Archive mensuelle de janvier 2008

La vengeance du pied gauche

Parmi les choses qui se perdent à Paris, il en est une qu’on ne regrettera pas. C’est le regard ailleurs de cette femme ou de cet homme dont le chien se crispe tragi-comiquement pour livrer son colombin au pied d’un platane qui n’en demandait pas tant. Longtemps, les propriétaires de bêtes ont eu le don inné de regarder vers les cimes quand, au bout de la laisse, leur petit compagnon nous transmettait son meilleur souvenir. Cet air emprunté, peut-être aux poètes maudits, et qui feignait d’ignorer les contingences, semblait me dire « Non je ne connais pas ce chien et la main qui le tient en laisse n’est pas la mienne». Ben voyons. Les mirettes du chien, accroupi, le museau  tendu vers une issue qui tardait à venir, exprimaient paradoxalement la honte qu’aurait dû ressentir son maître. J’ai souvent pris plaisir à fixer les plus élégants, en apparence, de ces amis des bêtes, pour provoquer chez eux la gêne. Je leur adressais une moue faussement approbative dont ils percevaient immédiatement l’ironie réprobatrice. Je savourais ainsi mon plaisir de les humilier ; une façon sadique et sophistiquées de venger mon pied gauche. Mais ce petit plaisir a vécu. Le temps a passé, les mentalités évolué et désormais le propriétaire fuyant et couard d’autrefois assure civiquement le service après vente [...] Lire la suite

Capri-chieuses

Dans le métro, c’est moi qui devrais faire la gueule, pas la fille sur l’affiche à Sèvres-Babylone. Au Bon Marché, ils ont le chic (le chic parisien, bien sûr) pour choisir des mannequins qui tirent une tronche de 4 mètres par 3. Même à l’approche des soldes, les filles s’évertuent à ressembler à une carpe du Nil en psychothérapie ! La femme Bon Marché, elle, est du genre «Princesse au petit pois». J’en ai connu, des comme ça. Evanescentes, les filles. Elles embrassaient sans la langue, se nourrissaient d’épinards en branches et manquaient se trouver mal quand je commandais une andouillette sauce moutarde. Seule la vue d’un macaron à la verveine ou d’un Prince autrichien efféminé leur rendait la joie de vivre. J’ai toujours été certain qu’elles ne savaient pas péter. Des vraies caprichieuses. Le mannequin du Bon Marché, c’est un peu ça, une fille hors d’atteinte qui ne sait pas trop ce qu’elle veut ni où elle a mal mais qui va faire exploser votre PEA. Une fille en forme de concept qui incarnerait cet esprit subtil qui serait l’illustration d’une idée fondamentale qui symboliserait par là même l’essence nuancée d’une philosophie de l’élégance qui s’esquisserait en une silhouette diaphane surmontée d’un visage alangui lequel narrerait (j’y tiens) l’esprit profond de ce que doit être l’acte de dépenser son pognon tel qu’on l’envisage de ce côté-ci de la rive [...] Lire la suite

Ensemble pour Paris, il est urgent d’attendre

Les slogans des principaux candidats pour ces municipales parisiennes, à droite ou à gauche, sont d’une catastrophique platitude. Delanoé a choisi avec empressement "Un temps d’avance", tandis que Panafieu lui a préféré le très agité "Une ville qui bouge". Et tant qu’on y est pourquoi ne pas fusionner les listes avec un "Une ville qui bouge avec un temps d’avance". On gagnerait du temps en plus…On imagine que ces énoncés supposés déchaîner les intentions de vote ont été choisis sucrupuleusement et peut-être testés avec méticulosité. Pourtant, pas besoin d’être un gourou de la com’ pour savoir que le meilleur mot d’ordre, celui que nous préférons tous en ce moment serait sans doute "Ne changeons rien". "Surtout ne touchons à rien", "Arrêtons-nous de bouger" et "Prenons soin d’arriver en retard". Ce besoin de lenteur jamais pris en compte dans les professions de foi électorales se vérifie pourtant à gauche depuis des années : ne touchons pas aux acquis, conservons les résultats des luttes sociales, resistons au siège des agressions ultralibérales, arrêtons de croître. Il se vérifie aussi à droite : conservons tout ce qui mérite de l’être et surtout, ne touchons pas au patrimoine et aux valeurs morales, vivons dans le passé, vive la réaction. Et c’est paradoxalement le contraire qui nous est proposé à Paris. On nous vend du changement alors que c’est bien connu ; nous en avons horreur, [...] Lire la suite

