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Je vous invite à une séance de domination au Palace

Mercredi je m’habillerai de cuir pour animer un débat sur le contrat sadomasochiste au Palace. Je pense mettre des bottes rouges, un blouson de cuir, un collier et je serai équipé d’un micro-cravache pour dominer le débat. Oui c’est une expérience nouvelle pour moi que d’être le dominateur d’un débat. Ce débat suivra le spectacle 50 et des nuances, adaptation comique et musicale du roman 50 shades of Grey. Il s’agit d’un spectacle grand public dont Europe1 est partenaire (mais pas pour les enfants non plus) qui moque gentiment le livre best-seller tout en s’adressant à ceux et celles qui l'ont aimé ou qui l'ont "flagellé" sans le lire.

Le débat qui suivra portera sur le contrat SM passé entre le/la dominant(e) et le/la soumis(e) -accordez ça au féminin-masculin dans toutes les combinaisons possibles.

En voyant ce spectacle, je me suis demandé si finalement les sados-masos avec leurs jeux de cave et de donjons, avec leurs ordres précis comme des Rolex, leurs colères maîtrisées, leurs implorations théâtralisées, avec leurs ustensiles et leur quincaillerie n’étaient pas bien plus civilisés et non violents que le monde qui nous entoure.

Si le contrat protège le dominant et le dominé dans l’enceinte du donjon, que dire du contrat social, du contrat de travail, du contrat d’affaires et du contrat de mariage modernes ? Chacun de ces contrats a pris un sacré coup dans l’aile quand le contrat SM, bien à l’abri dans l’univers capitonné de l’intime et des fantasmes conserve pour les contractants toute sa valeur (sauf accident).

C’est donc le paradoxe du sadomasochisme contemporain. Il abrite souvent dans ses sales obscures des émules pétris de justice, d’égalité et de libertés prises en toute responsabilité et non pas des no life dont le slogan serait no limit. Car ma liberté commence au premier coup que tu acceptes de recevoir et s’arrête au dernier que tu consens à souffrir. Ne dit-on pas d’ailleurs qu’on ne souffre pas quelque chose pour signifier qu’on n’en veut pas ?

Je ne suis pas expert en martinet mais il me semble que le contrat SM est peut-être codifié comme un fantasme avec ses alinéas, ses formules et galeries étroites comme des corridors. On verra en consultant ci-dessous le contrat du livre 50 Shades of Grey fait tout de même 15 pages ! 15 pages de protection des…parties mais également 15 pages qui, telles une constitution, encadrent les relations des contractants.

Et si le SM était autant une affaire d’érotisme et de cuir que de droit ? Nous nous poserons aussi cette question et feront quelques détours par une jurisprudence aussi réelle que bizarre…

Enfin, le contrat organise aussi un rituel qui accompagne l’exécution de cette cérémonie fantasmatique qui stimule d’autant plus l’imagination et la libido qu’elle est réglée et précise. D’une certaine manière, le Sado et le Maso sont l’inverse du soixante-huitard qui voulait jouir sans entrave. Pour eux, toujours du plaisir n’est pas du plaisir. Il faut donc éclater le temps et alterner seconde après seconde, les séquences oui et les séquences non, la retenue et l’abandon, la privation et la récompense, le chaud, le froid, la cire et la chaîne glacée, le muselière et le cri, bref, le SM est une terre de contraste. L’amour n’y est pas un long fleuve tranquille.

Le contrat SM est enfin sélectif.

Ne le signe pas qui veut, n’entre pas dans le donjon n’importe quel profane. Silence ! On recrute. De ce point de vue, l’initiation au sadomasochisme rappelle l’initiation à la Franc-Maçonnerie. On y retrouve un maître, des secrets, de l’obscurité, des bougies, des apprentis et des châtiments en cas de violation du silence ou de la discipline. A ceci près que le temple n’est pas mixte contrairement au donjon. Bref, il est assez probable que si Les Lumières ont fait grand cas du sadomasochisme avec Sade, c’est parce qu’elles aimaient aussi le contrat social de Rousseau qui dans ses confessions n’avait d’ailleurs pas de mots assez doux pour évoquer la fessée.

Tout ceci pour vous dire que ce débat sur le contrat sadomasochiste réunira mercredi Mme Catherine Robbe-Grillet (écrivain et maîtresse de cérémonie), Mme Noëlle Chatelet (femme de lettres), Octavie Delvaux (écrivain), Serge Hefez (psychiatre et psychanalyste), Pascal Mbongo (Juriste) et Ian Soliane (écrivain). Ce débat sera "dominé" par votre serviteur.

J’aurai le plaisir d’y convier les 20 premières personnes à m’adresser leurs noms et prénom ici : 50etdesnuances@laposte.net Elles seront conviées à assister à la représentation du spectacle mercredi à 20h30 puis au débat qui débutera ensuite vers 22h15. Notre contrat à nous c'est qu'évidemment, si vous vous annoncez, vous vous engagez à venir pour ne pas bloquer inutilement une place.