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Eloge du facilitateur-connecteur-fou

Sa mission (et il l'a accepté) ? Vous mettre en relation avec d'autres sous couvert de vous rendre un service qui s'avérera inexistant. J'ai songé à vous en parler en tombant sur cette sculpture intitulée "l'Homme connecté". Le facilitateur inefficace est une sorte d'animal social en voie proliferation dans un temps qui a fait de l'entregent et du carnet d'adresse augmenté les outils d'un métier aux frontières du réel... Les réseaux numériques ont amplifié, décuplé son étrange penchant qu'on pourrait également qualifier d'altruisme du connecteur-fou.

Vous avez forcément croisé un facilitateur-connecteur-fou, un jour.

Hélas.

Le facilitateur-connecteur-fou est quelqu'un qui vous veut du bien, une relation para-professionnelle de fraîche date. Il vous a abordé dans un colloque, vous l'avez croisé dans un restaurant, pire, vous vous suivez sur Twitter. Et ce garçon veut vous rendre service - car c'est souvent un garçon, allez donc savoir pour quoi. Et que fait-il ? Il vous propose quelque chose que vous acceptez car vous n'y aviez pas pensé : une mise en relation. Naïf vous avez accepté car le facilitateur-connecteur-fou a pris son ton le plus inspiré, déclarant en clignant les yeux "Vous devriez vous rencontrer, je suis sûr que vous avez des choses à vous dire". Et, malheureux, vous l'avez cru !

Vous voilà donc en position de voir une demande (que vous n'avez pas sollicitée) facilitée.

C'est l'engrenage.

Quelques temps plus tard le facilitateur vous rappelle et vous demande de lui mettre par écrit et de manière argumentée ce qu'il doit transmettre à la personne importante qu'il estime dans votre intérêt de rencontrer. Vous le faites par SMS de 1500 signes à sa demande mais ça ne suffira pas.

Aussi, quelques semaines plus tard, "il revient vers vous" vous demandant sûr de son fait de mettre par écrit et par mail l'exposé détaillé des raisons de votre demande de contact. Vous vous exécutez en étouffant un léger soupir de paresse et constatez au passage que vous consacrez désormais du temps à ce dossier : 3 échanges téléphoniques, deux SMS en réponse aux relances du facilitateur-connecteur-fou puis le mail que vous avez rédigé avec beaucoup de soin et qui vous a transformé d'ailleurs en solliciteur vous qui n'aviez rien quémandé.

Les choses sont ainsi parfaitement engagées pour ne pas dire facilitées...

Quelques mois passent et vous avez oublié. Un matin, le facilitateur vous rappelle triomphant. Il a réussi le travail d'approche du mastodonte (il ne vous dit pas comment), vous êtes plein de gratitude mais un pressentiment étrange vous habite.

C'est à ce moment précis que le facilitateur, tel un joueur de poker débutant qui abat une paire de 6, vous livre le numéro de la ligne direct du cabinet de la personne idoine en articulant chaque numéro de ce presque standard comme s'il vous dévoilait un secret d'Etat.

Un léger blues vous traverse le coeur et l'esprit sur un air de Léo Ferré (Avec le temps, un truc comme ça).

De guerre lasse (cette expression illustre parfaitement votre humeur à ce moment-là), vous composez le numéro et tombez donc sur l'assistante du chef de cabinet de "la cible". Et ce que vous redoutiez arrive. ce que vous saviez inconciemment depuis le départ se réalise. D'une voix très aimable et d'un ton sans appel, la jeune femme vous demande de rédiger un mail.

Vous raccrochez.

Dans quelle galère vous a mis le facilitateur ? Vous voilà obligé d'envoyer un mail car si vous ne le faites pas, le facilitateur-connecteur-fou aura facilité pour rien et vous risquez de passer pour un garçon mal élevé.

Vous voilà donc en posture de solliciter un rendez-vous que vous n'aviez pas vraiment demandé juste pour ne pas avoir l'air de mépriser un service qu'on ne vous a pas rendu.

6 mois ont passé.

Le facilitateur-connecteur-fou a poursuivi de son côté son insatiable activité de développement faite de promesses, de name droping et de mise en relations aussi consistantes qu'une barbe-à-papa. Vous l'avez évité de justesse il y a quelques jours aux Universités d'été du MEDEF.

Il s'en fout, il vient de mettre en relation un jeune créateur de start-up rencontré à la Cantine avec le bras droit numérique de Barack Obama.

Illustration L'homme connecté, sculpture, 2009, artiste Ever's J