Ce n'est pas que je n'ai pas les moyens de payer mais ces temps-ci, j'évite de les lâcher. D'abord je m'économise. Je garde mon sang-froid. Je suis avare de mes sourires et je me livre assez peu. Je ne dors que d'une oreille. Evidemment, sur les pistes cyclables et les parcours de santé, j'évite de me dépenser. Pour manger ? J'appelle en PCV des attachées de presse dont je connais les recettes et qui m'invitent à manger trop riche aux frais de leurs clients. Ces nanas, quel débit ! Sinon ? J'évite de trop respirer dans Paris, ce serait gaspiller la pollution. Ne pas me dépenser trop. Plutôt chercher les vernissages pour boire à l'oeil. J'aime aussi entrer libre au musée le premier dimanche du mois. Je n'achète plus le journal, je lis dans le dos des autres dans le 63. A mon électricien j'ai demandé une rallonge. A ce tarif-là, je prends aussi des cours de valse (sans étiquette) et cet été je me suis fait rincer à la fontaine du Troca. Côté look ? J'ai un coiffeur démago qui rase gratis rue de la Banque et un tailleur qui fait des coupes sombres près du pont au Change. Au Luxembourg, j'ai fait la connaissance d'un jardinier complètement à sec. Je lui ai demandé : «Mais où sont tes bons plans ?» «J'ai même plus un radis», il a [...] Lire la suite
Archive mensuelle de septembre 2008
L'été, Paris est à moi et je profite de l'absence de ma femme et des enfants pour m'alimenter comme je le souhaite. La semaine dernière je vais donc au Franprix vers 19 h pour acheter du pâté. Je file à la caisse. Et là, manque de chance, la queue s'allonge jusqu'au rayon frais. Devant moi ça rouspète fort. Objet de la colère, une bourgeoise emperlousée dont le Caddie était plein à ras bord. «Attends, on ne va pas à la supérette pour faire des courses pour deux semaines», a sifflé une jeune fille devant moi. «Vraiment, elle est pas gênée celle-là», a rajouté un bobo en sandales bio-durables. Nous étions une vingtaine en sueur, désemparés tandis que le Caddie se vidait lentement. Un cadre moyen à tête de scout a voulu se rendre utile, suggérant l'ouverture d'une 2e caisse. «Hélas, l'été c'est le sous-effectif !», s'est désolé le livreur de cartons. Ivre de rage, chacun s'est mis à imaginer de quelle manière il faudrait passer cette femme décomplexée devant un jury populaire, l'envoyer en camp de rééducation ou lui administrer un châtiment corporel. J'étais à deux doigts de lui donner un premier coup de fouet quand est venu mon tour de régler mon Olida pur porc. Le soir devant ma télé, mon pâté avait la saveur mélancolique d'une fin d'été et l'arrière-goût de l'injustice sociale.
Paru dans Paris Obs






























Vengeurs, X-Men, etc.
9 h 25 min - 4 février 2012 par idigiwiz
22 h 21 min - 3 février 2012 par poisson
19 h 10 min - 3 février 2012 par Anne-ô-ni-mousse
13 h 14 min - 3 février 2012 par davidabiker
12 h 50 min - 3 février 2012 par Thibault F.