Archive mensuelle de février 2008

Pleure pas Caillou, je te conte une histoire

Pleure pas caillou, je t’aime. C’est Murat, l’auvergnat qui déclenche mon envie de vous parler de la veillée de Lanobre, dans le Cantal, un pays pas perdu pour tout le monde. J’y étais samedi soir pour un petit salon du livre organisé le dimanche avec son vin d’honneur et ses auteurs du coin. Petit bonheur. Le Caillou de Murat taille un rock solidement flanqué dans la terre d’Auvergne et devient par sa ligne de basse impitoyable la bande son de cette veillée à Lanobre. Pleure pas Caillou chante Murat. Une veillée… Figurez-vous qu’on veille par là-bas, dans ces terres du massif central où il fait bon être loin de tout et…proche de tout. « Oh, c’est une petite soirée sans prétention » me dit Emilie l’organisatrice. Une salle municipale et les gens du cru qui écoutent attentifs une poétesse qui fait aussi l’actrice, un astrophysicien qui fait causer la foudre, un écrivain qui revisite sa région, un conteur qui ressuscite les braconniers. Des as de la veillée, qui savent raconter une histoire au coin du feu – imaginaire le feu dans une salle des fêtes aux normes. Et voilà que vient mon tour et qu’on ne m’a pas prévenu.

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Un extrait des contes en passant

"J’ai toujours respecté mon père. Je sais qu’une partie de ce respect vient de la capacité qu’il avait de régler la télévision. Une télévision ronde et banche et bleu pétrole que nous avions à la maison en 1975. Mon père s’approchait, il touchait l’antenne, tripotait des molettes et bing, la neige s’effaçait pour laisser la place à Castor et Polux. Mon père fut longtemps cet homme par qui arrivait l’image. Une fois réglée la télé, il ouvrait un cartable d’où il sortait une ou deux friandises que nous mangions devant le poste, heureux d’avoir évacué la neige sur l’écran. C’était avant qu’on critique la télévision et qu’on explique aux parents qu’il fallait en éloigner leurs enfants passée une certaine heure. J’ai le souvenir de longues veilles devant l’écran, jusqu’à une heure tardive. Jusqu’à ce que les personnages de Folon s’envolent laissant derrière eux un mystère et une détresse que je ne comprenais pas à l’époque. C’était un temps où la télé avait une fin sur une musique de Michel Colombier qui avait su faire pleurer un hautbois comme une longue dépression. Le logo d’Antenne 2 disparaissait et l’on se disait qu’il se lèverait avec le soleil le lendemain. La télé vivait au rythme des saisons."

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Branchitude

Je n’ai jamais réussi à repérer les endroits branchés de Paris avant tout le monde. Pour les restaurants, j’avais bien une méthode. Je n’allais que dans ceux où les garçons s’habillaient en noir avec des cravates étroites comme Karl Lagerfeld. Mais y’avait pas de rognons. Alors j’ai arrêté. Pour les bars, je fréquentais ceux qui avaient une compilation lounge. Sauf que j’ai entendu la compilation lounge dans une séance d’Aquagym au Club Med. J’ai arrêté les bars lounge. Un jour quelqu’un m’a dit, «si tu es vraiment dans le coup, va chez Colette; c’est The Boutique !» Alors je suis allé chez Colette pour acheter des moufles. Une Anglaise de 2 mètres avec un étui pénien sur la tête m’a dit : «Désoulaille, j’y a pas les moufeules.» Exit Colette. Branché, je croyais l’être pour les macarons. Un soir dans un dîner, je dis, «j’adore les macarons au chocolat de chez Paul». «A la framboise de chez Carette, tu veux dire !», riposte ma voisine avec dédain. Son voisin la reprend à son tour, «au caramel beurre salé de chez Ladurée, évidemment !» et le voisin du voisin de le reprendre à son tour, outré, «à la verveine de chez Pierre Hermé, voyons…». Les branchés ont toujours pris soin de quitter en avance les endroits où j’arrivais en [...] Lire la suite

Branchitude

Je n’ai jamais réussi à repérer les endroits branchés de Paris avant tout le monde. Pour les restaurants, j’avais bien une méthode. Je n’allais que dans ceux où les garçons s’habillaient en noir avec des cravates étroites comme Karl Lagerfeld. Mais y’avait pas de rognons. Alors j’ai arrêté. Pour les bars, je fréquentais ceux qui avaient une compilation lounge. Sauf que j’ai entendu la compilation lounge dans une séance d’Aquagym au Club Med. J’ai arrêté les bars lounge. Un jour quelqu’un m’a dit, «si tu es vraiment dans le coup, va chez Colette; c’est The Boutique !» Alors je suis allé chez Colette pour acheter des moufles. Une Anglaise de 2 mètres avec un étui pénien sur la tête m’a dit : «Désoulaille, j’y a pas les moufeules.» Exit Colette. Branché, je croyais l’être pour les macarons. Un soir dans un dîner, je dis, «j’adore les macarons au chocolat de chez Paul». «A la framboise de chez Carette, tu veux dire !», riposte ma voisine avec dédain. Son voisin la reprend à son tour, «au caramel beurre salé de chez Ladurée, évidemment !» et le voisin du voisin de le reprendre à son tour, outré, «à la verveine de chez Pierre Hermé, voyons…». Les branchés ont toujours pris soin de quitter en avance les endroits où j’arrivais en [...] Lire la suite

La robe de Cendrillon

Contestl Qu’est-ce que je peux être chiant avec ça. Je choisis les caratères, je réclame une autre couleur, je ne veux pas du logo de l’éditeur. Finalement ils font ce qu’ils veulent et ça finit par me plaire. Il faut laisser faire les professionnels. Et quand la couverture paraît, je me sens comme Cendrillon face au miroir découvrant la robe de bal que lui a confectionnée la fée. Gamin.  C’est toujours une joie gamine, en fait (la robe s’agrandit si on clique dessus).

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

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C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

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L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

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C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

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C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

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Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

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C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

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Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.