Archive mensuelle de avril 2008

Bambi au jardin

J’aime passer des samedis matin seul avec mes filles dans les jardins publics. Il faut dire qu’en une quarantaine d’années les choses ont changé pour les hommes qui sont désormais mieux tolérés dans ces espaces. Autrefois, quand on en croisait un, on appelait souvent la police en raison de son comportement suspect. Aujourd’hui, on le félicite d’être si bon père. Toutefois, il s’est produit la semaine dernière un incident regrettable et j’ai hésité à deux fois avant de saisir la justice pour demander au Jardin d’Acclimatation des dommages et intérêts. Je venais d’installer mes filles sur le manège électrique à chevaux de bois quand un tempo assourdissant a saisi le carrousel. Il s’agissait de «Beat It», de Michael Jackson, ce chanteur nord-américain inquiété par la justice pour des penchants pas très nets vis-à-vis des enfants. Au début, j’ai cru à une radio branchée sur la mauvaise fréquence mais non, il s’agissait d’un CD entier de celui qui se prend pour Bambi. «Comment peut-on encore diffuser du Michael Jackson dans des jardins d’enfants ?», me suis-je scandalisé auprès d’une mère de famille à serre- tête. «Je vous le demande !», m’a-t-elle répondu, elle aussi très mal à l’aise. Mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai pris mes filles et fui le Jardin d’Acclimatation pour gagner le Champ-de-Mars. Il y tourne, au moyen d’une manivelle actionnée par de l’énergie humaine, le dernier [...] Lire la suite

Le décolleté de Wonder Woman, un super fantasme

En ce moment je pense à mes souvenirs d’enfance. Pas n’importe lesquels. Ceux des premières interrogations sensuelles. Ces images pas claires, il y en a une ribambelle dans ma boîte à souvenirs au point que je me demande parfois si vieillir n’est pas une machine à enterrer les Madeleine de Proust érotiques. Au point que je me demande si ces réminiscences ne méritent pas un livre. Parmi elles, le décolleté de Wonder Woman. J’ai confessé à droite et à gauche une passion puérile pour Spider-Man et son métier de sauveur. Le souvenir du héro est resté net et il m’accompagne toujours un peu partout loin des ambiguités de l’inconscient. Plus trouble, en revanche, est celui qui m’attache à la silhouette impeccable de Diana Prince alias Wonder Woman incarnée à l’écran pas Lynda Carter. A 6 ans, le diadème doré le Lynda couplé à son soutien gorge de maintien, la plaçait à mi chemin de la princesse intouchable et de l’objet érotique. Mon super désir est revenu ce matin. Je suis tombé sans faire exprès sur une photo de la super-héroïne… Wonder Woman et son soutien gorge en titane ont surgi des profondeurs de la toile. Je redécouvre avec émotion ce bustier rouge et or bien campé sur un slip bleu étoilé façon gaine 18 heures. Elle avait [...] Lire la suite

Desproges, un bon humoriste est un humoriste mort.

Depuis quelques jours on célèbre l’impertinence. 20 ans que Pierre Desproges est mort. J’aurais pu passer à côté de Desproges mais en 1982, en février, un virage loupé sur une piste verte me vaut une fracture du tibia. Je reste alité 3 mois. Il y a la télévision mais le matin ce n’est pas ça. Des étirements dans l’os me réveillent tôt. Je découvre la radio, France Inter. Je m’appuie chaque matin les matinales ; les histoires extraordinaires d’Eve Ruggieri, les infos, et puis le Tribunal des flagrants délires. C’est une découverte. Je ne comprends pas tout, je ne connais pas toujours les invités mais l’un des participants me fait plus rire que les autres. Les blagues faussement antisémites, la politique et la culture omniprésente dans ses sketches, la méchanceté en étendard et surtout le désespoir et l’égo en sourdine, finissent de me subjuguer. Le temps a passé, le Nouveau Comique a envahi la télé, les émissions de divertissement et les stades. Il porte un tee-shirt noir, comme Ardisson. Pire, les femmes s’y sont mises aussi lourdes et pénibles que leurs collègues mâles. C’est un comique de masse, taillé pour ce que l’on croit être la classe moyenne ou populaire. Un comique lourd même pas du niveau de Fernand Reynaud. Desproges faisait rire les intellectuels et les autres. Devos est mort. Il n’y [...] Lire la suite

