Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Entretien avec un transexuel cinéphile

"Les façades d’églises ne me font pas cet effet pas plou que les belles maisons pas davantache que les châteaux. En revanche, oun vieux cinéma désaffecté, ça me fait fantasmeïche. C'est ainsi que José Silva qui se fait appeler désormais Fabiana me parle des cinémas désaffectés de son pays.

"Non pas que je sois cinéphile poursuit-elle dans un français chantant, loin de là. Mais j'aime les vieux cinémas. Ils m'excitent, il font marcher mon imagination". Fabiana est un homme devenu femme. En la regardant, je sens le trouble m'envahir à l'idée de la voir nue (car c'est ça aussi le cinéma, imaginer les gens nus dans sa tête, nus au sens figuré et au sens propre, évidemment) et finalement, moi aussi, je suis sensible à la douce ambiguïté de ces salles rétro abandonnées.

Ils semblent morts mais raconte une autre histoire en douce. "Le Roxy, par exemple, c'était oun cinéma pornou" me susurre Fabiana à l'oreille en tentant une approche du bout du bout de sa langue. Tandis qu'en tremblant comme une pucelle, je repousse la main qu'elle a posé en même temps sur ma cuisse, je lui dis qu'effectivement, un vieux cinéma, ça pose des tas de questions. Y trouve-t-on encore de vieilles pellicules, de vieux sièges, des restes de la splendeur d'autrefois ou tout a-t-il été volé ou détruit ? J'ai souvent fantasmé à l'idée de pénétrer un cinéma ancien. Jamais un multiplex.

Je montre à Fabiana les deux clichés pris pendant mon voyage. "Le vert jou lou connaïche, c'est le Roxy, c'est oun vieille salle porno qu'ils ont transformée en salle des fêtes. Le jaune c'est à Salvador de Bahia, il est désaffecté. J'adoooooorrre aller dans les cinémas, j'adore qu'on m'y embrasse". Je regarde Fabiana gaie et plantureuse qui fume et qui boit. Qui pourrait parier qu'elle a eu de la moustache il y a quelques années, après sa transformation. "Mais tu as tout refait comme le Roxy ? Ou bien il reste des traces du passé" questionne-je intrigué.

Fabiana me regarde d'un air profond. "Tou saye chéri, c'est comme le cinéma, il faut être curieux pour savoir ce qu'il y a vraiment sur l'écran, jamais se fier à l'affiche ou la bande annonce". Décontenancé, fasciné et effrayé par ce que je soupçonne, je prétexte une crise d’hypoglycémie et me précipite dans une churrasqueira toute proche pour m'y gaver de brochettes, de soupe de haricots noirs et de filets de viande grillée. Je choisis la formule à volonté car je suis un petit porcelet de touriste avide d'en avoir pour mon gros argent.

Fabiana me laisse y aller seule. "Par ces chaleurs, jou n'aye pas faim. Jou préfère aller me faire manger la bouche au cinéma". Délicate Fabiana qui ne veut pas me gêner ni me faire rougir devant les proches qui me rejoindront.

Je ne la reverrai pas jusqu'à la fin des vacances mais quand je regarde mes deux photos je pense à lui.

Enfin à elle.

Entretien avec un transexuel cinéphile