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La véritable histoire du string et des soeurs Suza

Hier soir, je m’enivre pour fêter mon retour de Rome où j’ai laissé le Cardinal Viteloni en crise de foie. Je me perds dans les rues de Bahia où des femmes myopes me prennent pour un jeune prostitué gratuit. Trop gai et frétillant comme un chiot ayant appartenu à George Guetari, j’entame des chants à la gloire de mon maître en politique Getulio Vargas et reçois d’une fenêtre un seau d’excréments mi-cuits qui calme mes ardeurs lyriques. Seul, je m’assieds devant une devanture et commence à me nettoyer avec les lingettes que j’ai toujours sur moi. N’ai-je pas terminé d’ôter une première couche de déjections que le magasin lève son rideau de fer. Coïncidence, je trouve derrière Gracina Valdo-Pereira, une camarade de promotion scout établie depuis 38 ans à Bahia et qui dans me tombe dans les bras en postillonnant l’argot des faubourgs de Lisbonne. « Ma vieille Gracina » lui susurre-je sous le lob tandis qu’elle me renifle, sceptique d’abord, méfiante ensuite.

  • Mais que t’est-il arrivé ?
  • J’ai été pris de boisson et viens d’être souillé par l’autochtone qui vidait ses pots de chambre.
  • Viens donc boire un café Grinjao.
  • Oh oui et tu me raconteras l’histoire de ton petit commerce de slips ?
  • Assieds-toi et laisse moi te vaporiser un peu de fleur d’oranger. Car tu fouettes grave ta race.
  • Ne plaisante pas Gracina, tu sais que je suis issu d'une profession décriée. Alors, les affaires ?
  • Ecoute, on fait ce qu’on peut, le marché n’est plus aussi florissant qu’autrefois. Les femmes ne veulent plus utiliser leurs fesses pour séduire. Elles revendique l’autonomie, certaines achètent même en ligne, au Slip Français, la start-up de chez vous autres. Que veux-tu, c’est le socialisme. On vend moins de strings.
  • L’aventure est terminée ?
  • Non, le slip brésilien vivra toujours mais nous devons nous diversifier et actionner d’autres ficelles. N'oublie pas que chez vous on dit "Il n'a pas inventé le fil à couper le beurre" chez nous on dit "Il n'a pas inventé le string", c'est la même chose. Le string a changé le regard de l'humanité sur les fesses mais ça n'est pas une technologie à grosse valeur ajoutée. Donc, je vends aussi des maillots une pièce et des bikinis classiques désormais. Le pays vieillit, je suis donc aussi revenue au slip kangourou, pour les séniors.
  • A quand un retour aux origines du string, à ces années où c’était réellement la fête du slip brésilien ? Il est bon ton café Gracina.
  • Je l’ignore Grinjao. Tu sais le string a préexisté à la société contemporaine brésilienne. Les indiens le portaient avant l’arrivée des portugais. Une bande de tissus simple, parfois enrichie d’un étui pénien.
  • Pour les hommes ?
La véritable histoire du string et des soeurs Suza
  • Evidemment pour les hommes. Les femmes portent l’étui pénien à l’oreille et c’est généralement un cornet pour mieux entendre. La mode vintage mondiale est partie de chez nous dans les années 70. Nos femmes avaient un réel problème de marque sous le pantalon qui les empêchait d’être totalement à l’aise quand elles portaient le pantalon moulant et puis le phénomène a contaminé les pages où les filles ont porté des morceaux de vêtement minimalistes avec des échancrures à la hanche plus ou moins prononcées. On distingue désormais la tanguita ou string ficelle de la tanga qui recouvre légèrement la fesse.
  • Cette absence relative de tissu a-t-elle un impact sur le prix ?
  • Non car nous ne gagnerions pas d’argent. Des économistes ont vainement étudié le phénomène de tarification du string. Fallait-il évaluer la surface de fesse laissée découverte et calculer en fonction des cm2 de peau nue ou ne tenir compte que de la surface de tissu utilisée multipliée par un coefficient ? Ils ne se sont jamais mis d’accord et le FMI a toujours refusé de se pencher sur la question préférant se concentrer sur des politiques d’ajustements structurels qui nous ont asphyxiés dans les 80’s. Nous n’avons en définitivequ’un seul tarif mais il peut varier s’il y a des perles sur le maillot ou pas.
  • L’apparition du string a en revanche ouvert de nouveaux débouchés aux esthéticiennes ?
  • Pour sûr, reprends du café. J’ai connu deux sœurs à Rio, l’une vendait les strings, l’autre pratiquait l’épilation. Les sœurs Suza, Gladys et Pignella. On les appelait les sœurs ficelles. Tu choisissais ton string chez la première et la seconde te faisait le maillot en conséquence. Elle proposait des maillots à thèmes au titre improbable : Lune, Star, Embrasse-moi, Playboy, Flèche nord, Flèche Sud ou ticket de bus (nous n’avions pas le métro). Parfois l’esthéticienne ne retirait aucun poil, laissait la touffe s’épanouir en buisson et du coup la sœur vendait un slip couvrant. Une rumeur dit chez nous que la Burqa intégriste serait en réalité un string global voir une gaine. Elles ont bien réussi les sœurs Suza. Mon Dieu ce que tu scroundaves.
  • Et côté hygiène ? Ca craint un peu non ?
  • Pour certains médecins, le string n’est pas très hygiénique, surtout si celle ou celui qui le porte n’en change qu’une à deux fois par mois, ça peut provoquer des infections.
La véritable histoire du string et des soeurs Suza
  • Moi je changerais le mien chaque jour vu les risques.
  • Tu en portes encore ?
  • Non, j’ai arrêté vers 1986, en quittant Marseille. La tendance commençait à s’estomper et puis je m’étais blessé une fesse en m’asseyant par erreur sur un rouleau de toile Emeri gros grain chez Castorama, je me souviens encore de la douleur. Que veux-tu, le temps passe.
  • Oui mon pauvre Dôadôa, le temps passe. Tu vas devoir partir car si mon mari te trouve ainsi attablé à ne rien faire et tout poissetaillant, il te lavera et te mettra au travail à tendre des ficelles ou repasser des triangles en cours d’assemblage. Si tu veux continuer à courir les rues en tenourrissant de Feijão tropeiro, file donc.
  • Je m’en vais ma bonne Gracina. Je ne t’embrasse pas.
  • Oui il vaut mieux. Reviens nous voir quand tu auras moins bu et que tu auras ôté ces croutes sèches.
  • Adieu Gracina, heureux de t’avoir revue, tu n’as pas pris une ride.

J’ai repris ma déambulation dans Bahia soignant ma gueule de bois et mon odeur en me nourrissant exclusivement de Feijão tropeiro. Regardant le levé du soleil, j’avise une de ces rares retraitées à porter encore la ficelle d’été – une femme de 80 ans. Il me vient alors cette pensée, un jour, moi aussi peut-être, je porterai à nouveau la tanga. Mais qui peut en être certain ?

Car ici bas notre nos vie(t)s ne tiennent parfois qu’à un fil.