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Quand mes petits-enfants, digital natives, me demanderont « Papy, raconte-nous le début des réseaux sociaux », il me faudra bien leur dire que leur essor a accompagné les années Sarkozy et que le prédécesseur de François Hollande fût celui des nouveaux médias comme le Général de Gaulle les début de la télévision.

J’ai rejoint Facebook en octobre 2007, le mois où le Président rendit public son divorce d’avec Cécilia lequel fut précédé sur la toile des rumeurs les plus folles. J’ai dû m’inscrire sur Twitter à l’automne 2009 au début de l’affaire de l’EPAD qui suscita en premier lieu la contestation des internautes avant d’affoler l’opinion.

Des centaines de milliers de Français comme moi ont expérimenté les nouveaux médias sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Ils ont cliqué sur son image, on visionné une vidéo de ses discours, on communiqué par mail à leurs proches le dérapage du salon de l'agriculture 2008 (Casse toi…). Leur utilisation d’internet s’est bien souvent confondue ces années-là avec leur « consommation » de Nicolas Sarkozy. Sarkozy comme un virus informatique qui parasitait les conversations, forums, images et commentaires. Sarkozy, Pentium de nos microprocesseurs… Sarkozy, Président du Buzz. Ce qu’il disait, ce qu’il montrait, ce qu’il ratait, tout ce qui était lui imprimait la toile à travers le travail minutieux ou délirant des bloggeurs qui tenaient la main courante de son quinquennat. Je le dirai plus tard à mes petits-enfants, l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy fut pour moi une période d’hyper-connexion.

Nicolas Sarkozy aura été le Président des débats clivés sur l’avenir d’internet. Hadopi, Loppsi, ACTA, G8 numérique chaque fois, la discussion technique aura viré au pour ou contre Nicolas Sarkozy. Durant son mandat, jamais on aura réfléchi à Internet sans évoquer immédiatement à Nicolas Sarkozy, comme si ces deux concepts, apparemment étrangers, étaient indissociables, comme si le web ne pouvait se penser  sans Sarkozy. J’ai imaginé parfois son corps de monarque républicain symboliquement parcouru de court-circuits et de fils surchauffés par les milliards de mots, de chats, de messages que sa politique et sa personne ont suscités en cinq ans.

Le Nicolas Sarkozy à haut débit nous a rendu accrocs, dépendants, obsessionnels. Comme Internet, il a suscité des émotions nouvelles, des haines inédites, des sidérations imprévues, des mobilisations surprises. « Sarkozy » un nom, mais également un mot-clé tapé et retapé dans Google, une fixation collective.

Qui a pratiqué le web entre 2007 et 2012 sait que ce Président-là fut à son corps défendant un réseau social symbolique sur lequel se projetèrent les obsessions et les haines les plus folles. Qui a vécu les années Sarkozy sur les réseaux sociaux sait l’étrange relation qui s’est établie entre lui et nous autres internautes, dotés d'une liberté nouvelle de réagir, de surréagir, de commenter et de critiquer. Le cocktail Sarkozy-Internet ne pouvait être qu'explosif, inédit, outrancier. C'était une première entre un président au sommet et une opinion en réseau.

En promettant une présidence normale, François Hollande – mais sans doute l’ignore-t-il - ouvre peut-être, à certains d’entre nous un espoir de déconnexion.