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Qu’ont-ils dans la tête, nos enfants, nos ados quand ils écrivent ? La question taraudait Libération hier matin tandis qu’elle est au cœur du Prix Clara qui chaque année récompense une dizaine de nouvelles écrites par des adolescents. Ce soir donc, 8 filles et garçons verront ainsi leurs nouvelles fêtées et publiées par les éditions Héloïse d’Ormesson. L’adolescent qui écrit est une figure bien connue et émouvante de la littérature et aussi de l'histoire. Du Journal d’Anne Franck au Diable au corps de Raymond Radiguet en passant par les Voyelles d'Arthur Rimbaud ou la lettre de Guy Möquet à sa Chère petit maman, l’adolescent qui écrit nous fascine, nous touche et fait mouche, souvent. L’adolescent qui écrit peut avoir du génie, un génie éphémère qui disparaît avec l’âge adulte. Au contraire, le talent révélé peut se confirmer. Parfois l'adulte s'attarde en ado écrivain et c'est triste comme un vieil animal de foire, comme un vieux qui ne veut pas vieillir. L’adolescent qui écrit c’est aussi notre quotidien compliqué et affectueux. Ce journal intime que les parents ouvrent par accident… ( ?) L’adolescent qui écrit, c’est le premier SMS que j’ai reçu de la mienne et que j’ai gardé. L’adolescent qui écrit c’est aussi l’extension du domaine du LOL et la consternation des aînés devant une orthographe bancale ou d’incompréhensibles préoccupations de son âge. L’adolescent qui écrit, ça commence avant l’adolescence, quand en CP, il ou elle écrit sa vie dans sa tête et qui, s’en revenant de l’école, refuse de livrer le contenu de sa journée à Papa et Maman « C’est mes affaires !». Comme ils ont raison. L’adolescent qui écrit, c’est ce nouveau panneau sur la porte de sa chambre « Ne pas déranger », « Frapper avant d’entrer ». L’adolescent qui écrit, c’est hélas l’espionite aigüe qui conduit certains parents à vérifier au-dessus de leur épaule qu’un grand méchant loup ne leur écrit pas sur Facebook de mauvais contes pour enfants. L’adolescent qui écrit, ça ne dure jamais longtemps. Parfois le temps d’un chagrin d’amour qui vous ravage. L’adolescence qui écrit c’est une terre inconnue, c’est un recoin d’Amazonie à respecter. Les adolescents écrivains sont des feux follets, des coquelicots, des éclipses. Voilà pourquoi les lire est toujours un peu bouleversant puisqu’un jour ils partiront, puisqu'un jour ils arrêteront. La majorité. Et ca nous fait mal de le savoir avant eux.