Gérer l’attaché(e) de presse

Attaché(e)s de presse. Quel job ! Maintenant que je suis à France Info, je reçois un ou deux appels et une dizaine de mails d’attaché(e)s de presse chaque jour. Dur métier. D’autant plus ingrat que l’époque confond de plus en plus souvent l’événement et l’information. Une information c’est peu de chose, c’est un grain de sable dans une mécanique, c’est un fait qui surprend, c’est une nouvelle qui bouscule le cours des choses, ça donne à comprendre le monde (ou à ne pas le comprendre, d’ailleurs). Les anglais disent qu’une information c’est « un maître qui mord son chien ». Les attaché(e)s de presse vous amènent le plus souvent des chiens qui mordent leur maître. Elles ou ils le font bien. D’abord elles ou ils vous appellent très vite par votre prénom pour créer une forme de proximité car c’est bien connu, c’est entre deux complices que circulent les meilleurs tuyaux. Ca rappelle la technique du chef de l’Etat avec les journalistes. On tutoie, on personnalise, on crée de la proximité, on est copain. Ensuite, elles ou ils vous présentent l’événement. Généralement, c’est une première fois. « Pour la première fois en Europe » disent leurs communiqués. Ensuite, c’est un dispositif festif extraordinaire de RP : les journalistes seront reçus sur une péniche à vapeur qui fera le tour de [...] Lire la suite

Pourquoi je crois en la résurrection

On m’apprend via Twitter la mort de Spider-Man. Evidemment je n’y crois pas, ou plutôt j’y crois plus fort encore. Où plutôt j’y crois comme la réhabilitation d’un rite maçonnique. En maçonnerie comme dans d’autres rituels, la métaphore de la mort et de la renaissance sont « partie intégrante » du processus initiatique. On meurt pour mieux renaître et surtout pour revenir meilleur. Je ne me désespère donc pas de la disparition de l’homme araignée dans le dernier opus de la série inventée par Stan Lee. Je me souviens également que dans le deuxième film de la série, Spider-Man semblait laissé pour mort pour mieux renaître. La vidéo ci-dessous s’inspire de la figure christique du héros pour montrer que nous sommes tous dépositaires de la vie et de la mort du martyr. Je vous recommande ainsi deux séquences de ces cascades métropolitaines dans New-York : il y a d’abord celle où le héros masqué empêche la chute de la rame de métro dans le fleuve. C’est les bras véritablement en croix qu’il évite la catastrophe et semble perdre la vie pour sauver son prochain. Il y a ensuite la scène, quelques instants plus tard, de sa renaissance. Cette renaissance Spider-Man la doit essentiellement aux croyants. Je veux dire aux fans qui sont [...] Lire la suite

Zizi the Kid

« Les monologues du zizi » Plus intime que l’intime, il y a la genèse de l’intime ; plus secret que « la première fois », il y a l’avant-première fois, le cheminement physio-psycho-socio mythologique vers la possibilité de la première fois. Bref, la préhistoire des histoires, la conquête des Gaules avant le règne de l’empereur Pubère, l’Odyssexe : autant dire la nuit des temps. David Abiker, chroniqueur à L’Express, a épanoui sa sexualité entre la fin de la télé noir et blanc et les débuts des jeux vidéo, à une époque où cela se faisait à la main – aujourd’hui, tous les parents le savent, l’apprentissage est virtuel. Pour Abiker, une étape importante de cette initiation advient sur une toile de Jouy, ce qui est assez logique. Dans Zizi the Kid, il raconte ce parcours du combattant qui mène de l’idée de sexe (ce pressentiment que les filles sont des garçons pas tout à fait comme les autres) à la réalité humide de la chose (cette certitude que les vrais soucis commencent). Psychanalyse sans divan, miroir où chacun peut scruter ses propres émois, l’ouvrage est aussi un pèleri-nage au pays de l’enfance, cette contrée où toute une génération a emprunté les mêmes autoroutes de l’imaginaire : Actarus aux commandes de Goldorak, les sveltes frites de la pub [...] Lire la suite

