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Féministe de 1944

Quand ai-je commencé à décliner ? C’est difficile à dater. Un soir de 2005, peut-être, je cherchais dans le salon un vieux numéro de 4X4 magazine et je suis tombé sur le dernier bulletin de paie de ma femme absente pour affaires. J’ai découvert comme ça qu’elle gagnait plus que moi. Un choc !

Déboussolé, j’ai appelé une copine qui m’a conseillé de rejoindre un groupe de parole d’hommes qui gagnaient moins que leurs femmes. La première séance a été effrayante. Des types en costard Hugo Boss, hyper baraqués explosaient en sanglots et piétinaient leurs portables dernier cri. Je me souviens d’un traders distancé de plusieurs kilo-euros par sa compagne ; il se roulait par terre de honte.

Finir comme ça ? Moi, jamais !

Alors je suis devenu féministe.

Un féministe de la 25e heure, un peu comme ces résistants de 1944. Mieux vaut tard que jamais hein ? J’avais déjà beaucoup de respect pour les femmes et la mienne, je m’occupais des enfants, j’effectuais 35 % des tâches ménagères. Je mentais un peu comme tous les hommes qui ont ça dans le sang et dépensais parfois sans compter. On échappe pas à sa condition, hein ?

Pour basculer à plus de 51 % de travaux domestiques, elle m'a offert un coach en économie ménagère. Des copines à elles m’ont offert un badge "Osez le clito" pour mes 40 ans et j’ai affiché dans mon bureau un poster géant de Najat Vallaud-Belkacem qui me regarde droit dans les Yeux en me disant « Man, Yes You Can ».

Ma métamorphose ?

Il m’a bien fallu un an pour être vraiment convaincu et un an de plus pour être convaincant. J’ai arrêté de dire Mademoiselle, un tout petit sacrifice… Mes proches ont pas vu tout de suite ma transformation mais l’ont bien accepté. Au bureau ça a été plus dur. J’avais peur du regard des autres. Eh puis un jour à la cantine, je l’ai dit, entre la poire et le Babibel, l’air de pas y toucher. Il y a eu un silence et finalement, les collègues l’ont bien pris. Surtout les filles. Désormais quand il y a un pot, un anniversaire ou des cafés à préparer, c’est moi qui m’y colle.

Féministe de bureau c’est pas mal. Les femmes ne se méfient pas et me demandent souvent ce que je pense de leur nouvelle jupe ou de la couleur de leurs bas en se penchant, laissant entrevoir leur gorge laiteuse, gonflée par le désir paritaire. Evidemment, elles questionnent le féministe mais c’est l’homme qui répond et les regarde en douce. On n’est pas de bois. Parfois je tombe sur des féministes de l’ultra gauche qui me taxent de social-féminisme-ultra-libéral. Autant dire de féministes en fausse barbe. Sur ma droite évidemment, certains hommes considèrent mes prises de position comme des Munich de la virilité. Quant au homos, ils me traitent d’escroc, je leur pique leurs copines.

Les femmes m’ont à la bonne c’est sûr. Je ne vais plus dans un débat public s’il n’y a pas une femme au moins. Si à la télé un présentateur ne leur laisse pas assez la parole, je twitte immédiatement ma révolte. Je me dis ainsi que lorsqu’elles dirigeront le monde, je serai dans leurs petits papiers. Le pouvoir ? Mais je leur laisse ! Vous n’imaginez pas le confort de ma situation. Quant à ma femme, plus elle gagne plus je suis content. Parfois je cauchemarde qu’elle me quitte pour un homme plus jeune totalement épilé. L’horreur…

Dé-virilisé ? Moi ? Vous rigolez ? Vous avez vu les trentenaires et les sexagénaires qui se la racontent avec leurs barbes de 3 jours (et plus) histoire de faire genre bucheron des montagnes ? Moi j’ai laissé pousser mon humanisme comme d’autres leur barbe et il me va bien au teint.

Cynique ? Non. Du tout. Il faut un intérêt masculin au féminisme, sinon, rien ne bougera. Croyez-moi (les gars), le féminisme à l'usage est bien plus agréable à vivre que le machisme. Je ne suis pas en déclin, en fait. Je décline mon féminisme. Nuance ! A toutes les sauces, chroniques, films, livres, bientôt des t-shirt, peut-être même un jour un parc d’attraction. Oui tiens, un parc d’attraction féministe pour y aller en famille. Gratuit pour les hommes évidemment.

Texte paru dans le dernier numéro de Grazia