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C’est un détail intime montré à tous. Ca ne se fait plus. Encore moins chez les politiques. Dans Claude et Georges Pompidou, l’amour au cœur du Pouvoir, documentaire formidable dont vous saurez tout ici ou le Président fume et la First Lady aussi. Il fume comme on ne verra plus fumer un Président. Après lui Chirac arrêtera, dans les année 90. Mais avant que la santé ne gouverne, Pompidou fume.

Il fume curieusement, il fume comme un paysan, où comme on se fait l’idée qu’un paysan fume son clope. Pompidou fume verticalement, la cigarette coincée sous la lèvre supérieur, pendante, si pendante qu'on se demande comment il fait pour ne pas semer de la cendre partout. Et il cause pendant qu’il fume. Plus exactement, il laisse pendre le clope fumant tout en parlant.

Dans ce documentaire, on le voit offrir galamment du feu à son épouse, le soir, après la journée de travail, un verre de whisky à la main. Tout ça a lieu devant les caméras pour faire des images de propagande, celles d’un couple à l’aise, décontracté dans sa maison-Elysée. Mais ce dont personne ne se doute à l’époque c'est que ces images de tabagie banale sont des particularismes à retardement, des trouvailles archéologique d'un monde ancien et disparu. Et c’est vrai qu’en 1970 la cigarette est transparente, elle n’existe pas, ne crève absolument pas l'écran et pourtant elle est là, étroitement associée à l'image des politiques.

C’est un appendice qui n’a pas de signification particulière, comme un détail à retardement sur lequel personne ne s’arrête. Elle est là sans être là, qui s’en soucie ? Alors le président fume, sauf dans les moments très officiels, mais le reste du temps, il clope, il clope, il clope. Et le mégot rustre pendouille sans qu’aucun conseiller en communication, aucune attachée de presse et aucune épouse ne vienne murmurer à l’oreille de Georges : « Monsieur le Président, faudrait peut-être éviter ». Cette précaution n’arrivera que bien plus tard.

Que peut-on en retenir pour comprendre les temps qui nous gouvernent et leurs idées bien arrêtées sur la vie publique, la santé, la gouvernance et les belles images ?

Qu’il fut un temps où la cigarette ne se cachait pas, un temps ou sa raide blancheur barrait le visage du Président sans qu’on la remarque pour autant. Une anomalie, une bizarrerie qui allait devenir anachronique.

Anachronique comme cette confession de Pompidou, au début du documentaire, confession selon laquelle l'Elysée isole et qu'il en souffre. Entendra-t-on jamais plus qu'un président souffre d'isolement ? Plus jamais, ce serait indécent.

Anachronique également ce président qui confie qu'il aime l'art contemporain et discute avec Madame du meilleur endroit pour afficher un tableau. Trop bourgeois, trop riche. Ca non plus ça ne se dit plus.

Anachronique encore, les images consenties d'une First Lady et d'un époux en maillots de bain.

Anachroniques toujours, ce moment où Pompidou célèbre Chanel et la tenue de son épouse. Anachronique enfin, ces voeux laborieux au pays que Georges Pompidou annone en maugréant, soulagé d'en finir au bout de l'énième prise...

Voilà, il y a dans ce documentaire une série de mégots extraordinaires qui traînent et pendouillent, qui disent en douce que plus jamais on ne verra de telles choses. Un président qui fume, un président qui se plaint d'isolement, un président qui ose collectionner des tableaux de façon élitiste et "riche" disons le mot, un président qui cite une marque au débotté, un président qui boit du whisky avec Madame. Que s'est-il passé pour qu'on perde tout cela en 40 ans ? La crise, l'indécence de l'argent, et surtout, surtout le règne absolu de la communication et de ce qui doit être fait ou pas, sondages à l'appui, sondages en amont, en aval.

Merci donc à Pierre Hurel le réalisateur, merci à l'Ina, merci à France 3 d'avoir exhumé ce pouvoir-là tel qu'il se montrait hier au croisement du vieux et du nouveau monde.

Sans oublier merci à Pompidou juste pour ça...