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Vous le sentez intuitivement, qui que vous soyez, quel que soit votre lieu de résidence, quel que soit votre pouvoir d’achat. Le patient France va mal. Surtout, sa représentation à travers les partis politiques, les manifestants, les crispations nationales et les images de télévision donnent de lui l’image d’un très grand malade.

Vous ne comprenez pas que le mariage gay adopté dans toute l’Europe soit l’objet de manifestations qui peuvent dégénérer. Vous ne comprenez pas que des alternatifs venus de toute l’Europe empêchent le Premier Ministre de construire un aéroport dans son propre fief électoral. Vous vous étonnez qu’on puisse encore truquer des élections permettant de choisir les leaders des principales formations de gouvernement, leaders qui prétendent nous sortir de la crise quand ils ne savent pas organiser des élections régulières et transparentes.

Les Français ce sont les autres, pas vous, bien entendu. Les Français victimes, ce sont encore les autres mais pas vous. Les Français sous tranquillisants, ce sont toujours et encore les autres mais pas vous. Oui quelque chose ne tourne pas rond chez nous. Nous nous détestons mais ces temps-ci, confusément, nous sentons au fond de notre petit coeur bleu blanc rouge que nous nous haïssons d'un peu trop près.

Le seul antidote à ce mal profond qui nous ronge et qui vous ronge par capillarité – car on a beau ne pas être ce Français-là, on l’est toujours un peu – c’est la lecture du supplément de courrier international lequel vient donner un éclairage drôle et distancier sur ce que nous pourrions penser de nous-même si nous n’étions pas si susceptibles. Si nous avions davantage de recul.

Du mot Mademoiselle au nom de BHL, du Français insupportable au travail aux 35 heures, de la haine des riches à la natalité galopante, de la bise si familière au bistrot espace de conférence, du voile religieux à la laïcité, le supplément de courrier international est sans doute un outil de thérapie collective dont la prescription est plus qu’urgente si, par ambition, par hasard ou par instinct de survie, il nous prenait l’envie, à nous autres Français, d'essayer de nous comprendre.

Comprenons-nous bien. Je ne dis pas que nous n’allons pas mal. Au contraire, je pense que nous allons beaucoup plus mal que nous le croyons mais pour des raisons qui nous échappent et qui n’ont strictement rien à voir avec les débats politiques qui nous divisent et nous déchirent. Nous sommes malades de notre passion pour la rationalité, nous mourrons de notre rationalisation de l’égalité et nous perdons la raison à constater qu’agir en toute logique est bien plus douloureux que de faire de la politique en toute idéologie.

Rien que cette dernière ligne mérite une psychothérapie, voilà pourquoi je m'empresse de vous conseiller le supplément Novembre-Decembre de Courrier International. Les Français sont-ils normaux, 33 raisons d'en douter.