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Comment bien rater sa rentrée

J’ai fait hier soir à la tombée du jour la rencontre d’un étymologiste de plage pratiquant l'hypnose naturiste nommé Porfiro Mendoza. Nous devisons face à la mer en savourant de copieuses brochettes de fromage en forme de parallélépipède préparée par sa femme quand Porfiro, le sexe longitudinal et battu par les vents, me tient à peu près ce langage.

« Vous autres Français, vous avez un problème avec la rentrée. Ca vous déprime tellement, et vous tournez tellement en rond, que vous mettez ce mot à toutes les sauces. La rentrée politique, la rentrée scolaire, la rentrée sociale, syndicale. Vous êtes « rentrés » vous les Français. Rentrés au sens de Lacan, autrement dit vous avez la tête rentrée dans les épaules, vous voyez votre vie de Français comme un éternel retour, comme une routine. Alors vous rentrez en trainant les pieds et en rédigeant des articles estupido intitoulés "Réussir sa rentrée".

Tandis qu’il essaie de m’endormir avec son boniment au moyen de techniques d’hypnose sollicitant pour m'amadouer également les caresses déplacées de sa compagne Gracinia, Porfiro poursuit.

"Pour changer votre vie française, vous devriez rebaptiser votre rentrée. Au lieu de l’appeler rentrée, vous devriez l’appeler « entrée ». Ca vous permettrait d’espérer autre chose de l’avenir à l'horizon 2025. Au lieu de rentrer, vous pourriez entrer, ce serait plus prometteur, vous vous présenteriez ainsi à l'école, au bureau, dans l'espace entièrement vierge des mois précédents. De ce point de vue vos université d'été sont l'exercice qui fait rire le monde entier mais vous n'en avez pas conscience, hélas. Et donc au lieu d'entrer dans la vie, vous rentrez dans votre train-train en traînant une sorte de casier judiciaire de la vie. Dommage pour vous".

Ce Brésilien de mes deux commence à me courir sur le Feijão avec ses conseils de coach fumeur de joint pour mieux réussir son entrée et pas sa rentrée. Néanmoins, tout en mastiquant ma brochette de frômage dont le gras me coule sur le menton et en regardant sa compagne également nue et dont les hanches produisent un mouvement chaloupé sur des rythmes bossa, je réalise que ce couple a raison.

Au lieu d’avoir les épaules qui tombent, l’esprit en dedans, les pieds lestés de plomb, le regret des cocos en bandoulière et la corvée pour horizon, je crois qu’il est plus que temps d’arrêter de rater sa rentrée pour réussir son entrée.