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En terminale j’ai eu un professeur de philo qui nous disait "Dans la vie vous avez le choix entre être des philosophes et des pourceaux satisfaits". Si ce professeur de philosophie avait été Marcela Iacub, nul doute aujourd’hui qu’elle nous aurait incité à être des cochons philosophes. En tout cas à plus d'indulgence vis-à-vis de cet animal. Son livre « Belle et bête » sera peut-être retiré de la vente par une décision de justice. Peut-être pas.

Ce qu’on reproche à Marcela Iacub est de s’être introduite dans la vie d’un homme à terre pour l’achever en ouvrant sa vie privée aux quatre vents, voilà qui n’a rien de philosophique, rien de juste mais rien non plus de nouveau. Ce que la romancière a fait, les médias rêvaient de le faire il y a deux ans : entrer dans la chambre de l'homme pour y surprendre le cochon. Ce qu’on reproche également à Marcela Iacub c’est sa cochonnerie, sa cochonphilie, autrement dit avoir coupé l’homme en deux en évoquant un être mi-homme, mi-cochon. Son erreur, sa faute est peut-être là, dans sa volonté de réconcilier l’homme et le cochon en les disséquant d’abord pour mieux les réunir. Ni l’Islam, ni le Judaïsme, ni même le christianisme ne sauraient le tolérer.

Mais, à la décharge de la juriste et de la philosophe, là où la société préfère l’homme, Marcela Iacub préfère, elle, le cochon. C’est là que les routes de la morale, du sens commun et de l’opinion se séparent du chemin introspectif emprunté par l’auteur de Belle et bête.

Car le travail de Marcela Iacub a consisté jusqu’à aujourd’hui, dans Libération et ailleurs, à célébrer la liberté, y compris sexuelle chez l’homme et la femme au risque de choquer les partisans de l’ordre moral comme ceux qui défendent notre corps de la marchandisation, et plus particulièrement le corps des femmes. Marcela Iacub a depuis ce temps des ennemis sur sa droite et sur sa gauche.

Pour elle, le cochon n’est donc en rien un porc au sens vulgaire et péjoratif du terme. Le cochon c’est pour elle la meilleure part de l’homme. Si l’homme était ce cochon-citoyen de la cité libertaire qu’elle appelle de ses vœux, nulle doute que le monde, selon Iacub, se porterait mieux. Mais hélas, pour cette gauchiste, la cochonnerie est aujourd’hui plus libérale que libertaire.

C’est a contrario l’homme libre, l’homme sensuel, l’homme libéré de l’ordre moral et donc le partageux de son corps et de celui des autres qu’elle apprécie chez un homme et qu’elle a flairé chez celui-là. Voilà pourquoi elle a pris sa défense dès le début de l'affaire du Sofitel. Ce qu’elle écrit en conséquence sur le cochon n’est cependant pas très neuf en définitive puisque les esprits les plus savants réfléchissent depuis l’antiquité aux relations qui existent entre humanité et cochonnerie. Il faut relire ces textes car ils relativisent, d'une certaine façon l'offense faite à l'homme médiatique qui aujourd'hui, une nouvelle fois, voit sa vie privée donnée en pâture.

Je suis ainsi tombé sur un long billet publié chez Praxis 451 qui oppose, a priori, philosophie et cochonnaille. Il montre comment les amoureux de la sagesse se défient depuis toujours du porc qui sommeille en l’homme. Un autre document est cette interview de Michel Pastoureau qui revient sur le cochon en tant que représentation collective et face cachée de l’homme. Une sorte de reflet cochon dans le miroir en quelque sorte. Le cinéma non plus ne s’y trompe pas qui établit sans arrêt des parallèles entre le porc et l’homme dans une approche plus ou moins enchantée. Ainsi, la 55e Mostra de Venise accueillait de nombreux films jouant sur la métaphore porcine. C’est analysé ici sur le site des cultures libertaires. Enfin, un dernier papier pose la question scientifique de notre lien avec le porc, animal considéré comme étant le plus proche de nous biologiquement notamment sans sa physiologie digestive.

La relation entre humanité et cochonnerie est donc des plus ambivalentes. Parfois copains comme cochons à l'heure des repas, de la recherche et de l'amour, les hommes et les porcs s’éloignent quand le temps de l’insulte, de l’ordre moral et de l’anathème est venu. Je me demande finalement si en couvrant DSK de la boue dans laquelle aiment à se vautrer les cochons, Marcela Iacub qui pensait bien faire, ne s'est pas trompé de mission : sauver l'homme plutôt que saigner le cochon.