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L’Observatoire pour l’égalité a lancé la semaine dernière une campagne choc pour sensibiliser l’opinion aux progrès qui restent à faire en matière d’égalité homme-femme. Bien entendu la campagne est excellente, encensée, décalée, super et va challenger les candidats à l’élection présidentielle... Et après ? Jamais on a autant parlé d’égalité, autant causé parité, tenu colloque, manifesté même, et jamais on a autant pédalé dans la choucroute. Y’a qu’à ! En décembre, la commission sur l’image des femmes dans les médias rendait un rapport qui pointait « Le décalage entre les représentations stéréotypées des femmes et la réalité de leurs rôles dans la société ». Le rapport dit chaque année la même chose. Chaque semaine, une initiative pleine de bonne volonté interpelle l’opinion. Faut’qu’on ! Dans les médias, surgissent alors les débats pleins de bonne volonté, l’occasion de convier un peu plus de femmes que d’habitude. On tape du point sur la table, on donne des chiffres, on se lamente sur les écarts de salaire, on félicite les associations et zou, rendez-vous le 8 mars. Et puis ? Rien ou presque. En réalité, le seul espace où la parité se fait, c’est paradoxalement Internet, lieu de tous les vices, de toutes les insultes, de toutes les dérives modernes. Internet ! Où le cul, la violence et le piratage règnent en maîtres, c’est bizarrement là que ça se passe.

A vrai dire, le seul espace qui ait fait nettement et clairement progresser l’égalité entre hommes et femmes, le seul média qui laisse toute leur place et un temps de parole et d’expression infini aux femmes, c’est la toile. Sur le net, il n’y a pas de numerus clausus pour les femmes, sur le net la parole n’est pas le monopole du vieux blanc de plus de 50 ans. Sur le net, la génération Y et les digital natives font voler en éclats les codes habituels de la conversation, de la compétition, du débat et de la drague entre sexes. Sur le net le partage du « micro » va de soi. Le net ignore les règles habituelles de la ségrégation sexiste et de ses quotas implicites car… une connexion égale un clavier qui égale une voix qui égale une femme qui égale un homme. Les études récentes sur les usages selon les sexes viennent le confirmer. Selon la dernière enquête Médiamétrie, les femmes utilisent le net autant que les hommes, mais sont plus nombreuses sur les réseaux sociaux. Certains comportements diffèrent en terme d’activité : si les femmes comparent moins les prix que les hommes, elles achètent davantage. Si elles téléchargent moins et twittent un peu moins que les hommes, elles utilisent davantage les messageries instantanées.

Le web est bien plus égalitaire que tous les anciens médias et mixe indifféremment les contenus, qu’ils soient conçus par des hommes ou des femmes. Paritaire, le net l’est aussi dans les sujets de conversation lesquels ne sont pas systématiquement indexés sur l’agenda viril des grands médias. Enfin, le net est le refuge des minoritaires, le terrain d’expression favori de ceux qui s’estiment victimes des inégalités. C’est le web, ses réseaux sociaux et ses blogs qui depuis 15 ans donnent et libèrent la parole des femmes sur la toile, ce sont les technologies qui réduisent la sexuation des relations et c’est encore via ce médias que la jeune génération communique mélangeant les codes de la vie réelle avec ceux du débat numérique. Sur le net, il n’y a pas de pouvoir patriarcal, les femmes jouent avec leurs identités et les pseudos mélangent les genres et abolissent les codes sociaux et esthétiques. La génération pseudo, n’est pas une pseudo génération (déjà dit). Même si Internet est également sexiste, violent, porno, raciste, il est un espace où les « femmes digitales » ont pris le pouvoir qu’elles n’ont nulle part ailleurs dans la société. La toile c’est une sorte de Far West de la parité, c’est là que se prennent aujourd’hui les citadelles du conservatisme, c’est là que se réinvente le féminisme, c’est là, au pays des souris, des femmes et des hommes, que les lignes bougent. Le vieux monde court derrière avec ses marronniers, ses Y’a qu’à et ses faut qu’on.