe néocolonial ? Caroline Ibos est sociologue. Elle a travaillé précisément, profondément, honnêtement sur les rapports que les nounous africaines entretiennent avec les femmes actives (le plus souvent) qui les emploient. L’étude devenue un livre à paraître cette semaine chez Flammarion est une très belle machine à culpabiliser les employeurs. Pour une fois, les hommes n’y sont pour rien, ils ne se mêlent presque pas du rapport intime et complexe qui unit leur compagne à la nounou. C’est la femme active, stressée, exigeante qui est en cause.

Cette patronne pourrait ne rien avoir à envier au colon d’antan. Ce n’est pas qu’elle serait un poil raciste, ce n’est pas qu’elle contribuerait à véhiculer les stéréotypes mais tout de même, l’employeuse de nounous avec son stress, son amour pour son enfant roi et sa culpabilité de femme trop occupée, cette femme-là n’est pas un patron modèle. Elle en demande trop, elle a des idées arrêtées sur l’asiatique, la noire, la maghrébine, bref, à en croire les premiers articles parus dans Le Monde et Libération, employer une nounou africaine c’est un peu [...] Lire la suite

Le net, ce Far West de la parité

L’Observatoire pour l’égalité a lancé la semaine dernière une campagne choc pour sensibiliser l’opinion aux progrès qui restent à faire en matière d’égalité homme-femme. Bien entendu la campagne est excellente, encensée, décalée, super et va challenger les candidats à l’élection présidentielle… Et après ? Jamais on a autant parlé d’égalité, autant causé parité, tenu colloque, manifesté même, et jamais on a autant pédalé dans la choucroute. Y’a qu’à ! En décembre, la commission sur l’image des femmes dans les médias rendait un rapport qui pointait « Le décalage entre les représentations stéréotypées des femmes et la réalité de leurs rôles dans la société ». Le rapport dit chaque année la même chose. Chaque semaine, une initiative pleine de bonne volonté interpelle l’opinion. Faut’qu’on ! Dans les médias, surgissent alors les débats pleins de bonne volonté, l’occasion de convier un peu plus de femmes que d’habitude. On tape du point sur la table, on donne des chiffres, on se lamente sur les écarts de salaire, on félicite les associations et zou, rendez-vous le 8 mars. Et puis ? Rien ou presque. En réalité, le seul espace où la parité se fait, c’est paradoxalement Internet, lieu de tous les vices, de toutes les insultes, de toutes les dérives modernes. Internet ! Où le cul, la violence et le [...] Lire la suite

De moins en moins assistés, de plus en plus coachés.com

Le 11 décembre dernier le site divorce.fr organisait à Lille une grande journée de coaching pour couples candidats à la séparation (conseils, calinothérapie, accompagnement). Le site répondait même à cette question : Qui garde le chien ?

Avant que n’intervienne le divorce online, on peut s’amuser à faire l’inventaire des séquences de la vie que nous pouvons aujourd’hui déléguer à des coachs en ligne. Faire connaissance sur serencontrer.com, améliorer son potentiel de séduction sur coachseduction.fr, préparer ses noces sur moncoachmariage.fr, réapprendre le cunnilingus sur sexualité-coaching.com, procréer sur coaching-grossesse.aujourdhui.com ou sa variante écolo lecoachgrossessebio.com. Le temps passant, on lavera son linge sale sur coach-famille.fr. Viendront les premiers soucis conjugaux à soumettre à couples.consultations-online.com ou sos-rupture.fr avant de nous résoudre à cliquer sur separationcoach.com et fatalement échouer sur divorce.fr.

Tous ces sites existent bel et bien. Ils racontent à la fois la vitalité commerciale d’Internet et l’étendue de notre détresse relationnelle et sentimentale. Ils disent également combien la société du coaching commercial, a remplacé plus ou moins avantageusement les référents et les hiérarchies d’autrefois. Qu’il s’agisse d’apprendre ou d’éduquer, de maigrir, de se soigner, de grandir, de mûrir ou de se confier, internet apporte un substitut automatisé dans un monde désintermédié. L’instituteur, le prêtre, l’ami de la famille, le médecin de campagne, le syndicaliste, l’employeur ou encore le chaperon, voilà [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.