Archive mensuelle de juin 2011

Le concert, les lucioles et la jeune fille

Donc vendredi soir elle se taisait dans la voiture. Déjà ailleurs. Mes questions tombaient à plat. Quand on est arrivés, l’hôtesse nous a remis un cordon à mettre autour du poignet, chacun le sien. C’était son premier concert. Elle a découvert l’ovale gigantesque du stade, la clameur de la foule et la nuit qui tombe sur les spots en feu. Elle a commencé timidement à danser puis elle a sorti son appareil photo. Elle a photographié des écrans immenses à côté de 4 petits Playmobils. Quand elle captait sur l’écran la bonne image, elle me montrait fièrement la captation de la captation. Elle a chanté les chansons par cœur. De temps à autres, je lui demandais « Alors c’est bien ? ». Elle me répondait « Trop », un « Trop » plein des diamants, des rubis et des saphirs qu’elle avait dans les yeux et qui annoncent l’impatience de l’instant d’après.

La nuit est tombée et des milliers de lucioles portables ont commencé à crépiter dans le stade. Vers 22h ou après, les artistes ont quitté la scène 10 minutes pour changer de scaphandrier ; les lucioles se sont contentées  avec enthousiasme d’un clip pour patienter. Toutes connectées les unes aux autres, les lucioles jouaient aussi leur partition. Sur un air de  « J’y suis [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Le tuning c’est philosophique

Vous avez remarqué ? Les philosophes sont partout. Avant c’était les sociologues, ensuite il y a eu les psychologues et voici venir le temps des philosophes. J’ai toujours associé les philosophes au soleil, sans doute à cause de l’été grec. Pourtant, il pleut beaucoup en France, en Allemagne ou en Angleterre, nations philosophiques par excellence. Cet été, je vous proposerai sur Europe 1, tous les soirs à l’heure du Pastis, un rendez-vous avec un ou une philosophe. Trouver la sagesse en 7 minutes ça risque d’être compliqué mais il y a une astuce. Nous irons chercher quelques petits morceaux de vérité dans les petits instants qui font que l’été est l’été. Tiens, une partie de tennis, par exemple. Qui l’eût cru, c’est philosophique une partie de tennis. La virilité qui s’exhibe toute en muscles sur les plages, c’est de la philo. Le blues des vacances sous la pluie peut-il être surmonté ? Nous demanderons à un philosophe. Et ces grandes étendues d’eau devant lesquelles on rêve ou dans lesquelles on nage ! Toujours de la philo. La randonnée ? Une occasion de penser. Et le code de la route ? Ses radars, ses panneaux, ses lignes blanches ? C’est encore de la philo. Mieux, le tuning, vous saviez que le tuning, cette manière atroce de transformer [...] Lire la suite

L’anonymat ou la séduction des masques

Meetic m’a demandé d’intervenir dans une table ronde qui aura lieu jeudi prochain autour des résultats d’une enquête Opinion Way sur l’anonymat, la rencontre amoureuse et l’opinion des Français. En préparant mon topo, je me suis rendu compte que l’anonymat est un moteur essentiel de la rencontre et de sa magie. Paradoxalement tout concourt aujourd’hui à traquer l’anonyme, l’invisible et le secret. Les apôtres de l’insécurité veulent tout voir et tout contrôler et les conspirationistes inventent des secrets là où il n’y en a pas. Pourtant, il suffit de se plonger dans la mythologie, l’art, le cinéma et même la chanson pour comprendre que l’inconnu exerce depuis des lustres une séduction immense. Cette séduction n’est pas simplement liée à la curiosité. Ne pas avoir peur de l’inconnu c’est bien sûr prendre un risque mais c’est aussi aller vers l’autre et se laisser envoûter par ce qu’il provoque dans notre imagination. Tout savoir, tout connaître de l’autre semble a priori un moyen de neutraliser la peur. On sait qu’il n’en est rien et que le paranoïaque n’a pas fini de se soigner dans une société fondée sur la peur, le contrôle de l’identité ou le test ADN. Je suis donc un défenseur de la l’anonymat vaille que vaille, non pas que j’aime les trolls mais [...] Lire la suite

