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Ce matin je suis tombé sur un mot en voie de disparition. Sidéré de le voir sur un journal imprimé. C’est un mot hors sujet, un mot hors du monde, un mot qu’on n'écrit et qu’on n’utilise plus vraiment. Le mot s’est glissé dans 4 petites lignes du Figaro du jour qui annonce une exposition à Paris Galerie Photo 12. Simon Annand, photographe, y expose ses tirages consacrés à ce sentiment que ressentent les comédiens avant de monter sur scène ou de s’avancer sur un plateau. Cet état caractérisé par des battements de cœur, des nausées, des bouffées de panique et une tendance à la superstition, cet état d'âme sorti depuis belle lurette de nos écrans radars.

La peur qu’on ressent avant de s’exprimer devant le public, devant un jury, devant un recruteur, devant une commission, cette peur-là n’intéresse plus personne à part une galerie photo du Marais. Vous l’avez sans doute reconnu, vous l’avez peut-être éprouvée, ce sentiment, c’est le trac. Dans une époque sans pudeur, dans une époque où même les consultants font du stand up, dans une Secret Story généralisée, j’avais oublié l’existence du trac.

Le trac est un sentiment qui n’intéresse plus personne ou presque.

Je le comprends du reste.

Le trac est une zone grise, fragile, incertaine, une zone où se joue l’humain, le trac n’est pas rentable, pour personne. Le trac doit effrayer les fabricants de certitude. Le trac est l’antichambre de l’échec, du désaveu et bien sûr des mauvais chiffres. Le trac c’est l’anti-performance, c’est l’anti-propagande, c’est le contraire de l’époque. Vous imaginez une agence de communication conseiller à son annonceur une stratégie de buzz fondée sur le trac… ? Vous imaginez un spin doctor proposant à son grand homme de confier son trac à ses électeurs ?

Le trac n’est même pas la peur, il est insaisissable, il annonce le pire comme le meilleur. Il est tellement humain, tellement intime, tellement délicat. Le trac se cache en coulisse. Les temps modernes adorent les coulisses et le décryptage  des cuisines mais ignorent paradoxalement, superbement et curieusement  le trac. Cette ignorance cache quelque chose d'absolument monstrueux, mais je n'arrive pas encore à dire quoi. Une société qui montre tout sauf le trac, comment nommer une société comme ça ? Je n'ose pas le dire, car j'ai peur de ne pas trouver le mot juste, j'hésite et redoute votre jugement. Je dois avoir un peu le trac, même caché derrière ce blog. Ce blog est un rideau, à sa façon.

Alors, ne boudons pas notre plaisir. Allons voir cette exposition qui ose montrer ce qu’on n’expose plus nulle part.

Le trac.