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Travail en miettes pour 1er mai en poudre

Le travail est en miettes. Ce premier mai c'est pas une fête, c'est un blues. On pourrait aussi comparer cette fête du travail à une couverture effilochée que chacun tire à lui sans vraie conviction.

Les syndicats sont sur la défensive et privent la classe « laborieuse » d’un défilé unitaire, le Président Hollande honore l’entrepreneuriat lundi comme s’il réservait aux Pigeons une célébration de leurs mérites et de leurs souffrances avant l’heure. Et enfin le vrai travail de Nicolas Sarkozy n’est plus qu’un souvenir, une velléité. Elle s'avère un an après un concept creux, taillé pour les besoins d’une campagne électorale qui courait après Marine Lepen qui, elle, fait bosser Jeanne d'Arc à l'oeil en ce jour fêrié.

Ce premier mai du travail est à ramasser à la petite cuiller. Rappelez-vous, en 1956, Georges Friedman, intellectuel et sociologue marxiste, publiait Le travail en miettes, une critique sérieuse de l’organisation scientifique du travail en période de croissance – c’était les 30 glorieuses et il y avait plein de boulot, voire trop de boulot dans les usines. Il expliquait les limites du taylorisme, pointait la déshumanisation du travail en usine, plaidait pour l'autonomie du travail, la polyvalence et un enseignement plus généraliste, se défiait de la spécialisation bref, il avait le compteur bloqué dans Les temps modernes de Chaplin. Friedman avait raison dans l’époque et tort dans l’histoire.

Que ne donnerait-on aujourd’hui pour retrouver les cadences d'autrefois, la chaîne sous pression, l’usine d’hier avec les droits et des acquis de 2013, bien entendu. Le travail en miettes désigne aujourd'hui tout autre chose : une société où le travail comme point d’appui est devenu une piste savonneuse où il est impossible de faire un pas sans tomber, un escalier qui ne remplace même plus un ascenseur social en panne, une denrée rare et bradée.

Le travail en miettes n’est plus comme le prédisait Friedman un affaiblissement de l'homme par le travail et sa déshumanisation. ce serait même l'inverse, la déshumanisation de l'homme par manque de travail, par excès de chômage. Le travail en miette c’est maintenant une peau de chagrin, un gâteau bien trop petit pour nourrir son monde, un monde du travail atomisé et affaibli dans toutes ses strates.

Bref, un travail en miettes pour un premier mai en poudre.