Archive mensuelle de décembre 2008

La petite fille qui prenait un coup de soleil

Je l’ai trouvée comme ça en passant devant sa chambre. Assise sur son tabouret avec dossier à tête d’éléphant vert. C’était la première fois que je la voyais aussi seule et tranquille. Elle regardait fixement son mange-disque en fredonnant. Elle avalait la moitié des paroles mais la mélodie était là en soutien et le chanteur avec. Le chanteur il avait attrapé un coup de soleil ou un coup de je t’aime, je ne sais plus. De temps en temps elle se balançait pour tenir le rythme. J’ai bien aimé l’air appliqué, inspiré aussi, comme si c’est elle qui avait composé ce tube d'un siècle d'avant sa naissance. Planqué dans l’embrasure de la porte, je n’ai pas bougé. Peur de faire peur à ce petit bout de moment solitaire au milieu de la savane. 5 ans et ça vous attrape comme ça, en pyjama, un coup de soleil ou un coup de je t’aime. C’est pas encore l’amour, mais ça y ressemble. Une petite fille qui chante une chanson d’amour sans l’amoureux qui va avec mais qui découvre ces mélodies qui vous balladent un peu plus loin que Frère Jacques. Une petite fille qui sent déjà confusément qu’il y a dans la vie les chansons d’amour et puis plus loin derrière, tout le reste. J’ai laissé la petite fille prendre son coup de soleil [...] Lire la suite

Pour moi, Macadam sera toujours Cowboy…

Macadam.09 Macadam, la revue qui se vend dans la rue, se relance et m'a demandé un texte. Ca m'a touché et ça m'a embêté. Que dire dans ces colonnes ? Alors, j'ai parlé de mon père et des errances du cinéma américain. Ca a donné ça. 

"Pour moi Macadam sera toujours Cowboy. L’histoire de ces deux types qui se rencontrent à New York et qui « loose » ensemble sur les trottoirs de Manhattan. Pourquoi Macadam Cowboy ? Il y a derrière ça un vrai souvenir d’enfance. Quand j’étais petit, mon père me jouait de l’harmonica. Il faisait la BO de mes jeux de Cowboys. Je mettais un chapeau, un ceinturon et mon pistolet coincé dedans et lui il jouait des airs de western et moi je courais après les Indiens dans le jardin. Un jour mon père a dû se dire que j’étais assez grand pour passer du western au Road Movie. Alors il a commencé à me raconter Easy Rider, une vraie histoire sans destination fixe avec des motos et une traversée des Etats-Unis vraiment classe. J’avais une moto rouge en plastique à l’époque. J’ai une photo de moi dans un album, en slip kangourou, à califourchon dessus. [...] Lire la suite

Le mépris de la musique d’ambiance

Musicdm A la montagne, dans les stations de sport d’hiver, il est une règle non écrite qui dit que vous aurez de la musique. Dans tous ce qui est habité sur les pistes enneigées, on vous impose la musique. Les administrateurs de la neige ne réfléchissent pas. Qu’ils tiennent un resto d’altitude, une cabine de téléférique, une rue commerciale, un marché de Noël ou une cahute de télésiège, ils ont la musique génétique. Dès 9 h du matin, il faut qu’ils branchent le haut-parleur et que celui-ci crache sa techno, son Johnny, bref du son. Ils ouvrent ça comme on se lave les dents ou qu’on pète, sans vraiment trop s’en apercevoir. Mais la musique est là et pollue plus que n’importe quel panneau publicitaire. La question est celle de l’automatisme généralisé de ce réflexe musical. Si l’on pense certes chaque matin à allumer la sono comme l’allumeur de réverbère du Petit Prince, personne ne remet en cause le principe de la merde musicale généralisée. C’est un peu comme les génocides. On tue, on tue, et un matin on ne sait plus pourquoi mais on continue. La musique des stations de loisir (la mer c’est pareil) c’est la même chose. On a oublié le nom du connard qui [...] Lire la suite

Que faire de ma « Facebook Amitié » avec Julien Dray ?

