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Si vous avez assisté à quelques présentations de Start-Up récemment ou si dans un salon hightech un commercial vous a pitché l’activité de sa société de services, si vous vous êtes rendu dans un colloque Geeks avec mur de Tweets et show minuté façon Steve Jobbs, il est absolument impossible que vous ayez échappé à l’expression Ecosystème.

Ecosystème, nom masculin qui peut par exemple s’employer ainsi « Nous évoluons dans un écosystème auquel nous nous adaptons en permanence et qui nourrit nos projets en permanence » ou encore « Le dialogue avec votre écosystème business est notre spécialité ». Jusqu’à présent, pour vous, l’écosystème c’était les cours de Sciences Naturelles en 6e et les documentaires du Centre Nationale de Documentation Pédagogique avec la mare, le pré et les grenouilles.

Les temps changent, les grenouilles aussi et l’écosystème a quitté les zones rurales pour s’inviter dans l’univers de l’innovation au point que des chercheurs en gestion tentaient récemment et pas si facilement d’en définir le sens : « Le manque de consensus concernant la définition des écosystèmes d’affaires peut diminuer la portée de ce concept. Toutefois, ce manque peut être envisagé comme le témoin de sa ré-appropriation par ses utilisateurs. En effet, le concept « écosystème d’affaires » peut reposer sur plusieurs représentations en fonction des choix des chercheurs. Encore faut-il pouvoir repérer les sens contenus*. » Mazette !

Avant de transpirer plus avant, il faut noter que l’expression a quelques variantes synonymes toutes aussi has been les unes que les autres : le très laid secteur, le encore plutôt moche environnement sectoriel, le ringard univers concurrentiel et enfin, le très misérable et plus approximatif bassin d’emplois. Les puristes qui ont délaissé les terminologies inélégantes et qui se pressent désormais dans les conférences TED leur préfèrent écosystème. La question est pourquoi ? La mode, bien sûr. On ne dira jamais assez combien le management chérit et produit son propre jargon jusqu’à en dégoûter ses propres utilisateurs qui se réveillent un jour en se disant que décidément, il va falloir trouver un nouveau synonyme.

Le mot écosystème fait partie de ces expressions mi bio-mi techno qui « font sens », l’expression « faire sens » étant elle-même susceptible d’être un sujet de chronique ici-même. Si l’écosystème fait donc sens, c’est qu’il a une connotation green qui intègre aussi dans la notion de « secteur » celle de réseaux et de communautés. Les deux mots de réseaux et de communautés étant eux-mêmes très à la mode on n’est pas plus avancé.

Vous retiendrez donc que lorsqu’on vous parle d’écosystème en rapprochant les racines eco latine et anglais system, vous devrez vite prendre un air entendu et comprendre ensuite… 1/ que vous avez affaire à quelqu’un qui croit en l’écologie du business sans pour autant produire du compost ; 2/ que sa start-up ne fait pas que vendre et acheter des biens et services mais qu’elle est riche des centaines de copains qu’elle a sur Facebook et dans sa pépinière d’entreprise (qu’il faut appeler incubateur pour ne pas passer pour un fonctionnaire territorial en hibernation) ; 3/ qu’utiliser le terme écosystème permet d’afficher un optimisme économique de bon aloi dans des temps pollués par la sinistrose.

L’écosystème est donc ce qu’il veut dire mais il est aussi une tentative pour ré-enchanter ces diaporamas qui vous décrivent le contexte pourri dans lequel fonctionne une boite qui essaie de s’en sortir. Autrement dit, les plus psychologues mais également ceux qui voient tout en noir, débusqueront derrière l’écosystème un mot valise qui peut, lorsque les temps sont durs, faire office de périphrase pour ne pas parler du « merdier » dont on essaie de se sortir.

Texte paru dans GQ Décembre