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Prenez le temps de taper le mot "stress" dans Google Actualités. Vous découvrirez qu'avoir trop d'amis sur Facebook fabrique du stress, que le management par le stress existe et que - sur la même page ! - malgré le stress (l'obésité, le tabac et l'alcool) les Français se voient en bonne santé. Rien que ces trois entrées qui racontent, à elles trois et dans leur sotte juxtaposition, n'importe quoi donnent au stress une fonction particulière dans la société de l'information. Le stress est devenu un mot valise dans lequel on peut légitimement et en collective complicité mettre n'importe quoi. Du stress du nourrisson à celui de la mère de famille en passant par celui du poisson rouge, tout le monde est stressé. D'ailleurs, le mot est partout "Ca me stresse" est une autre façon de péter de l'humeur, de manifester son mécontentement, d'exprimer la fatigue d'être tout simplement soi.

Le mot stress englobe mille petits et grands tracas qu'il faut désormais guérir sous peine de contrevenir à la société du zéro défaut, du zéro risque, du zéro emmerdement. Car le stress est un rideau, c'est un rideau tiré sur des mots qui n'ont plus droit de cité dans l'information, dans les enquêtes, dans les sondages : le désarroi, le chagrin, le doute, l'angoisse, l'ennui, l'attente, l'impatience, l'espoir ou le désespoir. Non pour des raisons qui tiennent sans doute à un manque d'espace, de caractères et d'annonceurs qui vont avec, il a semblé plus consensuel de mettre tous les maux du monde en un seul mot : le stress. Cette hégémonie de merde en dit long sur le refus institutionnalisé, accepté, imposé de décrypter la société dans tous l'éventail des sentiments qui nous animent et des contradictions qui nous rongent.

Ce refus de nommer qui consiste à substituer le stress de masse à la confusion nuancée des sentiments est abject, illusoire, fatiguant mais pas stressant. Je ne vous le dis  pas aussi bien que ce Monsieur que je vous invite à lire sur une longueur que je m'interdis.