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La presse française est assez rigolote. D’un côté elle fait des millions de papiers sur la parité, la libération de la femme, l’égalité, l’insertion professionnelle des jeunes filles et bien évidemment les violences faites aux femmes. Ca c’est le côté jardin. Côté cour, cette même presse, parfois féminine, parfois féministe mais surtout d’un formidable snobisme est en train d’expliquer à ses lecteurs et ses lectrices que les 40 millions d’acheteuses de 50 shades of grey sont des grosses connes de ménagères qui ne savent pas ce qu'elles lisent. J’ignore si ce roman est à Sade ce que les romans Harlequin sont à Madame Bovary, j’ignore si le sado-masochisme qui s’y pratique est de niveau mass-market ou de niveau boudoir. J'ignore si c'est du niveau de Catherine Millet qui en nous contant ses partouzes germanopratines avait, elle, subjugué la rive gauche avec une sauce pas bien plus épaisse. Ce que je connais en revanche, c’est la condescendance mécanique et médiatique dont les ingrédients sont généralement les mêmes. Si un livre se vend à des millions d’exemplaires, il est d'emblée suspect. S'il séduit un certain profil de conso-lecteurs (ici des ménagères) et véhicule une idée vulgarisatrice (le cul pour toutes), alors il est nécessairement dévoyé. Et si le livre emporte avec lui 40 millions de bobonnes subliminales, alors les pauvresses ne savent pas ce qu’est un bon livre et il faudra songer à les émanciper pour leur expliquer ce qu'est la bonne littérature. Eh bien moi je les félicite ces femmes. Je les félicite de prendre le métro avec leurs baskets en rêvant d’un ailleurs, je les félicite d’oublier leur empoté de compagnon de mari en pensant à un amant fantôme, je les félicite d’oublier le paysage qui défile stations après stations je les félicite d’arriver toute émoustillée au bureau en ayant rechaussé leurs chaussures à talons douloureuses dans l’ignorance généralisée de l'open-space, je les félicite de lire, qui sait pour la première fois et même ce sex-seller là. Chaque mot de ce Nanar Sado-Mass-Market vaut mieux que 2 minutes de télévision américaine, chaque cliché érotico-discount pèse plus lourd que des dizaines d’heures de télé-achat, chaque fessée décrite avec des dialogues de série-soap vaut mieux que toutes les claques de la vie quotidienne. Car 50 shades of grey reste malgré tout un livre. Il doit d’y trouver quelques phrases, un début d'intrigue, des stéréotypes, des personnages certes mais... Mais je fais confiance à ces 40 millions de ménagères. Un livre, c'est mieux qu'un meuble livré en kit, c'est un kit de mots à reconstituer sur 300 pages pour monter soi-même son histoire de cul dans sa tête de soi-disante ménagère. Ce n’est pas le livre, au fond, qui compte, non, ce qui compte, c’est cette jeune femme qui lit ce qu’elle veut et ce qu’elle peut et qui demain recommencera, quitte à faire un meilleur choix. La lecture, c’est déjà la lecture.

Snobs et cultureux de tout pays, ne boudez pas leur plaisir.