Archive mensuelle de mars 2011

Tous dans la piscine

C’était il y a 10 ans.

Des inconnus racontaient n’importe quoi à l’air libre.

Ils n’ont pas eu droit à l’oubli.

Leur nombril nous rappelait le nôtre.

Tout cela n’était pas sérieux mais nous le savions.

Ils jouaient un personnage qu’ils étaient mais n’étaient pas vraiment.

Ce qu’ils étaient, ce qu’ils disaient donnait lieu à commentaire.

Ils osaient ce que nous n’osions pas encore.

Ils étaient n’importe qui et osaient n’importe quoi.

Ils étaient des experts de l’intime et du moi. C’était leur seul bagage ou presque.

Leurs émotions nous écœuraient mais nous fascinaient.

Ils parlaient mal, faisaient des fautes de Français.

Ca ressemblait aux réseaux sociaux.

C’était le Loft sur M6.

On m’a demandé aujourd’hui ce que j’en avais retenu. Pas grand-chose, sur le moment. Avec le temps, je crois que le Loft porte en germe les blogs, les réseaux sociaux, Chatroulette, les Copains de Facebook, les Twitpic, la novlangue, la blague généralisée, la surexposition de l’intime dans une dimension inégalée jusqu’à ce qu’Internet deviennent le terrain de jeu, le studio planétaire, la piscine, en quelque sorte. Si j’osais, je dirais que le Loft a été une sorte de mai 68 bas de gamme, entre les murs, dégénéré mais forcément emblématique de la suite. La prise de parole sans grand philtre, le tout et le n’importe quoi annonciateur d’un certain web et d’une certaine position de l’individu sur une [...] Lire la suite

Ces lendemains qui ne chantent pas

A chaque scrutin voyez-vous, je me fais avoir. On annonce les enjeux de l’élection, les retournements de tendance, les basculements, les ruptures, les flux, les reflux et même des tsunamis. Alors j’attends, je me prépare, je me dis on va voir ce qu’on va voir. Finalement on revoit ce qu’on a déjà vu. Rien de neuf sous le soleil. Le parti majoritaire justifie sa déconfiture, le parti d’opposition plastronne avec modestie et le challenger national roule des mécaniques. Au final, c’est assez faiblard. Il y a bien ça et là quelques blogs qui décortiquent ou déchiquettent une petite phrase, s’indignent d’une posture mais tout ça ne pisse pas très loin. On s’emmerde quand même. Une abstention record, des mandats qui vont disparaître sous peu avec la réforme territoriale et des plaques tectoniques politiques qui bougent si lentement que ce n’est pas au jour du scrutin qu’on vit les grands chambardements. Les coups de théâtre n’existent pas en politique. Il suffit de comparer cette inertie avec la montée du grand bordel méditerranéen pour s’apercevoir qu’au fond, nous sommes rudes au changement, aux révolutions et à l’envie de voir le monde changer. En politique comme ailleurs, nous avons les mots plus gros que le ventre. Jamais du reste le corps électoral n’a si bien porté son nom. [...] Lire la suite

Le pouvoir est aussi une histoire de fesses

Versailles ouvre une exposition dédiée aux trônes à travers le monde et les époques. Je trouve que c’est plus qu’opportun par les temps qui courent. Le trône est convoité, toujours. Au-delà de l’exposition, ce meuble pose de multiples questions à qui s’intéresse à la position en politique. Même si certains disent « Debout la République », à chaque fois qu’on se lève pour faire de la politique ou faire la révolution ou faire des réformes, c’est souvent pour mieux s’asseoir. Assise ! La République… S’asseoir sur des promesses ? Peut-être. Quant à la politique moderne, elle regorge d’expressions où le cul n’est jamais très loin du pouvoir et de ses symboles. Ne dit-on pas qu’un député sauve son siège ? Que tel autre a été élu dans un fauteuil. Aux Nation Unis, certains ont par le passé pratiqué la politique de la chaise vide. Sans oublier nos ministres qui sont sur un siège éjectable (a fortiori s’ils ont hérité d’un strapontin) et le Pape qui lui trône sur un Saint-Siège. La politique est une histoire de fesses et ce ne sont pas les sénateurs qui diront le contraire puisqu’on adapte la largeur de leur fauteuil rouge à celle de leur popotin. Trôner c’est déjà commander, c’est s’imposer, c’est glander pendant que les autres poireautent debout. Trôner c’est aussi se [...] Lire la suite

Radioactivité et comics, la guerre froide jamais loin

Pour les jeunes gens de ma génération (…) Il existe deux radioactivités. Celle qui fait rêver et celle qui fait frémir. Celle qui fait frémir, renvoie évidemment aux images des premiers documentaires vus à la télévision et qui montraient les explosions de Nagazaki et Hiroshima. Ce fut plus tard le nuage de Tchernobyl. La radioactivité ce fut aussi et longtemps, un rêve d’enfant qui courait devant un champignon atomique et qui se demandait combien de temps il devrait courir pour être à l’abri, trouver la bonne cachette pour échapper à un danger invisible. Ce fut aussi la représentation dans les films de l’explosion atomique, ce flash qui coupait l’horizon en deux dans une sorte de silence terrifiant. Voilà pour la radioactivité effrayante.

Il existe malgré tout, malgré le discours écologiste et ce qui se passe au Japon, une radioactivité de science fiction qui nourrit l’imaginaire collectif autant que les films catastrophe qui n’ont cessé d’annoncer l’apocalypse avec une morbidité extrême. Il y a celle des japonais eux-mêmes qui ont mis en scène dans Godzilla un monstre marin radioactif issu directement des bombardements atomiques américains. Et puis il y a la radioactivité des super héros de Marvel.

Spider-Man acquiert ses pouvoirs alors qu’il vient d’être piqué par une araignée radioactive. Le docteur Banner de la [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.