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Le milieu Geek, accueillant comme une Franc-Maçonnerie

Nicolas Beaujouan qui vient de publier Geek aux éditions Robert Laffont aime le danger. Expliquer aux Geeks ce qu'est leur génération, ce que sont leurs références, bref ce qu'incarne la Geek Culture lui fait courir le risque d'un Tweet Bashing. Car le Geek est susceptible comme un gardien tu temple. Les grincheux qui auraient à redire sur les références et l'exhaustivité du travail de titan de Nicolas, n'auront qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes car contre toute attente, la littérature définissant le Geek est bien mince. C'est donc avec un profond soulagement, un respect évident et sans doute une immense reconnaissance que nos communautés accueilleront la parution d'un ouvrage qui est à notre mouvement ce que My Génération de Who fut à nos parents. J'exagère à peine.

Pourquoi se revendique-t-on Geek aujourd'hui ? Pourquoi se faire mousser avec cette identité ?

Pour me faire mousser justement, je suis comme mes congénères, resté trop longtemps dans l'ombre, et l'utilisation à outrance du terme jusqu'à en faire un fourre-tout technophile aura achevé de m'offrir un but, celui de convertir le noob, et de chasser l'hérétique… De plus, j'ai profité sournoisement de l'absence d'autres ouvrages de références sur le sujet, et compte bien en tirer un bénéfice substantiel, me permettant par la même de m'installer sur la French Riviera pour couler des jours heureux tout en pratiquant un golf approximatif.

Les geeks sont souvent laids : mythe ou réalité ?

Force est de constater que nos anciens n'étaient guère pourvus d'attributs seyants au regard du sexe opposé. Les appareils dentaires, le duvet disgracieux ou le teint pâle sont souvent devenus des signes distinctifs du Geek lui permettant d’affirmer sa différence, mais aujourd'hui les plus jeunes semblent échapper à ce funeste sort, et même nos vétérans les plus repoussants ne sont plus différentiables du hipster londonien ou new-yorkais.

Peut-on être Geek et de droite ?

J'aurais tendance à croire que le milieu geek accueille en sont sein tout à chacun mais qu'à la manière des loges maçonniques, la politique du quotidien s'efface dans nos rencontres au profit d'une analyse via les mondes de l'imaginaire. En Geekrie, l'uchronie, la dystopie ou l'anticipation permettent d'éclairer les choix faits dans le monde réel. J'ai aussi tendance à croire que ce sont plus précisément deux courants socio/économiques qui équilibrent la culture geek, d'un coté les enfants illégitimes de Bernays/Friedman/Lucas et de l'autre ceux de Baudrillard/Bourdieu/Moore, deux écoles de "pensée" qui semblent finalement représenter les "vrais" courants politiques geeks.

Un daltonien peut avoir de sérieux problèmes de de lecture en lisant votre ouvrage pourquoi ce choix chromatique serré entre vert et rouge ?

Vraiment ? Etant légèrement daltonien aussi j'ai laissé les équipes de Robert Laffont juger de la pertinence de mes choix, et à vrai dire ce vert pomme et ce marron prussien semblait convenir à tout le monde. Je suis à présent dans le doute de mon choix dont la radicalité graphique me semblait évidente…

La montée du chômage est-elle une opportunité pour le geek de glander pire qu’avant ?

Je sens bien un légère pointe de condescendance dans cette question, et si par "glander" vous souhaitez sous-entendre se cultiver sans entrave, je me permets de douter… (en partant bien sur du postulat que le jeu, vidéo de plateau ou de rôle, que la littérature, la bande dessiné, le cinéma et les séries sont des arts à part entière). Malheureusement (ou heureusement selon l'appartenance aux deux écoles de pensée évoquées dans la question précédente), une grande partie des éléments qui composent notre culture ne sont pas disponibles en streaming ou torrent, par conséquent, l'absence d'un revenu régulier, même à minima, empêche un grand nombre d'entre nous de satisfaire pleinement la collectionnite qui remplit nos appartements et nos maisons. La montée du chômage n'est donc jamais une opportunité heureuse, même pour le geek… Par contre une retraite régulière pour "glander" sur un mmo (Massively Mutltiplayer Online) ou finir les 5 tomes en anglais de "A song of ice and fire" sont salutaires.

NKM est-elle encore Geek ?

Seul un entretient me permettrait de réponde à cette question, mais je ne lui connaissais pas cette qualité.

Peut-on vieillir geek ?

Par chance, j'ai dans ma famille un oncle quasi sexagénaire, dont la bibliothèque trônait dans la chambre ou je dormais chez mes grands parents enfant et dans laquelle j'ai pu découvrir Herbert et Wull. Aujourd'hui dans nos diners nous évoquons quasi systématiquement Lovecraft, Kubrick ainsi que ses dernières trouvailles en cinéma d'horreur, donc la réponse me parait clairement positive. Aux Etats-Unis, Georges Takei, le Hikaru Sulu de Star Trek, 75 aujourd'hui, est l'un de nos plus admirables représentants, John Carpenter à 65 ans, Romero 73 ans, Stan Lee 90 ! La liste est longue…

Le milieu Geek, accueillant comme une Franc-Maçonnerie

Le Geek n'est il pas finalement un quadra attardé dans Star Wars, Strange et Burger King ? Autrement dit le père d'un Y....

Je ne sais de quelles façons je dois prendre cette question ! Je ne suis pas quadra et ne reconnais pas la classification générationnelle de Strauss et Howe. Même si effectivement Star Wars tient une place prépondérante dans ma vie, que j'ai lu Strange, Nova et Spidey, que j'ai mangé chez Burger King, en Espagne uniquement, pour collectionner les jouets Star Trek à la sortie du 11ème film.

Quand datez vous la disparition du phénomène dans le futur ?

Je ne crois pas à la disparition du phénomène, mais à sa mise en sommeil médiatique, ainsi qu'à l'abandon du terme si il continue plus longtemps à être utilisé sans fondement. Nous avons toujours été là, et nous le serons toujours, comme dirait Abdul al-Hazred "Ph'nglui mglw'nafh geek wgah'nagl fhtagn."

Qu'attendez vous de ce livre en termes d'avantages personnels, de renommée et éventuellement d'opportunités sexuelles ?

La richesse pour satisfaire mes besoins de livres, blurays, comics, mangas, jeux et goodies, et si il pouvait me permettre de rencontrer Simon Pegg, Ron Gilbert, de passer le test du Kobayashi IRL, de faire un câlin à Bill Waterson et d'être invité à une partie de l'appel de Cthulhu par un grand MdJ mon monde serait parfait ! Pour ce qui est des opportunités sexuelles, je sens bien dans le regard de ma femme depuis ma signature chez Robert Laffont une flamme nouvelle, qui devrait me permettre de l'habiller en StarBuck avec son accord sous peu.