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Sophia Chikirou et Arnauld Champremier-Trigano (cliché ci-contre où Sophia apprend à Arnauld à reconnaitre un prospect) ont été les artisans de la communication de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle de 2012. Ils reviennent aujourd’hui au métier avec leur agence Mediascop (dont chacun appréciera le logo menaçant) et une web-série qui raconte leurs débuts dans l’univers terrible de la communication. Comment ont-ils vécu leur séparation avec Mélenchon, qu’est-ce qu’une agence de gauche, peut-on travailler avec n’importe qui ? Leurs réponses et le lien vers la bande-annonce. Entretien dans un climat tendu.

Mélenchon a perdu l’élection présidentielle. C’est un échec pour lui et pour ses communicants. Il vous a virés, c’est mérité.

Arnauld : Non, vous dites n’importe quoi comme souvent. Il a fait un très bon score puisqu'il était crédité de 2% quand on a commencé la campagne. Il a donc multiplié par 6 son résultat. Avec un résultat pareil aucune agence ne se fait virer.

Je le répète, vous n’avez pas réussi !

Sophia : Vous êtes lourdingue ou quoi ?! Notre mission était de réaliser la campagne présidentielle. Nous étions heureux et fiers de faire cette campagne et le candidat a été satisfait de notre travail. Nous continuons à nous voir et nous avons parmi nos clients des partis membres du Front de gauche. Il n'y a pas de divorce.

Mouais... J’ai l’impression que Sophia choisit ses mots avec prudence. Vous ne prenez pas les mêmes précautions dans la web série que vous lancez aujourd’hui. On y voit toute l'équipe de l'agence en train de réfléchir à une campagne pour DSK intitulée IN BED WITH DSK. Vous aimeriez l'avoir pour client ?

Arnauld : Tout l'enjeu est là pour une agence de communication qui s'est engagée. Est-ce qu'après une campagne présidentielle telle que nous l'avons faite, notre agence est prête à travailler pour n'importe quel client ? C'est la question que pose la série, c'est aussi, un peu, notre psychanalyse de groupe.

Vous êtes donc les MadMen en période de récession. Les femmes sont-elles correctement traitées dans votre agence à laquelle se pose la question de l’exploitation de tous les salariés non ?

Arnauld : Ne commencez pas à faire de l’antimarxisme bas de plafond. Avec leur passé de militantes féministes, les femmes de l'Agence sont loin des secrétaires de MadMen ! J’ai pas non plus la descente de Don Draper, bref la com' actuelle n'est plus celle des années 60. Quand on fait de la com' éthique, ce sont ces contradictions qu'il faut gérer au quotidien mais nous, on a pas ce problème, les clients qui se tournent vers nous savent qui nous sommes et ce que nous pouvons leur apporter.

Dans l'épisode 3 de la série Cauet fait une apparition, par ailleurs, la voix off de vos épisodes est celle de Serge Moati, c'est le grand écart permanent, non ?

Sophia : Et vous vous êtes prévisible. Serge nous a prêté sa voix pour renforcer la dimension documentaire. C'était une bonne idée et un joli cadeau. Pour Cauet, l'idée est venu de CAPA au moment où on cherchait une personnalité qui pourrait jouer un client de l'Agence. Il s'est gentiment prêté au jeu et, franchement, c'est un beau rôle.

La série financée par Capa et le CNC peut-elle devenir une source de recettes pour votre agence qui deviendrait une boite de prod et vous son fondateur l'étoile (rouge) montante du cinéma français...

Arnauld : N’importe quoi. Notre agence, Mediascop, est aussi une boîte de prod. Nous avons déjà réalisé une web-série, « En Marche », pendant la campagne ainsi que les clips officiels pour la télévision, d'autres productions sont en cours. Pour ma carrière de comédien… j'attends un retour de Spielberg mais je ne peux pas en dire plus.

Quel regard Mélenchon porte-t-il sur votre trajectoire à tous ? S'intéresse-t-il à ceux qui l'ont accompagné en 2012 ?

Arnauld : Il n'a pas vu une image de la série pour l'instant mais je pense que ça ne l'étonnera pas de nous.

Pour qui travaillez-vous aujourd'hui ? Que reste-t-il de vos convictions dans les recommandations que vous formulez pour vos clients ?

Sophia : Mediascop travaille actuellement pour des organismes publics ou para-publics comme la Fédération Française d'Athlétisme ou des personnalités comme Jean-Marc Mormeck. On aime les puncheurs !

Le capitalisme tue. Etes-vous l'objet de critiques sur votre gauche ? La dernière fois que j'ai interviewé un garçon de votre génération qui affirmait ses valeurs de gauche, il a été traité de social-libéral et moi je n’arrive pas à me dépêtrer de mon positionnement de teckel du libéralisme.

Arnauld : Quand on fait de la communication et qu'on est de gauche, on est habitué aux critiques. Ceux qui nous trouvaient cons seront servis avec cette web-série, les autres, j'espère, apprécieront.

Est-on finalement assez de gauche, l'est-on toujours insuffisamment ?

Sophia : Il y a toujours plus à gauche que soi, en ce qui nous concerne, il y a surtout plus à droite

Le Siècle vient vous voir pour améliorer son image sur internet, vous proposez quoi ?

Arnauld : Les nombreux communicants qui participent au Siècle sont aussi ringards que l'idée de faire des dîners cachés. Je foutrais tout ça en streaming !

Finalement, Mélenchon désigné homme politique de l’année par GQ, un Magazine social libéral, c’est une bonne chose ou une cata ?

Arnauld : Il a été élu homme politique de l'année par les internautes via le site de GQ. Pour un homme qui a tant été caricaturé, c'est un joli retournement de situation. Il a bien eu raison d'y aller, et ceux qui le prenaient pour un rustre incapable de vivre en société ont découvert un homme plein d'esprit et d’auto-dérision.

Lancement de la série sur la chaîne Youtube Rendez-vous à Paris le 21 janvier prochain