Ingrid, la Flamme Olympique, Sarkozy et la vie intime

Quand j’écoute et que je regarde les messages de la vie publique, j’entends une musique qui m’enseigne le manque d’Ingrid, le besoin inextinguible d’éteindre…la flamme (ou de la sauver d’ailleurs). Quand je lis les blogs, je sens aussi que le fascisme guette et qu’il faut haïr Nicolas Sarkozy. Je sens ces messages vecteurs de sentiments militants que je n’arrive pas à faire miens. Des sentiments citoyens, des révoltes fortes et droites. Quand je dis « des sentiments », je parle de ceux que je pourrais partager avec ceux qui saignent, pleurent, se dressent à la radio ou la télévision. Ce bruit moyen, cette fréquence tranquille qui enseigne l’amour, la compassion, la rébellion ou l’indignation, je ne sais pas me régler dessus. Je me pose souvent la question de cette indifférence.

J’arrête un passant, j’interpelle une caissière, je dis à un agent « je me sens coupable car Ingrid ne me manque pas. Je veux pour ses proches qu’elle revienne ni plus ni moins que tous ceux qui sont partis. Mais mon cœur est froid. Je ne parviens pas à crier il faut qu’Ingrid revienne ! et je m’en veux ». La caissière, l’agent et le passant me regardent comme si j’étais fou.

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A mobylette avec Finkielkraut

Finkielkrautmoto_2 Finkielkraut m’a toujours fasciné au point que je l’ai mis en scène dans les Contes de la télé ordinaire. En rêve, nous saccageons le château de la Star Academy et sadisons les chanteuses en leur lisant quelques extraits de la littérature anti-jeune produite par le philosophe. Un extrait de ce chapitre né sur le BBB, revu et corrigé, est lisible sur le site très Finkophile d’Elisabeth Lévy, Causeur.fr. La patronne a même fait réaliser un visuel pour l’occasion…

Au Press Club, ce soir Edwy Plenel et Médiapart, venez !

Depuis le début de l’année, je reçois au Press Club, à Paris les principaux acteurs de la presse en ligne. On a commencé avec Philippe Cohen de Marianne2.fr, on a continué avec Daniel Schneidermann d’Arrêtsurimages.net, on a poursuivi avec Xavier Monnier de Bakchich.Info. Ce soir, je recevrai Edwy Plenel qui parlera évidemment de Médiapart (18h45-20h00). L’entrée est libre si ça vous tente, n’hésitez pas. Sinon, le 6 mai, je recevrai John-Paul Lepers pour la Télé Libre. J’ai aussi bien envie d’enviter les petits nouveaux (façon de parler) de DétoxInfo. Mais j’oublie aussi, Agoravow, le Nouvel Obs, le Figaro.fr et tous les autres. De quoi tenir une nouvelle saison ? Je vais leur envoyer un mail…

Peut-être à ce soir.

Taxi boy

Il y a des gens qui ne comprennent toujours pas que lorsqu’un taxi n’est pas libre, la lampe blanche est éteinte. On les voit faire sur la chaussée de grands moulinets avec les bras, ils ont des yeux de chiens apeurés. Ils manquent souvent de se faire écraser en poursuivant une Peugeot qui les nargue avec sa banquette arrière vide. Ils sont ridicules. Les pauvres. Souvent j’ai envie de leur dire «Mais vous êtes bêtes ou quoi, il-est-pas-libre ! La lumière blanche est pas allumée.» Il faut dire que la France est un pays de taxis pour intellectuels. Repérer une lampe blanche allumée en plein jour, il faut au moins avoir lu Descartes. L’autre soir, à la sortie de l’Olympia, je vois comme ça une très belle fille (avec le corps qu’elle avait, elle aurait pu faire de la chanson) aux bottes montantes et aux cheveux blonds qui courait comme une gazelle en perdition au milieu du boulevard. Je sens le désir de rendre service monter en moi et je me précipite pour la sauver d’un bus qui manque de l’assommer avec son rétroviseur. Je la prends par le bras, et sur un ton serviable mais ferme à la fois, je lui fais la leçon : «Voyez, celui-là au feu rouge ? Eh bien, il estlibre !» La fille me contemple et s’aperçoit que je suis très beau. Je rentre [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.