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Avant hier je me suis demandé si la France était devenue un pays détestable. Une partie de moi le pense, l’autre la raisonne. Car évidemment, je n’ai pas l’intention de fuir, en tout cas pas physiquement. Mais j’ai apparemment réveillé quelque chose qui va bien au-delà de la querelle de l’impôt, querelle dont je n’ai pas les moyens si je puis dire... Quelqu’un me dit souvent « le bonheur n’est pas imposable et pour partir, il faut un projet de vie ». J’en suis certain, voilà pourquoi j’ai posé le postulat que la France est un pays qui ne s’aime plus, qui se déteste, où les clivages sont de plus en plus profonds, où il devient compliqué de fonder un projet de vie collectif ou individuel. Mais la France n’est pas un pays que je déteste, c’est un pays qui devient détestable. J’ai employé ce terme à dessein. En retournant le ressentiment qu’expriment souvent les Français les uns envers les autres dans le débat public, en retournant ce sentiment vers le pays lui-même, je crois que j’ai visé juste tant les réactions ont été nombreuses et passionnées. J'ai cru un temps avoir posté un texte faisant l'apologie du terrorisme, de la pédophilie ou du sexisme, je l'ai relu mais non.

Je me devais, je vous devais d’en faire une synthèse ici-même. Ces réactions, il y en a eu de toutes sortes, un peu comme dans une fête de famille qui tourne mal, quand un témoin se lève et dit des choses diversement interprétées et comprises. Alors je vous livre en vrac ces réactions considérant depuis longtemps que chaque billet de blog est une fête de famille qui peut tourner à la zizanie. Il y a donc eu...

-       des réactions de sidération, positives ou négatives ;

-       des contre-argumentaires construits, politiques et parfois touchants, toujours légitimes dès lors qu’ils n'était pas méprisants  ou qu’ils s’inscrivait dans une veine que je respecte pour sa constance et sa ligne orthodoxe ;

-       des contributions pleines de bons paysan "David, l'herbe est toujours plus verte dans le pré d'à côté" ;

-       des réactions de soulagement et notamment de la part de gens qui sont partis, veulent partir ou sont revenus et des réactions critiques d'autres, eux aussi partis et revenus ou pas encore ;

-       des réactions de colère à droite de la droite me plaçant logiquement du côté de l’anti-France et me recommandant un aller simple pour Tel Aviv ;

-       des manifestations de colère venues de gauche reprenant sans s’en apercevoir l’argument méprisable « La France tu l’aimes ou tu la quittes »

-        la volte-face incroyable des usagers habituels de la plainte victimaire m'expliquant cette fois que la France était un pays merveilleux (dont acte et tant mieux !) ;

-       des messages de mépris académique, « qui c’est ce type d’où il sort, sur quoi fonde-t-il sa thèse», quel parti, quel école, quel centre de recherche, mais ce con écrit dans Marie-Claire, je rêve ! Mais l'inverse également, de la part d'universitaires de droite comme de gauche !

-       des messages témoignant de l’expérience personnelle d’une vie heureuse ou malheureuse en France où le « je » l’emporte souvent sur le « nous » ;

-       des prescriptions paramédicales me venant parfois d'amis proches me conseillant de partir me reposer et qui m’ont fait songer, quand je n'en souriais pas, à certaines méthodes en vogue autrefois dans les régimes Godwiniens ;

-       des messages chuchotés « je suis d’accord avec toi, mais ne le dit à personne, j’aurais des ennuis au boulot » ;

-       des messages enfin de détestation, méprisants, de ces messages qui m’expliquent le plus sérieusement du monde, sur internet (« patrie » revendiquée du débat de l’échange et du forum) que décidément je n’aurais pas dû m’exprimer.

Ces derniers messages qui renouent avec les passions, les insultes et la haine épidermique qu’un auteur peut toujours susciter à son insu restent pour moi, qui pratique internet depuis la fin des années 90, un mystère.

Un mystère qui donnent au texte qui les a suscités une dimension absurdement prédictive.

Voilà. Toutes ces contributions que vous retrouverez ici même où sur le site de l’Express méritent un salut, des remerciements et pour les plus violentes une indifférence bienveillante. Mais j’allais oublier les silencieux. Les silencieux gardent leur mystère, les silencieux sont une mer calme et profonde. En apparence? Un mail décennal, un commentaire quinquennal, et encore, fidèles, tranquilles, curieux, espions, passeurs, facebookeurs, retweeteurs, on ne sait pas, en fin de compte qui ils sont. Evidemment, ils sont bien plus nombreux que ceux qui ont pris la parole et je ne les oublie pas.

A ceux qui s’expriment comme à ceux qui se taisent, je souhaite une heureuse trêve de Noël avant de les retrouver, l’an prochain, en France.

Évidemment.