Daddy Gaga

Autrefois tu me donnais la main quand le matin je t’accompagnais. J’aimais ta façon d’être silencieuse, sur le chemin. De temps à autres tu posais une question et me lançais un « pourquoi ? ». Ou bien tu t’arrêtais pour caresser un chien ou regarder un bout de nuage en forme de fée. Devant l’entrée, dans un vacarme de hall de gare, on s’embrassait et je repartais. Je n’ai pas le souvenir d’un de ces matins où je n’ai pas eu le cœur serré de te voir monter ces 4 marches, pousser la lourde porte et disparaître parmi les autres. Et cette peur insensée que tu ne rentres pas.  Quand je te retrouvais le soir et te demandais « Alors ? », tu restais secrète gardant pour toi les trésors de ta journée.

-       C’est mes affaires, tu disais. Et je n’insistais pas.

Et puis il y a eu l’été dernier. Il a dû se passer quelque chose en deux mois. Entre toi et moi ? Plutôt entre toi et toi. Ce jour de septembre, tu m’as dit j’y vais seule. Je t’ai vue partir avec les clés, un je ne sais quoi de changé dans la mise, le regard ailleurs et tes pensées déjà dégringolant l’escalier. Depuis ce matin de septembre, tu n’es plus la même. L’autre jour, je t’ai [...] Lire la suite

La PME

C’est une PME fondée en 1972. Je suis allé la visiter vendredi dernier. C’est une des rares sur le marché à avoir établi son siège en banlieue. Un bâtiment à la façade recouverte de tôle bleu. Dans la cour centrale, la voiture du fondateur. A l’accueil, un Monsieur très gentil me fait patienter. Dans le jardin sur lequel ouvre une verrière, un coq géant rococo. Le directeur de la communication arrive. Le fondateur et son héritier sont dans la place. Je me souviens des débuts. L’entreprise faisait moins de 2 % de parts de marché à l’origine. Elle atteint les 20 % aujourd’hui. Ceci dit la croissance a été chaotique et sur son secteur, les problèmes de trésoreries ne sont jamais à exclure. Le fondateur a passé la main il y a quelques mois mais il est toujours là. J’entends sa voix à travers le couloir. Je laisse mon manteau dans le bureau du dircom. La nouvelle patronne est sur le point de me recevoir.

Le mobilier est resté celui des années 80-90. Un design arrêté dans le temps. Il y a une grande courtoisie du personnel dans ces locaux qui ce matin ne regorgent pas de monde. En entrant dans le bureau de la patronne, je croise celui qui au début des années 70 [...] Lire la suite

Libé rhabillé pour l’été, un jeu d’enfant signé Gaultier

Dans le Libération de ce matin, le couturier Gaultier rhabille le personnel pour l’été. Déesses de papier, boxeurs de unes, grands chefs à plumes  tous les métiers ont joué le jeu et il semblerait même que les journalistes soient minoritaires comparés aux autres fonctions de l’entreprise. Gaultier a préféré l’image à l’écrit, après tout c’est son métier de montrer plus que d’écrire. Les personnels associés à l’opération portent beau quant à eux les couleurs du journal. On peut voir dans ce numéro une opération de com’, on peut y voir aussi une sorte d’action managériale, un lib dub imprimé.

Moi ce qui m’intéresse, là dedans, c’est la créativité de Gaultier. Demorand en grand chef à plumes, il fallait bien sûr y penser et faire le rapprochement entre les métiers de plumes et la tribu des journalistes. Au-delà, c’est peut-être une ode papivore que nous chante ici Gaultier. Le papier qu’on imprime, le papier qui emballe, le papier qui veut survivre face au net quitte à mettre à poil toute une profession. C’est aussi le papier qui habille ceux qui ont froid, c’est encore le papier des costumes de carnaval, c’est enfin le papier dans la peau puisque certains amoureux de la presse ne l’aiment que lorsqu’elle salit les mains de son encre toute fraiche.

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Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.