Disneyland

post thumbnail

C’est un recueil de nouvelles sponsorisées par Disneyland avec tout ce que cela comporte d’infamie et de soumission possible à la multinationale… J’y ai déposé un texte baptisé The Daddy Fantasy Tour et je suis bien heureux que Mickey ait joué au mécène car il se publie peu de recueils de nouvelles, surtout collectifs. J’ajoute que j’ai plus été corrigé dans toute ma carrière de pigiste que dans le texte livré à Flammarion. Comme quoi. Je suis très fier de ce texte qui va faire l’objet d’une adaptation en BD.

Dictionnaire posthume de la finance

post thumbnail

L’idée m’est venue dans un restaurant japonais, près de la Madeleine. Je discutais avec mon ami Raoul, spécialiste des marchés financiers. On est en plein krach, au mois de novembre 2008. C’est en l’écoutant que me vient le titre. C’est le titre qui me donne envie de l’écrire. D’abord avec Raoul, mais il ne peut pas. Ce sera donc Evariste Lefeuvre, économiste chez Natixis, qui le rédigera avec moi. Pas évident d’expliquer la subordination de dette avec la métaphore des Lasagnes mais on l’a fait. Il reste de cette expérience le livre mais également un blog collaboratif où de nombreux internautes et bloggeurs y sont allés de leur définition posthume. Juste une chose, on s’est planté, la finance n’est pas morte et les bonus aux dernières nouvelles se portent bien, merci.

Contes de la télé ordinaire

post thumbnail

C’est un livre paru en 2008 qui tourne la page de la télé et la fin d’Arrêt sur images sur France 5. Des chroniques principalement tirées de mon expérience dans cette émission et de mes observations devant, à côté ou derrière l’écran. J’y réécris aussi pas mal de billets de feu le BigBangBlog. Adieu la télé ! Vive le net, c’est un peu la conclusion de ce petit livre dont mon éditeur a trouvé le titre que j’adore, évidemment. Les amateurs du grand Charles Bukowski savent pourquoi.

Le Mur des lamentations, souffrez vous êtes filmés

post thumbnail

C’est la version poche du Mur des lamentations qui vient de sortir chez J’ai lu. Seul le sous-titre a changé et la couverture. Le contenu est identique. La couverture représente un Saint-Sébastien, figure emblématique de la victime, troué de flèches et décomposé en autant d’écrans de télévision. J’aime bien cette manière de résumer le bouquin.

Le Mur des lamentations, tous victimes…

post thumbnail

Au départ je voulais faire une pièce de théâtre. Des victimes de tout poil invitées d’une émission de télé voyeuriste y aurait discuté en pro de la victimisation. Finalement, j’ai eu un cancer qui m’a aidé à entrer dans la peau d’un personnage affreux. A l’arrivée, en 2006, il y a ce Mur de lamentation qui n’a rien à voir avec le vrai. Le Mur des lamentations, c’est d’abord un mur de télévisions où se bousculent les victimes à l’écran. On dit que le mot « victime » est aujourd’hui le mot numéro 1 de l’information. Je veux bien le croire.

Le Musée de l’homme en Folio

post thumbnail

C’est le même que le premier assorti d’un ou deux nouveaux chapitre. C’est surtout la couverture qui est drôle. je pense que beaucoup de type font cette tronche quand ils tiennent un aspirateur. On dirait une poule qui a trouvé un couteau. L’illustrateur de la collection de poche Galimard s’est amusé. Je suis sûr que j’ai vendu des Musée de l’homme rien que grâce à cette couverture qui dit tout et son contraire.

Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin

post thumbnail

Mon premier livre. Il paraît en octobre 2005. Il est tiré de chroniques publiées dans le magazine Men’s Health et d’une série d’observations pas du tout scientifiques sur la gente féminine. Je me souviens de son lancement, au Musée de l’homme à Paris, dans une salle pleine où j’en lis des passages commentés de façon amusée par Zeeve Gourarier, directeur du Musée, à l’époque.