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Les homos sont contents. Il existe depuis fin juin sur Facebook un pictogramme qui permet aux gays de signaler qu’ils sont en couple. Les pacsé(s), les concubin(e)s, les marié(e)s vont pouvoir afficher leur statut sur le web social et savourer le plaisir de voir reconnu leur binôme amoureux. Ce n’était visiblement pas le cas de cet indien hétérosexuel et fraichement marié dont l’épouse demande aujourd’hui le divorce. En cause, son statut Facebook. L’homme a omis d’actualiser sa situation et ne s’est pas pressé de signaler à sa communauté qu’il n’était plus célibataire. La jeune femme y a vu un signe de duplicité et entend renoncer au mariage célébré il y a quelques semaines.

Facebook a été conçu pour les étudiants et les copains mais pas pour les époux soupçonneux ; ce qui suit devrait l’illustrer.

Divorce-Online.co.uk vient de publier une enquête selon laquelle le réseau social au milliard d’amis est cité dans plus d’un tiers des procédures de divorce britanniques. Pour les avocats des parties en conflit, les écrits en ligne sont une aubaine et fournissent parfois des preuves accablantes. On peut produire une capture d’écran, démontrer que les amants se connaissent alors qu’ils jurent le contraire ; et avec un peu de chance, une photo postée par l’un d’eux trahira l’antériorité de la relation amicale devenue liaison.

Outre la divulgation des secrets par procuration numérique,  les scènes de ménage et de rupture envahissent également Facebook. Un juge belge vient d’interdire à un couple en cours de séparation de s’insulter sur le réseau. Il avait la fâcheuse habitude de prendre ses cyber-amis à témoin des griefs de l’un envers l’autre. Une guerre des roses 2.0 en quelque sorte.

Mais quittons un instant l’écran de Facebook pour celle d’un vrai théâtre.

J’ai assisté en juillet à l’excellente représentation d’Un fil à la patte de Feydeau au théâtre éphémère de la Comédie Française. Ce Fil à la patte conte l’histoire d’un homme incapable d’annoncer à sa maîtresse, une chanteuse de cabaret, qu’il va se marier à une fille de famille.

Qui sait s’il avait vécu en 2012, le génial Feydeau n’aurait pas écrit son Fil à la patte autrement pour donner à ses vaudevilles une tonalité high tech. On n’aurait pas sonné la bonne mais fait vibrer les cellulaires, le placard de l’amant se serait mué en PC abritant les e-mails compromettants. Les apartés avec le public seraient devenus un coup de fil à un complice. Le majordome aurait installé un de ces logiciels espions permettant, pour pas cher, de fliquer le Smartphone du conjoint. Un SMS aurait trahi son auteur et servi de rebondissement. Enfin, le dénouement aurait consisté en un tweet vengeur rétablissant la morale, ceci juste avant le tomber de rideau.

Oui, Georges Feydeau aurait sans doute étudié le dérèglement produit par les technologies sur les amours et la jalousie modernes. Il aurait vu comment ces moyens de communication ont accéléré les processus de rencontre et simultanément le rythme des ruptures. Ses personnages scotchés à leurs portables auraient été accros aux sites de rencontres. Peut-être les aurait-il décrits terriblement seuls et dépassés par ce qu’ils échangent et envoient sur les réseaux.

Des caractères tristement modernes donc ; piteuses victimes de leur "sans fil à la patte".

Paru dans l'Express cet été