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Vis sa vie de Belieber

Cette nuit, je me suis imbibé.

Une véritable immersion. Un Vis-ma-Vie de Belieber. J’ai plongé dans cette galaxie. Via Twitter. J’ai essayé de comprendre. Les photos de ces jeunes gens qui campent, parfois depuis 72 heures à Bercy en attendant le concert de ce soir. "Ca caille devant Bercy mais les Beliebers se tiennent chaud" "Tellement pressé d’être ce soir." "GO TO BERCY BELIEVE TOOOOOOOUR (en majuscules dans le tweet...)"

Comment s’habiller pour y aller ? Ca c’est une vraie question. Baby Baby. Sur Twitter encore, une jeune fille pose avec son ticket, c’est une date importante. Une autre a fait la check-list de ce qu’il ne fallait pas oublier pour réussir cette soirée.

J’ai essayé de comprendre pourquoi il y a deux ans, elle s’en moquait pourquoi deux ans plus tard j’ai l’impression d’avoir à la maison la victime d’une dérive sectaire. J’ai regardé la bannière préparée pour ce soir. Ce rose, ces cœurs, cette maxime en forme de mot d’ordre. Je suis retourné sur Twitter. Hashtag #Bercy. Je lis.

Pour ma part, je n’ai toujours pas osé écouter la musique du prophète aux 35 millions de followers sur Twitter. J’ai un vague souvenir de ça : Baby Baby et c’est tout. Elle m’a supplié de lui envoyer un tweet avec la photo de la bannière pour voir si par hasard il répondrait, ça lui ferait comme un autographe. De temps à autre, une nouvelle vient perturber son rêve éveillée. EXCLU ! Jeanmacmorandini.com annonce cette nuit que le demi-dieu s’est fait virer de son hôtel pour mauvais comportement. Il faut bien qu’il vieillisse un peu et qu’il s’invente sa dose de souffre. Baby Baby. J’ai partagé quelques tweets avec mes abonnés. On s’est moqué de moi. Je me suis beaucoup moqué de l'artiste qui confond la Chapelle Sixtine et la Chapelle Sixteen. De quoi me suis-je moqué au juste ? D’un chanteur à minettes qui va remplir Bercy ? D’une star mondiale qui provoque les comportements fanatiques d’un autre âge ? Quel est cet autre âge au fait ? 12, 13, 14 ans ? Baby Baby. Et soudain, je les envie. Je ne leur envie pas Bieber, je leur envie la ferveur. Ce n’est plus de notre temps à nous les parents. Alors on est sceptique, on a du mal à se souvenir, on ne veut pas vraiment partager cette fièvre du mardi soir, on a sans doute peur de tomber dedans. Et pourtant, c’est un peu pareil non ? Marseille 1983 ou 1984. U2. Puis Orange ou Avignon, Cure, Simple Minds, Depeche Mode. Ca dure 3 ou 4 printemps. On colle précieusement les tickets de concert dans son cahier de texte. On lit tout ce qui nous passe sous la main, pas grand chose. On en parle à qui on peut. A l’époque on a que dix amis. Je la regarde perdre la tête, canaliser tout cet amour de pré-ado vers le totem à mèche, j’ai du mal à ne pas l’aimer ce Justin. L’aimer comme on regarde un souvenir en forme de reflet dans la glace. Alors, à ma façon je l’aide. Je l’aide à faire sa banderole liturgique. Je lui donne des conseils pour sa journée l’école. « Ne prends pas un avertoche pour distraction, bavardage ou indiscipline. Pense à tes cours et ce soir, tu pourras t’amuser ». Elle m’écoute à peine, elle est ailleurs, sur son nuage, Baby Baby. « Et surtout, tu ne vas pas dans la fosse devant tu pourrais mourir étouffée par la mort de la foule des adeptes ! ». Voilà, ce soir elle y sera. Ce sera sans doute formidable et sans mais peut-être un peu moins bien que ce qu’elle espérait. Elle rentrera avec les tympans douloureux. Elle nous dira qu’à un moment il a levé le bras dans sa direction et qu’elle a failli s’évanouir. Moi aussi, j’ai eu ça en moins hystérique. En 1985 à Avignon, au Parc des Expositions. Jim Kerr a levé le bras, j’étais à 300 mètre, j’ai cru qu’il me saluait. Il buvait de l'eau minérale. Alors voilà, après m’être moqué copieusement de Baby Baby et de ses fans, j’ai juste envie de les embrasser tous et de leur souhaiter un beau premier concert. Parce qu’en fait ce qui les intéresse dans tout ça, c’est d’être ensemble. Ensemble. Ensemble. Et surtout tu ne bois pas, tu es prudente et tu rentres dès que c’est fini. Baby Baby.