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L'engagement, nouvelle arlésienne RH

Le terme d'engagement des collaborateurs squatte la littérature RH comme si à force d'avoir utilisé dévouement, implication ou tout autre mot pour définir toujours la même chose, il en fallait un autre. Il est vrai que tant va la cruche au bureau qu'à la fin...il faut trouver d'autres mot pour la convaincre de s'engager.

On parle de développer l’engagement des collaborateurs mais de quoi parle-t-on au juste ? On parle de motivation, d’implication et de croyance dans les valeurs et objectifs de l’entreprise. On parle aussi de loyauté.

Evidemment, la crise étant passé par là, tout ce qui relève de la fidélité et de l’attachement du salarié à l’entreprise en a pris un gros coup. Le chacun pour soi et la défiance vis-à-vis des discours mobilisateurs (du genre Cap 2017) ont gagné du terrain.

Evidemment quand je parle d’engagement, je ne parle pas de l’engagement associatif qu’encouragent certaines entreprises à raison car souvent, les entreprises qui encouragent le bénévolat des salariés ont une conscience plus aiguë de leurs devoirs vis-à-vis de ceux qui tombent ou qui trébuchent dans leurs propres rangs.

Vous noterez aussi que ce qui est écrit sur l’engagement des ressources humaines l’est souvent, très souvent, par des consultants extérieurs qui sont eux-mêmes des désengagés de l’engagement puisqu’ils ont quitté leur employeur pour se mettre à leur compte... Lisez leurs papiers, écoutez leurs vidéos, comptez le nombre de "il faut" "on doit" "il est nécessaire de". Ca en dit aussi long sur leur volontarisme que sur leur difficulté de concrétiser.

Vous remarquerez enfin qu'au travail plus qu'en amour, souvent, celui qui s’engage trop est déçu, il donne, croyant recevoir en retour mais non, parfois il est dégagé lui qui s’était si fort engagé. On ne l'y reprendra plus, il ne s’engagera pas deux fois. On parle aussi de la génération Y comme moins engagée. Elle a vu papa ou maman se faire virer et donc elle se méfie. C'est l'explication courante.

L’engagement c’est aussi ce paradoxe. Un salarié est engagé et signe un contrat de travail. Mais une fois engagé formellement, il faudrait qu'il s'engage une nouvelle fois. Il y aurait donc le contrat de travail, mais juste au-dessus, une zone grise qui relèverait d’un surinvestissement du salarié lequel pourrait être obtenu par un autre surinvestissement de l’employeur. Que de malentendus dans cette relation dans une période de crise où l'on a du mal à mettre le discours en rapport avec les actes, où l'on a tant de mal à se dire les choses simplement.

Un dialogue simple comme celui-là.

- J'aimerais de l'engagement.

- J'aimerais de la reconnaissance.

- Je n'ai pas d'argent.

- Ca peut être autre chose.

- Quoi ?

- Toi d'abord, dis !

- Non toi d'abord...

Etc.

Compliqué de s'engager ensemble sur la même chose et de savoir se le dire vraiment.

Je n'ai pas de solution, je suis un mauvais DRH et un mauvais consultant.

J'ai juste un souvenir.

Je me souviens avoir traversé le Tchad dans la voiture du patron, tchadien, d’une société cotonnière, Tedji. Nous avons écouté de la musique en refaisant le monde et roulé 10 heures durant. Ce garçon faisait fonctionner tant bien que mal la société publique qui l’embauchait, employant lui-même des centaines de collaborateurs plus ou moins concernés, plus ou moins engagés, tout ça dans un pays qui manque de tout.

Tejdi disait souvent :

« Dans une boite, il y a ceux qui s’occupent, et ceux qui se préoccupent ».

C'était sa façon à lui de définir l'engagement.

Pas mieux.