Archive mensuelle de juillet 2008

Les ruptures de Gaby

C’est devenu une habitude, chaque été, juste avant le départ, je traverse Paris et je vais à l’Ecume des pages choisir les livres qui m’accompagneront en vacances. Il en va des librairies comme des étalages de primeurs. Certaines vous donnent envie et les livres y ont des couleurs de fruits. Elles vous renvoient aussi de vous-même une image de lecteur estimable. 

Alors, je traîne nonchalant, je fais l’élégant et, content de moi, dans les rayons, je soupèse, je m’attarde sur les 4e de couverture, je caresse les tranches, je vais, sans savoir, des essais aux romans, des biographies historiques aux recueils de nouvelles et je finis par choisir. J’attrape un volume d’une main ferme, je me prends pour un connaisseur avec le geste d’un pécheur qui ferre un gardon. Cinéma vous dis-je, esbroufe, mais ce n’est pas grave. Cette année, guidé par le hasard et des intuitions qui se déguisent en envies, j’ai pris pèle-mêle Le Feu d’Henri Barbusse, une bio de Rimbaud par je ne sais plus qui, Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly, Trop bien élevé de Jean-Denis Bredin, La grande déculturation de Renaud Camus, un dialogue entre Jean Lacouture et François Rey autour de l’affaire Tartuffe et Ruptures, de Gabriel Matzneff.

J’ai un faible pour la joie de vivre de ce maudit-là.

Gabriel Matzneff a beaucoup aimé les jeunes [...] Lire la suite

Parisiens lascifs

D’où vient cette apparence de luxure et d’abandon qui saisit les Parisiens étendus sur le gazon des parcs aux premières chaleurs ? Du contraste entre le béton et la chair, sans doute. Autant les juilletistes presque nues sur la plage ne me font rien, autant j’aime les épaules sans bretelles de cette fille en terrasse. Et cette jeune mère qui a retroussé son jupon au-dessus des genoux pour mettre ses cuisses au frais devant une balançoire; et ce cadre au chômage dépoitraillé, allongé sur un banc une jambe dans le vide, on dirait un Italien sans vertu. Sans oublier ces beurs endormis aux abords des bassins en bas de survêtement et tatanes. Il suffit d’un rayon de soleil pour que les Parisiens perdent toute pudeur. A poil et à la mer, leurs corps dévêtus me laisseraient indifférents mais dans la ville écrasée de chaleur, je trouve ces poseurs alanguis étrangement lascifs et délicieusement déplacés, surtout quand ils paressent en bord de Seine. Hélas, dès que surgit Paris Plages, ces bronzeurs de fortune se transforment en vacanciers vulgaires et disciplinés. Je les aimais mieux quand ils ressemblaient à des dormeurs après la partouze.


Paru dans Paris Obs

Comment gérer les morts dans Facebook ?

En considérant le deuil virtuel qui s’organise depuis quelques jours dans Facebook après l’assassinat à Londres des étudiants Laurent Bonomo et Gabriel Ferez, je me demande comment on va gérer demain les morts de Facebook ? Si il est assez simple d’organiser les commémorations en ligne sous forme de groupes et de textes « in memoriam » assortis de signatures des proches et amis de nos chers disparus, qui en revanche désactivera les profils pour qu’on évite de poker les morts ? Qui préviendra les « amis » du défunt ?


- Inutile d’envoyer un message à Gégé il s’est tué en Golf GTI il y a deux ans en rentrant du Pacha Club !


On aura l’air fin. Faut-il envisager une croix, un symbole qui annonce au visiteur que « l’ami » en question a passé l’arme à gauche ? En attendant, ca promet de belles gaffes et sans doute des profils et des photos qui vont rester ad vitam sur le réseau social en ligne.