Dray Ce soir, je suis embêté par ce que représente l’amitié dans Facebook. J’ai un vrai cas de conscience. J’ai ce soir pile poil 2693 Facebook Friends. Autant dire que ce ne sont pas tous des amis, loin de là. Attaché(e)s de presse, éditeurs, hommes et femmes politiques représentés par leurs attaché(e)s parlementaires, auteurs estimant que leurs attachées de presse ne bossent pas assez et assurant eux-mêmes leurs RP, amis, amies, élèves, confrères journalistes, cousins, cousines, inconnues au bataillon, bien connus dans leurs familles, lecteurs, lectrices, asinautes, infonautes, culturistes, naturistes, etc. Parmi mes Facebook Friends il y en a un que je ne connais pas et qui s’appelle Julien Dray. Nous avons 439 amis en commun. Ne me demandez pas pourquoi, j’en sais rien. J’ai rencontré une fois Julien Dray. C’était là. C’était avant. La question qui se pose avec Julien de Facebook comme avec n’importe qu’elle autre Facebook Friend c’est celle de la valeur de l’amitié sur Facebook. On sait tous (enfin j’espère) que Facebook est une machine à entretenir les relations et les contacts professionnels plus sûrement qu’un moyen de soigner l’amitié.

Mais [...] Lire la suite

Rock’n Roll de François Bon ou Led Zeppelin dans l’hypertexte

Ledzep François Bon vient de publier Rock’n Roll, un portrait de Led Zeppelin. C’est bien. J’adore. Ne serait-ce que parce que François Bon vous explique la traçabilité, l’origine du son et de l’inspiration du groupe. Avec un petit faible pour son batteur, John Bonham, mort dans son vomis d’alcoolique à 32 ans. Rien que pour le bricolage génial de John Bonham inventant et fabriquant lui-même la batterie rock des années 70, il faut lire le livre. En lisant François Bon me reviennent bien sûr de nombreuses Madeleines musicales. Mais en manipulant le beau pavé qui sera le livre de mes vacances d’hiver 2008, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce que ce bouquin, paru chez Album Michel aurait pu être s’il avait été écrit dans 25 ans. Indépendamment du talent et du fond qui n’appartiennent qu’à l’auteur, il me semble que le livre électronique offre de multiples possibilités à un livre génial comme celui que vient d’écrire François Bon qui n’est d’ailleurs pas un débutant…

Pour vous suggérer ces potentialités, deux extraits identiques du livre de François Bon sur Led Zeppelin. Un extrait normal et un extrait où [...] Lire la suite

Silence Radio, avec l’aimable participation de Ch. de Gaulle

Radio-france C’était un document public devenu ultra-secret par les mystères d’une sorte d’oubli collectif. Bien qu’accessible à tous, il avait terriblement quitté les esprits.

Les difficultés ont commencé quand j’ai voulu mettre la main dessus. On m’avait donné des références, des noms de femmes travaillant derrières des portes. Rien à faire. Je me perdais dans les couloirs. Je tournais en rond, me trompais d’étage, de nom et de service. Les verrous des épaisses portes à hublot qui menaient aux studios me rendaient claustrophobe. J’étais nouveau, je confondais le musée avec la documentation, les archives avec la centrale thermique, l’abri anti-atomique avec l’INA. Un plombier croisé devant le 106 m’avait dit « l’INA ? Mais ils sont plus là ! ».

Le 14 décembre 1963… Ce jour-là il avait prononcé un discours pour inaugurer la Maison de la Radio. Il était venu comme d’hab’ en déesse noire avec des flics partout et le Peyrefitte qui l’appelait Mon Général. Il y avait eu un spectacle avec des [...] Lire la suite

Frédéric Ferney met son blog à l’eau

Ferney Après avoir été livre, le bateau de Frédéric Ferney devient libre. Lundi, Frédéric Ferney, le critique littéraire qui animait le Bateau Livre sur France 5 lancera son blog. Depuis 3 ans quand je fais des rencontres intéressantes, je pousse les gens à faire des blogs. Je fais sage-femme de blogs en fait. Ca permet de ne pas conserver le talent sous cloche ou tout simplement de donner envie aux gens de s’exprimer ou de partager ce qu’ils savent sur cet océan qu'est la toile. Dans le cas de Ferney, ses billets viendront enrichir la critique littéraire sur le web avec ses grands dadas que sont le théâtre et la littérature anglaise, mais pas seulement. Pourquoi ai-je poussé Ferney à faire un blog ? Je crois que c'est dû à une conversation en voiture (pas en bateau). Je ne crois pas, je suis sûr. Parce que Frédéric fait partie de ces gens qu'on voit égoïstement. Leur charme, leur joie de vivre, leur bonne humeur et leur conversation sont des bijoux qu'on leur pique sans rien dire. Ils ne se rendent pas compte qu'on leur fait comme ça les poches et c'est très bien ainsi. Ceci dit, le moyen de locomotion de Frédéric c'est pas ma voiture, mais [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.