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Le jour où j'ai rencontré le diable

La semaine dernière, dans le train j’ai rencontré le diable. Voiture 18. Il voyageait en carré famille avec ses parents et sa sœur cadette. Triple appareil dentaire, lunettes double foyer, il tyrannisait tout un wagon. C’est le problème du diable, il peut avoir des parents sympas-Télérama, Décathlon-Cool, centre-gauche mais il est le diable. Il communique avec l’au-delà en langage codé via sa DS.

Il a les traits poupons d’un empereur romain incendiaire et décadent, une chevelure de feu et le regard bleu dur d’un gardien de camps de concentration, celui-là même où il a enfermé le reste de sa famille. Dans ce Paris-Bordeaux, il tourmente 60 voyageurs adultes et un contrôleur impuissant, pourtant adhérent de la CGT. Peut-on demander à un antéchrist de 6 ans d’arrêter de courir, de crier, de pleurer, de faire tomber les bagages, de renverser sa cannette de sang (Orangina Sanguine) sur mes genoux, d’essuyer des crottes de nez sur les fauteuils ? Non. Les parents du diable sont léthargiques, car les parents du Diable sont possédés par celui qu’ils pensent être un surdoué alors qu’on a seulement affaire à un débile hyperactif.

Alors, n’en pouvant plus, faisant fi de la réglementation européenne anti-fessée et de l’abondante littérature éducative post-soixante-huitarde (la pire) je me rêve exorciste. J’approche du carré famille occupé par les deux adultes sous influence et la petite soeur. Je sors un crucifix et m’apprête à protester. Je zieute du coin de l’oeil le démon qui rampe au plafond. Car il rampe sur le porte-bagage comme une araignée en salopette Du Pareil Au Même ! De là-haut, il balance des morceaux de sandwich Club. Attiré par ma présence, il redescend la bave aux lèvres, piétine son père, manque de dégrafer le corsage de sa mère et donne un coup de boule à sa sœur. Intrigué, la créature me défie. Mon Dieu qu’il est laid avec ses tatouages Malabar sur les joues.

Le mal existe bel et bien et me fait hésiter, moi si déterminé. Soudain, je lui cherche des excuses, la faute aux parents, à la société, aux jeux vidéo. Je remballe en rêve mon crucifix, retourne comme un automate à ma place (66, couloir de la mort) sans avoir bronché. Je suis sans force face au monstre. Dieu merci, le Calvaire s’achève bientôt, je descends à Bordeaux. Ses parents, eux, sont en route vers l’enfer.