95 fillette

L’ancêtre a eu la belle vie et les moyens, qui plus est d’une dame de compagnie. On la sort maintenant sur un fauteuil roulant qu’on aventure jusqu’au jardin. Il y a dans la demeure familiale ses enfants, leurs enfants jusqu’aux petits enfants. Ce grand monde se presse autour d’elle pour lui parler bien haut. Il faut dire qu’elle est dure de la feuille et ne comprend plus rien. Entre les modernes et l’ancienne, on fait ce qu’on peut pour maintenir la communication et un semblant de mémoire vive. « Ce matin vous êtes bien »  lui dit-on comme pour s’en convaincre. On la plaisante, on la taquine et on l’appelle « jeune fille ». Un bébé pas loin doit penser qu’on lui  cause tant il est vrai qu’on parle aux très vieux comme à des nourrissons. Pourtant, quand le babillage de l’enfant émerveille, celui du vieillard a le don d’effrayer même les plus volontaires. J’avoue goûter les sorties incohérentes de Grand-Mère. Qu’on s’inquiète de la prise de son petit déjeuner, qu’on lui rappelle le nom d’un gendre, qu’on lui dise le jour et l’heure, qu’on la teste en vain sur son propre passé, l’ancêtre a le goût de la déconne et c’est tant mieux. « Ah bon ? » murmure-t-elle perplexe. « Tiens ? » poursuit-elle incrédule. « Bien bien » [...] Lire la suite

La liseuse

Je la regarde en crocodile, je suis dans l’eau. Elle est au bord, sur la margelle sous un chapeau de paille. Dans le bassin ça nage, ca mouille, ca s’arrose et ca piaille. Elle lit, tranquille sur son transat, en solitaire. Elle a toujours lu comme ça, au milieu du flou, du stress, du bordel, de la pagaille. Elle lit depuis des lustres. Elle a lu dans mes yeux quand je l’ai rencontrée. Elle a lu les lettres enflammées que je lui ai envoyées, c’était avant les sms qui riment avec faiblesses. Elle a lu mes livres avant que je les ai publiés. Elle a lu sereine à l’hôpital, quand je me portais pâle. Elle lit comme ça depuis longtemps. J’envie sa régularité, son opiniâtreté, son coeur à l’ouvrage. Moi je lis comme je suis, par à coup, avec frénésie, avec l’âme d’un illettré. Je m’arrête 6 mois, je lis du html, cette écriture jetable, des billets sans douceur et les mots des portables. Ensuite je vais chez le libraire et je me goinfre. Elle non. Elle lit chaque jour, studieuse, à l’ancienne, sachant s’arrêter sur les lettres, le dos droit et l’esprit sage. Souvent elle laisse traîner un volume ici ou là, près du lit conjugal abandonne une reliure comme un appât. Le mari [...] Lire la suite

Bétancourt rendue à elle-même, qui allons nous attendre désormais ?

Je me suis posé cette question, ce matin. Maintenant que l’icône Ingrid est désormais rendue à elle-même, à ses enfants, à sa famille et à ceux qui ont appris à l’aimer, qui allons nous attendre ? Pour qui allons nous célébrer la liberté, au nom de qui allons-nous faire des lâchers de ballons, de pétales, au nom de qui allons-nous organiser ces communions médiatiques qui traversent parfois la vie des sociétés occidentales athées cristallisant des valeurs, des croyances modernes et des apsirations généreuses. Qui sera le prochain ou la prochaine pour qui nous allumerons nos cierges sur le plateau des 20 heures ?

Mon 1293ème ami dans Facebook est…

…une amie. J’ai validé sans vraiment faire attention, comme pour les 1292 autres (à quelques exceptions près). Mais j’avoue que j’ai été attiré par l’attitude de ma nouvelle amie sur la photo. Un truc sophistiqué dans le mouvement de la chevelure, un mouvement qui m’a rappelé une pub pour Allurel,d’Elnett… J’ai donc avisé la chose de plus près et suis allé regarder son profil. A quoi ça tient tout de même ! A des cheveux. Je vais donc voir le profil et j’ai découvert quelque chose. Ma nouvelle amie,n’est pas voyante, elle n’est pas devine, elle n’est pas sorcière, elle n’est pas médium, elle n’est pas non plus fée ou conteuse de carabistouilles. Elle est encore moi charlatine. Non, ma 1293ème ami dans Facebook exerce le beau métier de « Consultante en gestion d’avenir ». Les temps changent. Non, en fait pas vraiment, le marché est le même qu’au moyen-âge mais ce sont les mots qui ont changé. Et Brocéliande c’est Facebook.

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.