Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Tinguely, Hollande et la mise en mouvement

« L’unique chose stable, c’est le mouvement, partout et toujours ». Hier François Hollande a dû faire plaisir à tous ceux qui prônent l’adaptation permanente et la conduite du changement. On pourrait presque faire au président un procès en bougisme quand il ajoute « Je suis pour le mouvement » comme s'il devait restructurer une vieille société. Mais l’intérêt de cette formule n’est pas politique, il est artistique.

Comme le faisait remarquer quelques twittos pendant la #ConfPR le chef de l'Etat a emprunté sa citation au sculpteur Jean Tinguely. C’est un des mérites de cette citation sur le mouvement que de revisiter le slogan en campagne (Le changement c'est maintenant) corrigé par Claude Posternak pour devenir « Le mouvement c’est maintenant ».

Sauf que, lorsqu’on regarde les sculptures de Tinguely, on s’aperçoit que le mouvement c’est complexe, alambiqué, très compliqué. Tout comme la conduite du changement dans les organisations relève d’un travail de dentelière, le mouvement dans l’art cinétique ne s’exprime réellement qu’à force de patience, de calculs et d’inspiration.

Regardez bien les œuvres du sculpteur, elles disent tout de la complexité du mouvement et de l’inertie. On pourrait s'en servir pour décrire l'Etat que le Président veut mettre en mouvement, ce vieil Etat sans imagination, sans mobilité, sans capacité de transformation du réel, cet Etat qui croit que l'énoncé de la règle suffit à fabriquer de l'emploi et de la croissance.

Ces images du travail de l'artiste sont un plaisir mais aussi un enseignement. Le changement par le mouvement comporte toujours un risque, celui de transformer l’élan originel en machine à gaz.