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C’est arrivé samedi. Je note la date car il y aura un avant et un après. Je me souviens de mon premier portable. Un appareil fabriqué pour Bouygues Télécom qui pesait dans ma poche le poids d’un âne mort. En ce temps là le Be-bop n'était même pas ridicule. J’avais 26 ans. Un bon bulletin, un voyage en car et la pression de la meilleure amie qui a déjà le sien et on a craqué. Je me souviens de mon premier coup de fil. C’était dans un bus. Un camarade s’amusait à faire sonner mon téléphone. Ca nous faisait rire. 26 ans. Ce qui nous amusait c’était la sonnerie et le regard des passagers du bus. Délire, samedi quand on lui a fait la surprise. A elle on n’a pas offert une sonnerie, ni une prouesse technologique de 400 grammes vintage, ni un moyen de nous dire où elle est quand on n’est pas avec elle (si un peu). Non, à elle nous avons offert la socialisation, la possibilité d’être « Ensemble » avec sa bande.

J’ai voulu être le premier à lui envoyer un SMS. On se console comme on peut du temps qui passe sur les papas. Il y a 15 ans, j’avais acheté chez Bouygues un talkie walkie, j'avais en tête la distance, le fait que la monnaie et les cabines téléphoniques c'était pas pratique. Je remplaçais une contrainte matérielle par une autre, un peu moins lourde.

Samedi je lui ai offert un signe de reconnaissance, le passeport pour un ailleurs. SMS illimités, téléphone illimité le week-end. Avec de fermes instructions, bien sûr "Tu gères ton forfait, faudra pas venir chouiner"... Jusqu’à samedi, elle avait pour communiquer avec sa voisine du dessus, une petite trousse qu’elles se glissaient au bout d’une corde par la fenêtre. Une sorte de pneumatique rétro à sa sauce. Parfois j’entrais dans sa chambre et je tombais sur la trousse derrière la vitre qui pendouillait dans le vent. Je trouvais ça mignon, dedans j'imaginais un petit message sur du papier à petits carreaux. Ca me rappelait ces films d'évasion avec des taulards qui communiquent avec les moyens du bord. Depuis samedi, la trousse est aux rencards comme mon vieux Bouygues Télécom qui pesait le poids d’un âne mort.