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Hymne à la bouffe de rue

Mon ami Melchior Lucion, n’est pas seulement un poète qui moyennant quelques reals chante aux affamés le festin qu'ils ne feront jamais, il est également écrivain du travail et me tend, quelques jours avant mon départ, un texte sur la bouffe de rue écrit pour The Street Worker. Il y chante son amour des marchands ambulants de nourriture vite avalée.

La bouffe de rue éveille chez moi des sentiments enfantins. Je ne pense pas aux food-trucks qui hantent désormais les opérations de relations publiques et font la joie de la presse branchée parisienne mais davantage au vendeur de hot dog, à la préparatrice d’acras de morue, au marchand de glace, au grilleur de brochettes de fromage avec son brasero bringuebalant ou encore au marchand d’eau marocain avec ses gobelets de métal.

Tandis que je lis la tribune de Melchior, je pense aux meilleures histoires de bouffe marocaine contée par mon père quand j’étais petit et mince. Il y avait sur la plage de Casablanca un vendeur de cacahouètes grillées et caramélisée. On l’entendait venir de loin se souvient Gabriel. « J’arrrive, j’arrrive, j’arrrive, j’arrrive » criait-il du bout de la plage pour s’annoncer. Je reprends la lecture du texte de Melchior qui évoque cette fois-ci une cuite au cocktail de plage.

Oliveira avait une brouette à cocktail sur la plage de Salvador, il la poussait sous le soleil étincelant et les bouteilles d’alcool faisaient cling cling sur le fracas des roues. Il stoppait sa route devant une serviette de bain de temps à autres et fendait ses citrons verts dans la chaleur de décembre car au Brésil, l’été c’est à Noël.

Il me revient alors, haut comme 3 pommes, l’odeur du givre du vendeur d’esquimaux quand il ouvrait dans un bruit de polystyrène sa glacière à mystères. C’était comme un philtre magique, une ivresse de plonger joues et museau dans ce froid blanc et deviner derrière les arômes chimiques de la glace à la menthe, de l’esquimaux au citron et du Kim Pousse à l’orange. Le meilleur moment, c’était ce bruit sourd et glacé de la fouille tout au fond de la boite, jusqu’à ce qu’il attrape un Mister Freeze qui me déchirait les commissures.

Melchior reprend.

Je fréquenté un temps une Burkinabé qui m’emmenait en boite à Ouaga. Nous en sortions vers une heure. La nuit tombée depuis belle lurette, Ouaga by night est noire, il faut chercher bien avec les yeux pour deviner l’agitation des bars dans la pénombre, juste éclairés par la luminosité d’un écran de télé ou le barbecue d’un faiseur de grillades, installé juste devant. J’avais faim et je dévorais des cubes de bœuf grillés et durs comme les muscles de mon ventre.

J’ai rêvé enfant de confectionner des cornets, j’ai pensé aussi vivre de jus de coco en voyant l’artiste fendre de sa machette le fruit vert et lourd d’un coup sec. J’ai pensé à une dégringolade telle de l’occident qu’elle abolirait les enseignes multinationales remplaçant dans un sous-développement inédit et terrible par des carrioles bariolées. C’est alors qu’en rêve, mon diététicien m’apparaît et me tance me traitant de petit porcelet. Je m’éveille alors non pas en sueur, mais en graisse fondue crépitant sur les braises de mon sommier.

A la rentrée, j’irai travailler déguisé en Skywalker de thé égyptien et tisserai avec le bec de ma théière un jet bouillant long comme le Nil et sucré comme une peau innocente.

Hymne à la bouffe de rue
Hymne à la bouffe de rue
Hymne à la bouffe de rue
Hymne à la bouffe de rue