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Oui, je me drogue. Je me drogue les soirs d’élections. Quand mes confrères de la télévision égrainent la litanie des résultats en régions, pour ne pas m’endormir, je me fais une ligne de commentaires déjantés sur ma TimeLine*. Sur le réseau social Twitter. Quand les invités de mes confrères caramélisent l’écran et déposent sur les plateaux une épaisse nappe de goudron soporifique, qu’ils distribuent des petites phrases à base de somnifères au point que j’anticipe ce qu’ils vont dire - qu’ils ont gagné, qu’ils n’ont pas perdu, que les électeurs n’appartiennent à personne -, je me tape un rail de micro-messages, acides, interactifs et transgressifs. Quand le Demyldooz et sa novlangue tournent à plein régime façon Ve finissante, je mets le nez sur le miroir de mon Smartphone et je me came à  l’autre politique, à l’autre blablabla, ceux de ma communauté.

La télé et Twitter, c’est le bon mélange, la bonne poudre aux yeux. Ca décuple les sensations les soirs de résultats. Et je ne suis pas seulement consommateur, je deal, aussi. J’envois sur internet ma propre analyse, mes propres sarcasmes, mes propres questions. Et mes clients se shootent à leur tour et je me shoote en retour avec leurs messages. Twitter dimanche dernier et dimanche qui vient, c’est ça. Un mélange pas très savant mais tellement excitant de télé à Papa, de commentaires et d’immédiateté ; un mélange qui rend dingue. Le point de rendez-vous c’est #primairePS. Sous ce mot-clé, le citoyen en manque trouvera les rumeurs de résultats, les photos des petits fours prises par les journalistes qui poireautent dans les QG de campagne. Il aura en exclusivité les sorties des politiques-Twit-addicts qui se lâchent toujours plus. Il partagera ses réactions aux larmes de Ségolène Royal, sa stupéfaction quand Montebourg, frondeur, cause à ses troupes pendant l’intervention de Hollande. Il lira avec amusement le « OMG, no ! » d’Eric Besson, le vrai, quand un utilisateur lui demande si l’envie ne le chatouille pas de retourner au PS. Il découvrira le Député Tardy (UMP) qui commente librement toute la soirée, exact contraire du godillot d'antan. Il se rendra sur le compte de Benoit Hamon dont les yeux brillaient un peu trop le soir du premier tour et qui explique que ce n'est pas le champagne mais "Les yeux qui brillent du papa d’une petite fille qui a trois semaines".

Twitter, les soirs d’élections, ce sont ces militants défoncés à l’enthousiasme ou à la déception, dopés par la campagne qui s’invectivent, se battent, se tiennent les coudes, se soulèvent, se clashent sur une analyse, un point de vue. Twitter c'est des montages photos, des arrêts sur images, des détails de campagne qui font le tour de la toile ou meurent aux oubliettes. On y traque le dérapage, on décortique les vieilles images télé et on les réinvente. Twitter est une conversation de bistrot sur un comptoir qui fait des loopings. Twitter est une boite de nuit civique et malfamée où chacun fait du lap dancing, avec ses accrocs, ses escrocs, ses taupes, ses indics, ses discrets, ses dézingués, ses fidèles, ses figures. Les soirs d’émission politique, ça vomit, ça gueule, ça élucubre, ça délire en 140 signes maxi, ça fait connaissance, aussi. Grands et petits, leaders et suiveurs, cyniques et idéalistes. Toute cette faune est stupéfiante ; elle se pique aux amphétamines d'un vivre ensemble nouveau. Twitter est aux soirées électorales ce que la cocaïne est aux marchés financiers. Avec un résultat inverse : ça met de la joie dans la crise politique.

Papier publié également sur l'Express