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De Gaulle est mort, il y a 42 ans hier. Je remets en ligne son discours sur la radio, prononcé à l'occasion de l'inauguration de la maison de Radio France. De Gaulle aimait la radio et il savait en parler. Il la contrôlait aussi. Toutefois, je ne me lasse pas de publier ce texte sur ce blog régulièrement. Dans ce discours inaugural, l'audience et le public deviennent "l'innombrable multitude". L'audimat devient poésie. 

      A tant d’idées, d’images, de sons, lancés sur les ondes merveilleuses, à ces rafales de suggestions déclenchées vers la foule secrète des esprits, à un tel mode d’expression du monde offert par la diffusion instantanée des nouvelles et des œuvres, bref à la Radio, fallait-il une maison ? Oui !

Car, pour étendues que soient ses limites, dispersées ses sources, variées ses émissions, la Radio est une action humaine, autrement dit collective. Sans doute, se nourrit-elle de la capacité des individus. Mais elle exige, pour être valable, l’effort conjugué des équipes. Or, le monument complexe et imposant, mais unitaire et circulaire, qui l’abritera désormais est le signe de l’organisation, de la concentration et de la cohésion, dont dépendent aussi son audience et son influence.

Quelles responsabilités incombent à ce vaste ensemble !

Après la parole, le dessin, la scène, l’écriture, l’imprimerie, la photo, voici, qu’à son tour, la Radio s’est saisie du contact direct avec les intelligences, les sensibilités, les volontés. Par tout ce qu’elle projette de vivant et d’émouvant, par la façon qui est la sienne, péremptoire et immédiate, elle est le moyen d’information adapté par excellence à notre époque mécanisée, agglomérée et précipitée.

Mais, comme ce qui est utile aux âmes ne l’est qu’en vertu d’une grande cause et comme nous avons choisi la nôtre, il faut que la Radio soit française, tout en captant sans parti pris et en répandant sans exclusive les courants de l’événement, de l’art, de la science, de la politique, concoure à la liberté, à la dignité, à la solidarité des hommes.

Cette responsabilité humaine est en même temps nationale.

La Radiodiffusion Télévision Française, par le fait qu’elle jaillit de notre esprit, qu’elle s’exprime en notre langue, qu’elle tient à notre technique, qu’elle évoque les gens et les choses de chez nous, assume un rôle unique de représentation. L’idée que nous nous faisons de la France et l’idée que s’en font les autres dépendent maintenant, dans une large mesure, de ce qui est, à partir d’ici, donné à voir, à entendre, à comprendre, et qui frappe, au même instant, une innombrable multitude.

Dans cette vie de société qu’instituent entre les citoyens, ainsi qu’entre les pays, tant de communications, il s’agit que la France apparaisse telle qu’elle est, je veux dire aux prises avec ses peines et ses problèmes, mais vivant pleinement son siècle, en grand essor de progrès, bienveillante à l’égard de tous les peuples de la terre. Car, si la réalité d’un fait ou d’un moment particulier peut parfois prendre les traits du doute, de l’amertume et de la division, la vérité totale et profonde de la France, c’est la foi, l’espoir et la fraternité.

Telle doit être l’inspiration de notre Radio Française.

Ch. de Gaulle, 14 décembre 1963.